Le Rosaire, source de joie,
de paix et de lumière

=> STELLA MARIS 396 SOMMAIRE

L’année du Rosaire se termine, la prière du Rosaire se poursuit! Que ces lignes extraites d’une conférence1 du Père M.-D. Philippe o.p., nous aident à entrer dans les mystères de Marie.

Après avoir, dans sa lettre apostolique Novo millenio ineunte, invité le Peuple de Dieu à «repartir du Christ», Jean Paul II a «senti la nécessité de développer une réflexion sur le Rosaire, presque comme un couronnement marial de cette lettre apostolique, pour exhorter à la contemplation du visage du Christ en compagnie de sa très sainte Mère et à son école»2. Et «pour que l’on puisse dire de manière complète que le Rosaire est un “résumé de l’Evangile”», il nous invite à nous tourner aussi vers la vie publique de Jésus, afin de pénétrer davantage dans les «profondeurs du Cœur du Christ, abîme de joie et de lumière, de douleur et de gloire»3.

Les mystères de Marie sont nos mystères.

Le rosaire n’a pas d’autre finalité que de nous permettre de vivre dans une plus grande intimité avec Marie, c’est-à-dire de vivre son mystère, car il est pour nous. Les mystères de Marie sont nos mystères. Les mystères d’une Mère divine sont les mystères de ses enfants; c’est la différence entre la maternité divine et la maternité humaine. Et plus nous sommes fidèles à l’Esprit Saint, plus nous découvrons que nous sommes appelés à vivre la vocation de Marie: c’est la vocation de l’Eglise. A ce moment-là nous devons comprendre combien l’Esprit Saint veut réaliser une unité de vie, une unité profonde entre notre vie et celle de Marie. Notre grâce chrétienne est mariale, c’est-à-dire que Marie, instrument de grâce, médiatrice de toutes grâces, nous montre de la manière la plus forte ce qu’est la grâce chrétienne, et combien nous devons la vivre; que Marie nous soit donnée pour que nous puissions vivre la grâce chrétienne, c’est un surcroît de grâce.
En nous rappelant ce que le rosaire doit être pour nous, le Saint-Père nous montre bien que ce n’est pas une dévotion facultative. En un sens c’est bien une dévotion, mais pas facultative.
Si on aime Marie on aimera le rosaire, puisque ce sera pour nous le moyen de vivre tout proches d’elle et de ne pas la quitter. Car c’est cela, le rosaire: c’est vivre avec Marie, vivre par Marie, vivre en Marie4, sans jamais la quitter, et cela pour toutes les étapes de notre vie. Les périodes de joie, les périodes de luttes et de souffrances, les périodes de victoire, on les vit avec la Vierge Marie, «dans son giron», comme le dit Notre-Dame de Guadalupe5, ce qui veut dire qu’on vit en elle comme un tout-petit vit au rythme de vie de sa mère. Le rosaire est donc beaucoup plus qu’une simple dévotion, puisque c’est vivre au rythme de Marie, pouvoir vivre ce qu’elle-même a vécu. C’est notre vie théologale qui est immédiatement en cause. De ce point de vue-là, c’est au-delà de la dévotion, cela s’impose à nous pour que notre vie chrétienne puisse s’épanouir pleinement.
Il est donc bon, en suivant l’enseignement de l’Eglise, de voir qu’on peut prier le rosaire de diverses manières. Il est bon de le savoir pour que le rosaire porte tous ses fruits dans notre vie. Le rosaire, c’est la liturgie des pauvres, et celle-là tout le monde peut la vivre: les vieillards, les enfants, les gens très occupés, peuvent vivre le rosaire, même dans les périodes de grandes luttes, de grands troubles, et même si on n’a que très peu de temps à consacrer à la prière. Le rosaire, cette prière avec notre Mère, auprès d’elle, peut être prié dans toutes les circonstances de notre vie. C’est donc bien la liturgie des pauvres.

La méditation du rosaire nous permet d’accorder notre cœur au cœur de Marie

Considéré ainsi, le rosaire consiste en premier lieu à prier des Notre Père, des Ave Maria et des Gloria, en suivant les mystères de Marie: mystères de joie, de douleur et de gloire [et aussi, maintenant, les «mystères de lumière»]. On «récite» le rosaire, mais pas machinalement: on le prie en pensant à Marie et en désirant recevoir ses grâces. C’est ce qui nous permet, tous les jours, d’accorder notre cœur au cœur de Marie, d’être tout proches d’elle dans ses divers mystères. La récitation du rosaire permet d’être avec elle, sous son regard, de rester en elle, et de comprendre que par là nous sommes peu à peu comme «transformés» en elle. Car Jésus, à la Croix, nous a donné Marie comme Mère — «Femme, voilà ton fils». Cette parole de Jésus à Jean nous est adressée et nous essayons de la vivre, tout proches de saint Jean, et c’est cette unité profonde avec Marie que le rosaire nous permet de vivre. Il y a là une proximité très intime qui permet que toute notre vie chrétienne soit vécue avec Marie et en elle.
Il faut donc bien comprendre que, au-delà d’une méditation des mystères, prier le rosaire c’est contempler Marie, autrement dit c’est vivre de son propre mystère. Toutes les luttes de Marie nous sont données pour que nous puissions vivre toutes nos luttes avec elle, et vivre avec elle toutes les luttes de l’humanité, toutes les luttes que Jésus nous demande de porter. Marie est, dans l’amour, victorieuse de toutes les luttes, et c’est elle qui nous demande de vivre ses mystères de joie, ses mystères de luttes, ses mystères de gloire. Cela prend alors possession de toute notre vie. Ce sont vraiment nos mystères, comme ce sont les mystères de Marie.
Plus on avance, plus les mystères du rosaire nous deviennent familiers: ils déterminent notre vie à l’exemple de Marie. Ils nous donnent ce lien avec elle, le lien de l’enfant avec sa mère, en sachant que la mère vit infiniment plus généreusement que l’enfant, et que les mystères que l’enfant de Marie commence à vivre, il les vit avec sa Mère. Nous devons demander à notre Mère de nous donner l’intelligibilité divine de tous ces mystères d’amour, qui nous lient à toute la vie du Christ et qui nous font comprendre que toute notre vie chrétienne est une vie de joie. Un chrétien triste est un triste chrétien! Si nous sommes chrétiens, notre joie, la joie que Jésus lui-même nous donne, doit transparaître au-delà de nos luttes, parce qu’enfin nous sommes victorieux. Et c’est notre Mère qui est source de cette victoire, de cette joie. Comme le disent les litanies, elle est «cause de notre joie». Quand on lutte avec Marie, on n’a pas le droit d’être défaitiste, désespéré. Le monde d’aujourd’hui est un monde terriblement angoissé, parce que partout on transmet les malheurs du monde et qu’on ne transmet pas les vraies joies. On transmet toutes les souffrances et toutes les catastrophes qui peuvent arriver et on les amplifie; et ce sont, ordinairement, les seules choses qu’on retient, alors que les grandes victoires de Dieu, très cachées, se transmettent très mal. C’est un fait. Si donc on se met à l’unisson de ceux qui nous transmettent les grands événements du monde, on est sûr de perdre peu à peu la paix et la joie.

Vivre avec Marie consiste à vivre successivement tous ses mystères

Il faut donc qu’avec la Vierge Marie nous maintenions toujours en nous une très grande joie, et pour cela il faut lui demander de nous faire vivre tous ses mystères de joie. Même si nous sommes liés à certaines tristesses du cœur de Marie (je parle ici de tristesses au sens chrétien et non de tristesses psychologiques, qui sont des replis sur soi), nous devons les vivre dans la lumière des victoires de Marie, pour que, au-delà de ces tristesses, il y ait la joie, une vraie joie, la joie du pauvre, de celui qui n’a aucun droit à vivre les mystères de Marie mais qui en vit comme un enfant parce que cela lui est donné gratuitement. Il faut que nous maintenions dans notre vie ces joies, pour nous et pour tous ceux qui sont proches de nous.
La grande manière, pour nous, de vivre avec Marie, c’est de vivre successivement tous ses mystères. Marie nous le permet et elle nous aide à les vivre, car elle veut que nous les vivions. Et cette méditation, qui nous fait découvrir Marie dans ses différents mystères, nous conduit à la contemplation. En définitive, le rosaire est fait pour cela. Il est fait pour que les mystères de Marie soient nos mystères, parce que ce sont les mystères du chrétien. C’est là qu’on peut vraiment dire que le rosaire est beaucoup plus qu’une dévotion. Il nous permet d’avoir part aux mystères de Marie, de recevoir «chez nous», comme saint Jean6, ce don admirable de Marie, Mère de toutes les douleurs, de toutes les souffrances, mais victorieuse de ces souffrances en étant intimement unie à la Croix du Christ. C’est cela que nous cherchons, cela que nous désirons: vivre tout proches des souffrances de Marie, de son lien avec les pécheurs, de son lien avec les pauvres… Car elle est bien la Mère de toutes les détresses, de tous ceux qui n’en peuvent plus, et qui est là pour les aider et les soutenir.

Le testament de Marie pour nous: le rosaire

Si les mystères que Marie a vécus durant toute sa vie deviennent nos mystères, des liens très forts vont s’établir entre notre vie humaine et celle de Marie. Marie nous fera comprendre que toutes les souffrances que nous vivons, Jésus les permet pour que nous soyons plus proches de lui et plus unis, comme Marie, à son cœur blessé. Un fils, s’il est vraiment lié à sa mère et s’il l’aime, désire savoir quel est son testament. Nous devons, en fils bien-aimés de la Vierge Marie, nous poser cette question: Quel est le testament de Marie pour nous? C’est le rosaire, et là c’est elle-même qui se donne, et elle n’a qu’un seul désir: que notre vie, de plus en plus, soit absorbée par sa vie et que nous vivions tous ses mystères, jusqu’à l’Assomption.
L’Evangile (même pas celui de Jean) ne nous dit rien de la mort de Marie… L’Esprit Saint a laissé à l’Eglise le soin de proclamer la grandeur de sa Mère. Lui qui conduit l’Eglise et qui est la source de la Révélation, «l’Auteur principal de l’Ecriture Sainte»7, il se tait sur cet ultime mystère de Marie. Pourquoi? Pour montrer, dans le regard de la sagesse de Dieu, ce qu’est Marie, et le lien de Marie avec l’Eglise et avec chaque chrétien. C’est le sommet de toute l’économie divine. L’économie divine s’achève par cette proclamation de l’Assomption de Marie. L’Eglise ne dit rien de la mort de Marie, elle ne dit même pas s’il y a eu mort ou non. La seule chose que l’Eglise affirme, c’est que Marie vit la vision béatifique dans son âme et dans son corps, et cela nous fait comprendre que, pour chacun d’entre nous, ce lien avec Marie est un lien qui unit la terre et le Ciel, le mystère de la foi (Marie est la Mère de notre foi) et le mystère de la vision béatifique.
Marie, qui fait le lien entre l’Ancien Testament et le Nouveau, fait aussi le lien entre l’Eglise de la terre et celle du Ciel. C’est elle, en Mère, qui fait cette unité, une unité qui est le reflet du mystère du Christ. Marie achève, par sa coopération, tout le mystère du Sauveur, et c’est pour cela que dans une théologie de l’économie divine elle joue un rôle si important. Le rosaire nous permet d’entrer profondément dans cette théologie de l’économie divine, en nous montrant comment Dieu a voulu que sa créature soit intimement unie au Fils qui s’incarne pour être notre Sauveur. Marie lui est unie comme Mère, et donc elle coopère avec l’Esprit Saint pour le mystère de l’Incarnation. Et Marie lui est unie comme la Mère du Sauveur, celle qui coopère de manière immédiate au mystère du salut, celle qui permet à l’acte sacerdotal du Sauveur d’aller jusqu’au bout de ses exigences et de son efficacité.

Fr. Marie-Dominique
Philippe, o.p.

Notes:
1) Publiée dans Lettres aux amis des frères et sœurs de saint-Jean, n°67, déc. 2002.
2) Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, n° 3.
3) Id., n° 19.
4) Cf. saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Le secret de Marie, nos 43 sq (éd. du Seuil, 1966), pp. 30 sq.
5) «Écoute-moi bien, mon petit, le plus petit, et mets bien ceci dans ton cœur: ce qui t’afflige, ce qui t’effraie n’est rien. Que ton visage ne se trouble aucunement, non plus que ton cœur. Ne crains pas cette maladie, ni aucune autre épreuve, n’aie nulle angoisse, nulle peine. Ne suis-je pas là moi qui suis ta mère? N’es-tu pas sous mon ombre, sous ma protection? N’est-ce pas moi qui suis ta santé? N’es-tu pas au creux de mon manteau, dans mon giron? Que te faut-il de plus? Non, n’aie nulle angoisse, aucune amertume, et que la maladie de ton oncle ne t’afflige pas, car pour l’instant il n’en mourra pas. Sois sûr qu’il est déjà guéri.»
6) Cf. Jn 19, 27.
7) Saint Thomas, Quodlibet VII, q. 6, a. 1, c., ad 5; Somme théologique, I, q. 1, a. 10, c.


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