Mère Teresa vivait une grande nuit intérieure

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Livres concernant mère Teresa

En tant que postulateur de la cause de béatification de Mère Teresa, le Père Brian Kolodiejchuk a étudié soigneusement ses lettres et les rapports avec ses directeurs spirituels; il dit son étonnement devant les énormes difficultés qu’elle a rencontrées au travers de tout ce qu’elle a accompli.

Ce n’est pas l’effort qu’elle a dû fournir pour ouvrir ses maisons pour les mourants, les malades et les sans-abri qui surprend le Missionnaire de la charité. C’est qu’elle ait pu accomplir tout ce que l’on sait, en dépit du fait qu’elle a eu l’impression, pendant des années, que Dieu l’avait abandonnée. Ses lettres à ses directeurs spirituels, au cours des années, sont remplies de références à une «nuit intérieure» qui allait jusqu’au sentiment de n’être pas aimée de Dieu. Et même jusqu’à la tentation de douter de l’existence de Dieu.
Dans son journal spirituel des années 1959-60, elle écrit à son directeur spirituel: «Je ressens dans mon âme la terrible douleur d’une perte, j’ai le sentiment que Dieu ne veut pas de moi, que Dieu n’est pas Dieu, que Dieu n’existe pas réellement.» Dans une autre lettre, elle écrit qu’elle veut aimer Dieu, «comme il n’a jamais été aimé» et, là encore, elle avait l’impression que son amour n’était pas réciproque. Dans le contexte de la vie de Mère Teresa, ces pensées ne sont pas des hérésies mais des signes de sainteté. Mère Teresa était convaincue que Dieu existe et avait un plan pour sa vie, même si elle ne sentait pas sa présence. Tout le monde a besoin de partager, de parler de ce qu’il vit, d’être encouragé par les autres, mais Mère Teresa, blessée intérieurement, a continué de sourire, de travailler et d’exprimer de la joie. Dans une lettre de 1961, qu’elle faisait parvenir aux Missionnaires de la charité, elle écrivait: «Sans souffrance, notre travail ne serait qu’un service social… Toute la détresse, la désolation des pauvres doit être rachetée et nous devons y participer.»

10 septembre 1946, «jour de l’inspiration»

Alors qu’elle était dans un train, en Inde, elle a expérimenté un «appel» lui demandant de vivre et de travailler avec les pauvres. Mère Teresa avait décrit cet appel comme «un ordre, un devoir d’une absolue certitude» qu’il lui fallait laisser les Sœurs de Loreto — Congrégation religieuse à laquelle elle appartenait —, puis s’en aller dans les bidonvilles de Calcutta et se donner complètement aux pauvres. Nous pensions d’une certaine manière, que c’est un appel de Jésus que Mère Teresa a vécu. Mais maintenant, après avoir lu sa correspondance avec ses directeurs spirituels, il est clair qu’elle a expérimenté ce que les théologiens appellent une «locution intérieure». Elle a distinctement entendu une voix dans sa tête qui lui a dit ce qu’elle devait faire. Et cela a duré quelques mois. L’appel était si direct, qu’elle savait que ce qu’elle faisait était la bonne chose, en dépit de la nuit intérieure qu’elle vivait depuis plusieurs années, au moins depuis 1970.
A un certain moment, l’ancien évêque de Calcutta voulait faire connaître quelques-unes de ses lettres à la fondatrice d’une autre congrégation religieuse qui vivait des moments difficiles. Mère Teresa l’a supplié de ne pas le faire et lui a demandé que les lettres soient détruites. Elle a répondu à l’évêque: «Si les gens en venaient à connaître les débuts de l’œuvre, ils penseraient plus à moi et moins à Jésus.»
Les investigations dans la vie de foi de Mère Teresa ne sont pas de vaines indiscrétions. Béatification et canonisation sont des reconnaissances de la sainteté d’une personne, non pas de sa vie de travail — qui est, bien sûr, digne de louange dans le cas de Mère Teresa. Même si quelques personnes risquent d’être surprises, ou même peut-être choquées, par les luttes spirituelles de la religieuse, elles en arriveront quand même à une pleine et profonde appréciation de la sainteté, à la fois simple et intense, dans laquelle elle a vécu, même dans les plus petites choses. Le sentiment que Dieu est très loin ou même qu’Il n’existe pas est une expérience spirituelle commune. Peut-être n’avons-nous pas la même intensité d’expériences, mais la plupart des choses qu’elle a accomplies sont très ordinaires. C’est devenu extraordinaire quand toutes les composantes ont été assemblées.

(Sc: CNS).


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