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16 octobre 1978 16 octobre 2003: une sorte déternité au regard de la densité des événements vécus par lEglise et le monde dont le Souverain Pontife est le père; mais en même temps une rapidité prodigieuse, vu laccélération des temps.
Au-delà des records dont Jean Paul II sest fait le spécialiste1, et de lanecdotique, il convient de scruter, comme en un bilan provisoire, lessentiel et le durable de son action prophétique. Car cest bien de cela quil sagit. Comme il a été écrit au seuil de notre ouvrage: «Jean Paul II le Grand»2, nous sommes en présence dun pontificat réellement prophétique, étant donné la personnalité exceptionnelle de Karol Wojtyla en face dune époque tout aussi exceptionnelle: le difficile tournant du troisième millénaire. Cette conjugaison a été voulue par la Providence pour donner au monde ce dont il a le plus besoin: une vie de sainteté, un exemple damour, un horizon despérance.
«Prophète du IIIe millénaire» aussi, parce quà chaque fondation, à chaque ère nouvelle, il faut un père auquel les fils puissent ressembler et les générations se référer. Cest ce quavait prédit un autre prophète «jumeau», le Cardinal-Primat de sa patrie, Stephan Wyszynski, qui lui avait tracé lumineusement sa voie, lors du conclave, en lui disant: «Si le Seigneur ta appelé, tu dois faire entrer lEglise dans le troisième millénaire!»
Jean Paul II est-il parvenu à accomplir cette annonce, au programme si impérieux, exigeant et redoutable, que le Cardinal Joseph Ratzinger a magistralement concentré en deux mots, le 18 mai dernier: croire et aimer?
Cette brève synthèse voudrait apporter un début de réponse.
Le Croyant
Mettre Dieu au cur de lhomme
La mission fondamentale du Pape est dêtre le gardien et le dispensateur de la Vérité, héritage inaliénable de lEcriture et de lEglise. La garder, cest lexpliciter; la dispenser, cest évangéliser, afin de forger des saints.
Un héritage quil a reçu et assimilé dans sa famille et lEglise qui lont éduqué à la foi, au sein du terreau polonais et essentiellement cracovien, si enraciné dans la fidélité au Christ et à Rome, et éprouvé par la souffrance séculaire de la nation. Il a été clairement établi que les étapes de la vie religieuse de Karol Wojtyla: prêtrise, épiscopat, cardinalat, sans oublier sa formation universitaire et littéraire ni ses aptitudes humaines (comme son charisme pour les jeunes), sont autant déléments layant préparé à son pontificat.
De sorte que lorsquil est élu pape, il est prêt.
Successeur immédiat de Paul VI et de Jean XXIII, il na guère de peine à déterminer son programme, axé quant au spirituel sur deux exigences de notre époque, exposées devant les Cardinaux: la fidélité au dépôt sacré reçu, mais aussi louverture: la volonté de poursuivre luvre conciliaire et délargir lcuménisme (jusquau dialogue interreligieux).
Quant à lhumanisme, devant les diplomates, il déclare sans fausse honte quil sera «le témoin de lamour universel», un homme de justice, de paix et de fraternité, surtout pour les sociétés les plus démunies du Tiers-Monde. Il se veut donc résolument lapôtre de la «Civilisation de lamour».
Pour cela, il mettra en uvre toutes les ressources spirituelles, morales et administratives de lEglise, sans cesse réorganisée, toute son expérience pastorale et internationale, tous les dons que Dieu lui a donnés pour cette tâche, toute son énorme capacité de travail et dubiquité, qui ne le cède en rien à un Napoléon.
Le maître de la foi
Le souci majeur dun pape est que luniversalité du message évangélique rejoigne luniversalité des fidèles, autrement dit que se réalise la «catholicité qualitative» (Card. Scheffczik).
Jamais aucun Pontife, même en un délai plus long, na autant écrit et parlé que lui, quil sagisse de ses 14 Encycliques, du corpus incroyable de ses Constitutions, Exhortations et Lettres Apostoliques et Motu proprio, sans parler de ses innombrables autres documents des homélies jusquà ses livres - prolongés par ceux de la Curie romaine. Tout ce quil y avait à enseigner, expliquer, préciser, développer, souvent en référence au saint Concile, il la fait (comment ne pas citer ici deux fameuses encycliques particulièrement doctrinales: Veritatis Splendor et Fides et Ratio?), condensant le Magistère de lEglise dans un ouvrage unique en son genre, le Catéchisme Catholique, uvre majeure et pérenne de son pontificat.
Théologien et surtout philosophe, éthicien, «il montre que Dieu est le Maître du monde» (Julius Slowacki); il veut éclairer le mystère de lhomme par le mystère du Christ. A cet égard, sa première encyclique, le Rédempteur de lhomme, contient en germe tout son «incomparable magistère» (G. Galassi). Il a retenu la parole du Curé dArs au petit berger: «
Je te montrerai le chemin du ciel».
Son chemin, cest celui quoffre lEglise, quil embrasse dans toute sa plénitude et toutes ses exigences: la pastorale sacramentelle. Il est le premier Pape à prodiguer les sept sacrements, à agir totalement in persona Christi. Il la dit magnifiquement au Parc des Princes: «Il y a deux ans que je suis Pape, vingt ans que je suis évêque, mais le plus important pour moi reste toujours le fait dêtre prêtre!»
Son but: la sanctification de ses frères
Sa vocation est de montrer lexemple du Christ pour sanctifier les hommes, répétant: «Cest de saints dont le monde a le plus besoin!». Il a fait sien leur témoignage, tels St Stanislas: «Ma parole ne ta pas converti, mon sang te convertira», ou St J.-M. Vianney: «Là où les saints passent, Dieu passe avec eux». Ce souci de la sainteté se perçoit à travers les béatifications et canonisations sans précédent effectuées: près de 1800! Elles montrent que la sainteté est le but et la possibilité de tout chrétien.
Pour en parler avec une telle conviction, il est évident que le Saint-Père vit cette sainteté, il est un Père saint: ses proches et ceux qui savent observer, le voient et le comprennent; son compatriote et prophète Slowacki lavait prédit: «
Voici quil sapproche, ce dispensateur des forces nouvelles du monde. A sa parole, notre sang drainera la lumière divine. Ce Pape slave, frère de tous, versera le baume dans nos curs. De son trône, des légions danges chasseront toute poussière avec des balais de fleurs
». Le témoignage de sa sainteté est ce quil y a et devrait être le plus caractéristique de son passage dans le monde. Il a compris et réalisé ce quexigeait son rang: la plus haute élection requiert la plus éminente perfection, derrière Jésus, le Saint. LEglise ne peut encore se prononcer, mais il est évident que Jean Paul II suit son Maître de très près. Les foules énormes qui vont vers lui, jamais vues dans toute lhistoire du monde, comme les rencontres les plus intimes, démontrent ce rayonnement extraordinaire qui émane de lui et qui le fait appeler par elles justement: «Votre Sainteté!»
LEvangélisateur
Le nouveau saint Paul
Réaliser le Concile
Pape à 58 ans seulement, il a voulu rajeunir et vivifier lEglise. Ne serait-ce que pour la rendre plus crédible aux yeux de la marée montante des Jeunes. Dans un contexte de crise générale de la foi et de la morale, cette sanctification de lEglise, dont le chef visible doit être le prototype, est indispensable. LEsprit-Saint Sagesse prévoyante est à luvre en ce domaine, par le Concile, que Jean Paul II a marqué dune empreinte capitale.
Le Saint-Père a dabord multiplié les instances de communion, issues de la réforme conciliaire, afin de mieux gouverner lEglise, tels les divers Synodes, les Consistoires extraordinaires, les Conférences épiscopales. Il y a restauré un principe ancien, testé avec succès au temps de son épiscopat: la collégialité, qui lui permet de valoriser les compétences, dans lestime et le respect réciproques. La rénovation du Droit canon témoigne de ces avancées.
Il a ensuite élargi les instances de participation, en intégrant davantage les laïcs au gouvernement et surtout à la vie de lEglise (par ex. le Conseil Pontifical pour les Laïcs, les diverses Académies Pontificales). LExhortation Apostolique Christifideles Laïci est devenue leur magna carta.
Il a enfin fait avancer lunité avec les religions surs: cest lOecuménisme, qui lui est si cher; et le dialogue avec les autres religions, notamment monothéistes: cest le Dialogue interreligieux. Quelques temps forts resteront gravés dans lhistoire, comme louverture de la Porte sainte de St-Paul-Hors-les-Murs, lors du Jubilé de lAn 2000, que Mgr Carey, ancien Archevêque de Cantorbéry, a si bien évoquée: «Je me suis rendu compte que la grande Porte ne pouvait pas être ouverte par un seul dentre nous. Nous ne sommes plus étrangers, mais pèlerins, qui avancent ensemble
». On se rappellera, par ailleurs, les assemblées dAssise, la visite du Pape à la synagogue de Rome, et à la mosquée de Damas. Jamais aucun pape navait autant imprimé à lEglise une telle puissance dinitiative et despérance, sans dévier vers le syncrétisme, le Saint-Esprit la soutenant sans cesse, selon la promesse de Jésus.
La réévangélisation
Le Concile (avec son Décret Ad Gentes) comprend une dimension et une dynamique évangélisatrices nouvelles que le troisième Synode de Paul VI a bien mis en lumière, avec lExhortation Evangelii Nuntiandi, reprise par Jean Paul II dans lEncyclique Redemptoris Missio.
Mais, ce qui est remarquable, cest quen accord avec son nom-programme, le Pape est reparti sur les traces des apôtres Pierre et Paul, et a largement dépassé ce dernier, par son exemple personnel.
Prenant son bâton de pèlerin, la Bible sous le bras, il est devenu, de Rome au monde, le plus grand évangélisateur de tous les temps. Comment dénombrer ses célébrations, homélies, audiences de types variés: au Vatican, dans plus de 300 paroisses de lUrbi, dans son diocèse, en Italie dont il est le Patriarche?
Ce sont ses voyages internationaux, de véritables marathons, qui ont fait de lui «lAthlète de Dieu», sur toutes les routes du monde, portant la Vérité à tous ses carrefours, jusquà ses extrémités. Il faut tout de même citer quelques chiffres à cet égard: plus de 100 périples, 134 pays visités (sur 192), 1200000 km parcourus, près de 2 ans hors de Rome
Des voyages dont limpact profond auprès des dizaines de millions de fidèles de tous les continents est le secret de leurs curs.
A partir de là, sest imposée la double nécessité dévangéliser les cultures et dinculturer lEvangile, ce dernier
phénomène consistant à incorporer la foi aux diverses cultures; cest y faire vivre le Christ, selon le mode et la capacité de réception de celles-ci. Cette inculturation est la condition nécessaire de lévangélisation actuelle.
Le dispensateur de lamour
Placer lamour au cur de lhomme
Le pontificat présent est placé sous le sceau de la foi et de lespérance; la plus importante des trois vertus théologales, dit saint Paul, étant la charité. Cest pourquoi, il a pris comme nom dabord celui de Jean, lapôtre de lamour. Jean Paul II répand la foi et lamour dans lespérance.
Mais on ne peut répandre que ce que lon a acquis. Karol a beaucoup reçu pour beaucoup donner.
De même que pour la foi, sa famille, ses amis, ses professeurs, ses prêtres, jusquau Cardinal Sapieha, ses modèles den-bas ou dEn-haut, ont formé sa scientia amoris, comme il dira pour sainte
Thérèse. Il doit énormément à son père et aux aumôniers de sa jeunesse, qui savaient «perdre» du temps pour lui. Il le rendra si largement ensuite
Deux exemples célèbres sans préjudice des exemples cachés en témoignent à la face de la terre: son imitation du bienheureux Ozanam, et son secours à ses frères juifs persécutés, à Cracovie, durant la guerre.
Cet amour, il pourra loffrir parce quil a su y mettre la condition fondamentale: loubli de soi. Karol est quelquun qui a appris, à lécole des saints, à simmoler pour les autres. De là est sorti son sacerdoce, expression la plus élevée du don de soi avant le martyre, doù sa devise épiscopale: «Totus Tuus».
En considérant comment Jean Paul II a su aimer, on comprendra mieux ainsi le ressort profond de toute sainteté, qui est lamour partagé jusquà consumer sa vie pour celui du prochain.
Son dévouement pour lEglise
Le symbole peut-être le plus expressif de cette vie donnée à lEglise, est celui, très fort, du Jeudi-Saint, lorsque Jean Paul II se met à genoux devant des prêtres et leur lave les pieds, et quand il leur livre alors lintime de son cur: sa Lettre annuelle. Au-delà de ce pôle, cest à tout instant de sa prêtrise quil vit la parole du Christ: «Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir».
Il la montré lors de son jubilé sacerdotal, en 1996, en publiant son ouvrage: «Ma vocation: don et mystère». Il ne se veut pas le tuteur des prêtres, mais leur frère. Il le leur avait dit à Notre-Dame de Paris, dès 1980. Jean Paul II a «épousé» lEglise au sommet, de la même manière que Marie assume pleinement sa fonction de Redemptoris Mater et de Mater Ecclesiae. Son premier biographe, le Père Malinski, puis le Cardinal Macharski, ont toujours remarqué le caractère de la totalité du don fidèle du Pape à tout ce quil fait.
Sa passion pour lhomme
Au centre de sa démarche caritative, derrière le Christ, il place et privilégie lhomme, selon lesprit du Concile. Le Cardinal Ratzinger observe que Jean Paul II lui a consacré trois encycliques (dites «anthropologiques»). Elles sarticulent autour de la question de lhomme, à lintérieur du mystère du Christ, Dieu fait homme. «Si lhomme est la première et fondamentale route de lEglise, cette route est tracée par Jésus et elle passe immanquablement par les mystères de lIncarnation et de la Rédemption», commente le Préfet de la Doctrine de la Foi. Il ajoute: «Anthropologie et christologie sont pour le Pape inséparables». Et le Père Tadeuz Styczen, disciple de Karol et son continuateur à lUniversité de Lublin, précise: «Mon maître Karol Wojtyla, évoquant le cur de son anthropologie, dit: Il faut dévoiler à lhomme, lhomme qui est dans lhomme, et laider à choisir la vérité sur sa grandeur. Mais la parole définitive de la vérité sur lhomme vient uniquement de Dieu-Homme: Jésus-Christ.» Cest ce quil a proclamé le 22 octobre 1978, lors de son intronisation: «Le Christ, et lui seul, sait ce quil y a dans lhomme!».
Cette passion pour lhomme créé à limage de Dieu et fait pour Son bonheur et le sien, se cristallise dans le respect le plus profond de toutes ses composantes et prérogatives. Doù son combat acharné pour les valeurs chrétiennes et naturelles, les grands principes éthiques de la Société: le mariage, la famille, le respect absolu de lenfant dès sa conception (avec lencyclique Evangelium vitae) et des jeunes, le respect de la vie en général, des souffrants. Lui qui a vécu près de lenfer dAuschwitz, sauvé Edith Tzirer, failli périr à plusieurs reprises, perdu tôt tous les siens, vu prier son père veuf, sait mieux que quiconque le prix de la vie, de la famille, de la cellule conjugale.
Son amour pour les jeunes est devenu légendaire: les Journées Mondiales de la Jeunesse témoignent de losmose profonde qui existe entre lui et eux. Lequel oubliera ses paroles damour: «Vous êtes lespérance de lEglise, mon espérance! Vous êtes les sentinelles du matin! Vous êtes la joie et la couronne du Pape!»? Le «vieil homme», comme il sappelle parfois avec humour et humilité, sait quil ny a pas dâge, seulement des horizons tendus vers linfini, quand le cur est candide et ardent.
Le père de lhumanité
Etre au service des fils de Dieu, implique une sollicitude universelle. Cest bien le sens du mot «catholique». Comme aurait dit Térence, «rien de ce qui est humain nest étranger» au Pape. Parler de lhomme, cest servir tous les humains, surtout ceux qui en ont le plus besoin, à commencer par les choses de lesprit, car «lhomme ne se nourrit pas seulement de pain».
Le Pape de la Culture
Puits de science, on comprend que Jean Paul II ait promu la Culture au rang quelle mérite dans un monde riche et varié dune expérience civilisatrice plurimillénaire. Avec le Conseil idoine, dirigé par les cardinaux Garrone, puis Paul Poupard. Ce dernier était à lUnesco, en juin 1980, quand le Saint-Père a brossé avec lucidité un parallèle suggestif entre lhomme et la culture, affirmant notamment: «Lhomme ne peut pas se passer de culture, facteur irremplaçable de lépanouissement de toute civilisation
Lhomme est au cur de la culture, dans toute son intégralité; il est toujours le fait premier et fondamental de la culture, qui est la synthèse splendide de lesprit et du corps
» Se souvenant de sa patrie tant de fois occupée, il assure avec non moins de courage que les idéologies ne doivent plus prévaloir sur la sagesse. Lattentat du 13 mai suivant est peut-être sorti de là
Dans maints discours, il décrit la culture comme un facteur délévation des esprits, et partant, de cohésion sociale, de stabilité de la civilisation, cette culture devant être favorisée par les pouvoirs établis et servie par le droit effectif à léducation et à linstruction, au sein des familles et des établissements adéquats.
Mais lopinion restera sensibilisée par sa lutte au service de la liberté et de la dignité humaines, ceci en trois directions primordiales.
Jean Paul II, chantre des droits de lhomme
Extrait par Dieu de lEglise dite «du silence», il a réussi à la libérer du ghetto communiste européen et à donner ce second poumon, oriental, à celui doccident qui sessouffle. Ce que ses prédécesseurs navaient pu faire.
Il ne cesse de défendre les défavorisés de la planète, étranglés par lautre face hideuse du pouvoir: largent. Juridiquement, il plaide pour eux dans les enceintes et les textes internationaux, tel celui, célèbre, de Ouagadougou, sorte de charte de lémancipation du Tiers-Monde. Concrètement, il va sur tous les terrains, des favelas brésiliennes aux bidonvilles africains, donner une parole de réconfort et despoir à ces populations faméliques. Il leur prodigue autant quil peut les dons offerts à Rome (en lien avec le Conseil Cor Unum, longuement animé par le Cardinal Roger Etchegaray) cest «la charité du Pape» , suscitant fondations, dévouement et vocations de charité. Il a trouvé pendant longtemps en Mère Teresa quil béatifie dès ce 19 octobre une femme de compassion à sa hauteur.
Cest chez elle, à Calcutta, quil a côtoyé le plus profond de la maladie et de la misère humaines, en visitant les mourants du Nirmal Hriday Ashram, «lun des endroits les plus impressionnants de la terre» (Oss. Romano). Deux, il a pu dire: «Sur le visage des pauvres, je vois resplendir le Visage du Christ»; et delle: «A travers son sourire, ses gestes, ses paroles, Jésus a marché à nouveau sur les routes du monde.»
Enfin, il faut servir lhumanité tant meurtrie au vingtième siècle, par un esprit, des institutions, une volonté de Paix. Des textes admirables, comme Centesimus Annus, Tertio Millenio Adveniente ou Novo Millenio Ineunte, traitent de ces questions et de lavenir du globe qui ne peut se bâtir que sur la concorde mutuelle et le rejet des armes apocalyptiques.
La diplomatie pontificale, la plus subtile du monde, na pas ménagé ses efforts pour éteindre les conflits incessants, ou les éviter. Reprenant les célèbres appels de Jean XXIII (Pacem in terris) et de Paul VI, Jean Paul II est reparti, deux fois, à lONU, pour sécrier à son tour: «Plus jamais la guerre!» et jeter les bases dune vraie paix, prélude à la «Civilisation de lamour». Pour dialoguer avec les Etats, il a porté à lui seul les nonciatures de 85 à 176! Créant notamment celles des USA, dIsraël, de Russie. Ses voyages ne sont pas seulement spirituels, mais aussi politiques (le Pape est en même temps Chef dEtat!).
Quant à lEurope, il a écarté, sans drame, le spectre du marxisme, renversé le Mur de la Honte, rapproché ses peuples. Il insiste pour que lUnion européenne, qui va sélargissant, admette clairement dans sa Constitution son héritage chrétien sa fierté et sa grandeur qui, seul, peut lui faire envisager un avenir de paix profonde, parce quancrée sur les valeurs les plus hautes.
Les chemins de la foi et de lamour
Au terme de ce survol, forcément sommaire, eu égard à lextraordinaire activité du Pape, il faut une nouvelle fois se demander quels en sont les ressorts et les secrets.
Le premier est sans doute sa prière, constante, profonde, centrée sur lEucharistie, le bréviaire et les exercices de piété qui lui sont chers, dont le Chemin de croix et le Rosaire ne sont pas les moindres. Maints témoins attestent quil est «un monument de prière» (A. Frossard), qui embrasse toute lEglise, lhumanité, chaque personne, car, de 6 heures du matin à 23 heures, il pratique la «géographie de la prière» qui atteint le globe entier, notamment les pays de la souffrance et ceux dont les portes lui sont encore fermées. Noublions pas que Jean Paul II est un méditatif tout autant quun actif. Equilibre remarquable qui vaut au monde de ne pas avoir sombré dans des maux pires que ceux quil retient par son oraison et ses épreuves.
Le deuxième est en effet sa souffrance, inouïe, et quil a lhumilité et la noblesse suprêmes de cacher le plus possible, mais que la révélation du troisième secret de Fatima a laissé deviner. Il est le nouveau Christ, qui porte, «recru de peine et le pas vacillant», la lourde croix du Golgotha contemporain, que son Totus Tuus lui a fait accepter, Dieu connaissant sa générosité sans limite. La plus grande de toutes est en rapport avec sa mission: le rejet de Dieu, surtout dans les vieux pays chrétiens redevenus comme païens, le mépris généralisé des dix commandements et de léthique pour laquelle il combat depuis toujours. Au centre de ces deux nécessités qui nen font quune, il souffre pour labsolu respect de la vie, de la personne humaine, axe de toute sa philosophie, entée sur le Christ-Homme.
Le troisième est ce que lon appelle «le secret du roi», sa part la plus personnelle, la plus intime, celle que lon ne peut observer que de lextérieur, par délicatesse et respect pour lui. Il sagit de son amour, plus peut-être, sa tendresse ineffable pour Celle quil chérit dès son enfance et la mort de sa maman: la Mère de Dieu, des orphelins, de tous les hommes, de lEglise, des prêtres et des papes, comme le montrent les fresques médiévales, la très Sainte Vierge Marie, tant priée, depuis léglise de la Présentation à Wadowice jusquà Sainte-Marie-Majeure, en passant par les sanctuaires vénérés de sa Patrie: Kalwaria-Zebrzydowska, Czestochowa
, puis tous ceux quil a honorés de ses pèlerinages à travers la terre, et au premier rang desquels il est juste de nommer celui de Notre-Dame du Rosaire de Fatima. Cest le sanctuaire quil a officiellement le plus visité parce que lui, Jean Paul II, est le principal «Pape de Fatima», lequel devait porter au cur de sa douleur et de sa chair, lathéisme programmé qui a tant ravagé le monde. Il devait être la tête des martyrs spirituels et charnels de notre époque de larmes et de sang. Cest pour cela quil a commencé à verser le sien un certain 13 mai 1981, sur la Place Saint-Pierre. Il a si bien vécu sa consécration totale à son Cur Immaculé, que, pour montrer sa gratitude envers ce vrai fils et la puissance de la consécration généralisée quelle est venue demander à lEglise, gage de la défaite de Satan et de son triomphe de Mère universelle, elle la épargné, en lui accordant une longue vie, qui dure encore, pour la gloire de Dieu et notre joie.
Très Saint-Père, pardon pour les murmures du monde et parfois son tumulte! Merci pour le don plénier de votre personne et de votre vie! Soyez assuré de notre reconnaissance profonde, de notre prière assidue pour vous et toutes vos intentions. Que la Madone de Jasna Gora, dont les deux cicatrices de la joue rappellent sinon votre chiffre, du moins votre souffrance, et par là, la fécondité inépuisable de votre service pétrinien, vous garde et vous couronne dans lautre monde des lauriers de la sainteté.
Ad multos annos, très Saint-Père!
Bernard Balayn
Littérature:
Jean Paul II le Grand, Prophète du IIIe millénaire Préface du Card. Frédéric Etsou
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Notes:
1) En avril 2004, son pontificat sera le 3e en durée sur les 265 depuis saint Pierre.
2) Pour en savoir plus, prière de consulter notre livre: «Jean Paul II le Grand, prophète du IIIe millénaire», couronné par lAcadémie des Sciences Morales et Politiques de lInstitut de France.
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