Jean Paul II
un quart de siècle de pontificat

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Jean Paul II le grand, prophète du IIIe millénaire
864 pages - 15,5x23,5 cm - Euro 30.00 - CHF 45.00

16 octobre 1978 — 16 octobre 2003: une sorte d’éternité au regard de la densité des événements vécus par l’Eglise et le monde dont le Souverain Pontife est le père; mais en même temps une rapidité prodigieuse, vu l’accélération des temps.

Au-delà des records dont Jean Paul II s’est fait le spécialiste1, et de l’anecdotique, il convient de scruter, comme en un bilan provisoire, l’essentiel et le durable de son action prophétique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Comme il a été écrit au seuil de notre ouvrage: «Jean Paul II le Grand»2, nous sommes en présence d’un pontificat réellement prophétique, étant donné la personnalité exceptionnelle de Karol Wojtyla en face d’une époque tout aussi exceptionnelle: le difficile tournant du troisième millénaire. Cette conjugaison a été voulue par la Providence pour donner au monde ce dont il a le plus besoin: une vie de sainteté, un exemple d’amour, un horizon d’espérance.
«Prophète du IIIe millénaire» aussi, parce qu’à chaque fondation, à chaque ère nouvelle, il faut un père auquel les fils puissent ressembler et les générations se référer. C’est ce qu’avait prédit un autre prophète «jumeau», le Cardinal-Primat de sa patrie, Stephan Wyszynski, qui lui avait tracé lumineusement sa voie, lors du conclave, en lui disant: «Si le Seigneur t’a appelé, tu dois faire entrer l’Eglise dans le troisième millénaire!»
Jean Paul II est-il parvenu à accomplir cette annonce, au programme si impérieux, exigeant et redoutable, que le Cardinal Joseph Ratzinger a magistralement concentré en deux mots, le 18 mai dernier: croire et aimer?
Cette brève synthèse voudrait apporter un début de réponse.

Le Croyant

Mettre Dieu au cœur de l’homme

La mission fondamentale du Pape est d’être le gardien et le dispensateur de la Vérité, héritage inaliénable de l’Ecriture et de l’Eglise. La garder, c’est l’expliciter; la dispenser, c’est évangéliser, afin de forger des saints.
Un héritage qu’il a reçu et assimilé dans sa famille et l’Eglise qui l’ont éduqué à la foi, au sein du terreau polonais et essentiellement cracovien, si enraciné dans la fidélité au Christ et à Rome, et éprouvé par la souffrance séculaire de la nation. Il a été clairement établi que les étapes de la vie religieuse de Karol Wojtyla: prêtrise, épiscopat, cardinalat, sans oublier sa formation universitaire et littéraire ni ses aptitudes humaines (comme son charisme pour les jeunes), sont autant d’éléments l’ayant préparé à son pontificat.
De sorte que lorsqu’il est élu pape, il est prêt.
Successeur immédiat de Paul VI et de Jean XXIII, il n’a guère de peine à déterminer son programme, axé — quant au spirituel — sur deux exigences de notre époque, exposées devant les Cardinaux: la fidélité au dépôt sacré reçu, mais aussi l’ouverture: la volonté de poursuivre l’œuvre conciliaire et d’élargir l’œcuménisme (jusqu’au dialogue interreligieux).
Quant à l’humanisme, devant les diplomates, il déclare sans fausse honte qu’il sera «le témoin de l’amour universel», un homme de justice, de paix et de fraternité, surtout pour les sociétés les plus démunies du Tiers-Monde. Il se veut donc résolument l’apôtre de la «Civilisation de l’amour».
Pour cela, il mettra en œuvre toutes les ressources spirituelles, morales et administratives de l’Eglise, sans cesse réorganisée, toute son expérience pastorale et internationale, tous les dons que Dieu lui a donnés pour cette tâche, toute son énorme capacité de travail et d’ubiquité, qui ne le cède en rien à un Napoléon.

Le maître de la foi

Le souci majeur d’un pape est que l’universalité du message évangélique rejoigne l’universalité des fidèles, autrement dit que se réalise la «catholicité qualitative» (Card. Scheffczik).
Jamais aucun Pontife, même en un délai plus long, n’a autant écrit et parlé que lui, qu’il s’agisse de ses 14 Encycliques, du corpus incroyable de ses Constitutions, Exhortations et Lettres Apostoliques et Motu proprio, sans parler de ses innombrables autres documents — des homélies jusqu’à ses livres - prolongés par ceux de la Curie romaine. Tout ce qu’il y avait à enseigner, expliquer, préciser, développer, souvent en référence au saint Concile, il l’a fait (comment ne pas citer ici deux fameuses encycliques particulièrement doctrinales: Veritatis Splendor et Fides et Ratio?), condensant le Magistère de l’Eglise dans un ouvrage unique en son genre, le Catéchisme Catholique, œuvre majeure et pérenne de son pontificat.
Théologien et surtout philosophe, éthicien, «il montre que Dieu est le Maître du monde» (Julius Slowacki); il veut éclairer le mystère de l’homme par le mystère du Christ. A cet égard, sa première encyclique, le Rédempteur de l’homme, contient en germe tout son «incomparable magistère» (G. Galassi). Il a retenu la parole du Curé d’Ars au petit berger: «… Je te montrerai le chemin du ciel».
Son chemin, c’est celui qu’offre l’Eglise, qu’il embrasse dans toute sa plénitude et toutes ses exigences: la pastorale sacramentelle. Il est le premier Pape à prodiguer les sept sacrements, à agir totalement in persona Christi. Il l’a dit magnifiquement au Parc des Princes: «Il y a deux ans que je suis Pape, vingt ans que je suis évêque, mais le plus important pour moi reste toujours le fait d’être prêtre!»

Son but: la sanctification de ses frères

Sa vocation est de montrer l’exemple du Christ pour sanctifier les hommes, répétant: «C’est de saints dont le monde a le plus besoin!». Il a fait sien leur témoignage, tels St Stanislas: «Ma parole ne t’a pas converti, mon sang te convertira», ou St J.-M. Vianney: «Là où les saints passent, Dieu passe avec eux». Ce souci de la sainteté se perçoit à travers les béatifications et canonisations sans précédent effectuées: près de 1800! Elles montrent que la sainteté est le but et la possibilité de tout chrétien.
Pour en parler avec une telle conviction, il est évident que le Saint-Père vit cette sainteté, il est un Père saint: ses proches et ceux qui savent observer, le voient et le comprennent; son compatriote et prophète Slowacki l’avait prédit: «…Voici qu’il s’approche, ce dispensateur des forces nouvelles du monde. A sa parole, notre sang drainera la lumière divine. Ce Pape slave, frère de tous, versera le baume dans nos cœurs. De son trône, des légions d’anges chasseront toute poussière avec des balais de fleurs…». Le témoignage de sa sainteté est ce qu’il y a et devrait être le plus caractéristique de son passage dans le monde. Il a compris et réalisé ce qu’exigeait son rang: la plus haute élection requiert la plus éminente perfection, derrière Jésus, le Saint. L’Eglise ne peut encore se prononcer, mais il est évident que Jean Paul II suit son Maître de très près. Les foules énormes qui vont vers lui, jamais vues dans toute l’histoire du monde, comme les rencontres les plus intimes, démontrent ce rayonnement extraordinaire qui émane de lui et qui le fait appeler par elles justement: «Votre Sainteté!»

L’Evangélisateur
Le nouveau saint Paul

Réaliser le Concile

Pape à 58 ans seulement, il a voulu rajeunir et vivifier l’Eglise. Ne serait-ce que pour la rendre plus crédible aux yeux de la marée montante des Jeunes. Dans un contexte de crise générale de la foi et de la morale, cette sanctification de l’Eglise, dont le chef visible doit être le prototype, est indispensable. L’Esprit-Saint — Sagesse prévoyante — est à l’œuvre en ce domaine, par le Concile, que Jean Paul II a marqué d’une empreinte capitale.
Le Saint-Père a d’abord multiplié les instances de communion, issues de la réforme conciliaire, afin de mieux gouverner l’Eglise, tels les divers Synodes, les Consistoires extraordinaires, les Conférences épiscopales. Il y a restauré un principe ancien, testé avec succès au temps de son épiscopat: la collégialité, qui lui permet de valoriser les compétences, dans l’estime et le respect réciproques. La rénovation du Droit canon témoigne de ces avancées.
Il a ensuite élargi les instances de participation, en intégrant davantage les laïcs au gouvernement et surtout à la vie de l’Eglise (par ex. le Conseil Pontifical pour les Laïcs, les diverses Académies Pontificales). L’Exhortation Apostolique Christifideles Laïci est devenue leur magna carta.
Il a enfin fait avancer l’unité avec les religions sœurs: c’est l’Oecuménisme, qui lui est si cher; et le dialogue avec les autres religions, notamment monothéistes: c’est le Dialogue interreligieux. Quelques temps forts resteront gravés dans l’histoire, comme l’ouverture de la Porte sainte de St-Paul-Hors-les-Murs, lors du Jubilé de l’An 2000, que Mgr Carey, ancien Archevêque de Cantorbéry, a si bien évoquée: «Je me suis rendu compte que la grande Porte ne pouvait pas être ouverte par un seul d’entre nous. Nous ne sommes plus étrangers, mais pèlerins, qui avancent ensemble…». On se rappellera, par ailleurs, les assemblées d’Assise, la visite du Pape à la synagogue de Rome, et à la mosquée de Damas. Jamais aucun pape n’avait autant imprimé à l’Eglise une telle puissance d’initiative et d’espérance, sans dévier vers le syncrétisme, le Saint-Esprit la soutenant sans cesse, selon la promesse de Jésus.

La réévangélisation

Le Concile (avec son Décret Ad Gentes) comprend une dimension et une dynamique évangélisatrices nouvelles que le troisième Synode de Paul VI a bien mis en lumière, avec l’Exhortation Evangelii Nuntiandi, reprise par Jean Paul II dans l’Encyclique Redemptoris Missio.
Mais, ce qui est remarquable, c’est qu’en accord avec son nom-programme, le Pape est reparti sur les traces des apôtres Pierre et Paul, et a largement dépassé ce dernier, par son exemple personnel.
Prenant son bâton de pèlerin, la Bible sous le bras, il est devenu, de Rome au monde, le plus grand évangélisateur de tous les temps. Comment dénombrer ses célébrations, homélies, audiences de types variés: au Vatican, dans plus de 300 paroisses de l’Urbi, dans son diocèse, en Italie dont il est le Patriarche?
Ce sont ses voyages internationaux, de véritables marathons, qui ont fait de lui «l’Athlète de Dieu», sur toutes les routes du monde, portant la Vérité à tous ses carrefours, jusqu’à ses extrémités. Il faut tout de même citer quelques chiffres à cet égard: plus de 100 périples, 134 pays visités (sur 192), 1200000 km parcourus, près de 2 ans hors de Rome… Des voyages dont l’impact profond auprès des dizaines de millions de fidèles de tous les continents est le secret de leurs cœurs.
A partir de là, s’est imposée la double nécessité d’évangéliser les cultures et d’inculturer l’Evangile, ce dernier
phénomène consistant à incorporer la foi aux diverses cultures; c’est y faire vivre le Christ, selon le mode et la capacité de réception de celles-ci. Cette inculturation est la condition nécessaire de l’évangélisation actuelle.

Le dispensateur de l’amour

Placer l’amour au cœur de l’homme

Le pontificat présent est placé sous le sceau de la foi et de l’espérance; la plus importante des trois vertus théologales, dit saint Paul, étant la charité. C’est pourquoi, il a pris comme nom d’abord celui de Jean, l’apôtre de l’amour. Jean Paul II répand la foi et l’amour dans l’espérance.
Mais on ne peut répandre que ce que l’on a acquis. Karol a beaucoup reçu pour beaucoup donner.
De même que pour la foi, sa famille, ses amis, ses professeurs, ses prêtres, jusqu’au Cardinal Sapieha, ses modèles d’en-bas ou d’En-haut, ont formé sa scientia amoris, comme il dira pour sainte
Thérèse. Il doit énormément à son père et aux aumôniers de sa jeunesse, qui savaient «perdre» du temps pour lui. Il le rendra si largement ensuite… Deux exemples célèbres — sans préjudice des exemples cachés — en témoignent à la face de la terre: son imitation du bienheureux Ozanam, et son secours à ses frères juifs persécutés, à Cracovie, durant la guerre.
Cet amour, il pourra l’offrir parce qu’il a su y mettre la condition fondamentale: l’oubli de soi. Karol est quelqu’un qui a appris, à l’école des saints, à s’immoler pour les autres. De là est sorti son sacerdoce, expression la plus élevée du don de soi avant le martyre, d’où sa devise épiscopale: «Totus Tuus».
En considérant comment Jean Paul II a su aimer, on comprendra mieux ainsi le ressort profond de toute sainteté, qui est l’amour partagé jusqu’à consumer sa vie pour celui du prochain.

Son dévouement pour l’Eglise

Le symbole peut-être le plus expressif de cette vie donnée à l’Eglise, est celui, très fort, du Jeudi-Saint, lorsque Jean Paul II se met à genoux devant des prêtres et leur lave les pieds, et quand il leur livre alors l’intime de son cœur: sa Lettre annuelle. Au-delà de ce pôle, c’est à tout instant de sa prêtrise qu’il vit la parole du Christ: «Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir».
Il l’a montré lors de son jubilé sacerdotal, en 1996, en publiant son ouvrage: «Ma vocation: don et mystère». Il ne se veut pas le tuteur des prêtres, mais leur frère. Il le leur avait dit à Notre-Dame de Paris, dès 1980. Jean Paul II a «épousé» l’Eglise au sommet, de la même manière que Marie assume pleinement sa fonction de Redemptoris Mater et de Mater Ecclesiae. Son premier biographe, le Père Malinski, puis le Cardinal Macharski, ont toujours remarqué le caractère de la totalité du don fidèle du Pape à tout ce qu’il fait.

Sa passion pour l’homme

Au centre de sa démarche caritative, derrière le Christ, il place et privilégie l’homme, selon l’esprit du Concile. Le Cardinal Ratzinger observe que Jean Paul II lui a consacré trois encycliques (dites «anthropologiques»). Elles s’articulent autour de la question de l’homme, à l’intérieur du mystère du Christ, Dieu fait homme. «Si l’homme est la première et fondamentale route de l’Eglise, cette route est tracée par Jésus et elle passe immanquablement par les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption», commente le Préfet de la Doctrine de la Foi. Il ajoute: «Anthropologie et christologie sont pour le Pape inséparables». Et le Père Tadeuz Styczen, disciple de Karol et son continuateur à l’Université de Lublin, précise: «Mon maître Karol Wojtyla, évoquant le cœur de son anthropologie, dit: “Il faut dévoiler à l’homme, l’homme qui est dans l’homme, et l’aider à choisir la vérité sur sa grandeur. Mais la parole définitive de la vérité sur l’homme vient uniquement de Dieu-Homme: Jésus-Christ”.» C’est ce qu’il a proclamé le 22 octobre 1978, lors de son intronisation: «Le Christ, et lui seul, sait ce qu’il y a dans l’homme!».
Cette passion pour l’homme créé à l’image de Dieu et fait pour Son bonheur et le sien, se cristallise dans le respect le plus profond de toutes ses composantes et prérogatives. D’où son combat acharné pour les valeurs chrétiennes et naturelles, les grands principes éthiques de la Société: le mariage, la famille, le respect absolu de l’enfant dès sa conception (avec l’encyclique Evangelium vitae) et des jeunes, le respect de la vie en général, des souffrants. Lui qui a vécu près de l’enfer d’Auschwitz, sauvé Edith Tzirer, failli périr à plusieurs reprises, perdu tôt tous les siens, vu prier son père veuf, sait mieux que quiconque le prix de la vie, de la famille, de la cellule conjugale.
Son amour pour les jeunes est devenu légendaire: les Journées Mondiales de la Jeunesse témoignent de l’osmose profonde qui existe entre lui et eux. Lequel oubliera ses paroles d’amour: «Vous êtes l’espérance de l’Eglise, mon espérance! Vous êtes les sentinelles du matin! Vous êtes la joie et la couronne du Pape!»? Le «vieil homme», comme il s’appelle parfois avec humour et humilité, sait qu’il n’y a pas d’âge, seulement des horizons tendus vers l’infini, quand le cœur est candide et ardent.

Le père de l’humanité

Etre au service des fils de Dieu, implique une sollicitude universelle. C’est bien le sens du mot «catholique». Comme aurait dit Térence, «rien de ce qui est humain n’est étranger» au Pape. Parler de l’homme, c’est servir tous les humains, surtout ceux qui en ont le plus besoin, à commencer par les choses de l’esprit, car «l’homme ne se nourrit pas seulement de pain».

Le Pape de la Culture

Puits de science, on comprend que Jean Paul II ait promu la Culture au rang qu’elle mérite dans un monde riche et varié d’une expérience civilisatrice plurimillénaire. Avec le Conseil idoine, dirigé par les cardinaux Garrone, puis Paul Poupard. Ce dernier était à l’Unesco, en juin 1980, quand le Saint-Père a brossé avec lucidité un parallèle suggestif entre l’homme et la culture, affirmant notamment: «L’homme ne peut pas se passer de culture, facteur irremplaçable de l’épanouissement de toute civilisation… L’homme est au cœur de la culture, dans toute son intégralité; il est toujours le fait premier et fondamental de la culture, qui est la synthèse splendide de l’esprit et du corps…» Se souvenant de sa patrie tant de fois occupée, il assure avec non moins de courage que les idéologies ne doivent plus prévaloir sur la sagesse. L’attentat du 13 mai suivant est peut-être sorti de là… Dans maints discours, il décrit la culture comme un facteur d’élévation des esprits, et partant, de cohésion sociale, de stabilité de la civilisation, cette culture devant être favorisée par les pouvoirs établis et servie par le droit effectif à l’éducation et à l’instruction, au sein des familles et des établissements adéquats.
Mais l’opinion restera sensibilisée par sa lutte au service de la liberté et de la dignité humaines, ceci en trois directions primordiales.

Jean Paul II, chantre des droits de l’homme

Extrait par Dieu de l’Eglise dite «du silence», il a réussi à la libérer du ghetto communiste européen et à donner ce second poumon, oriental, à celui d’occident qui s’essouffle. Ce que ses prédécesseurs n’avaient pu faire.
Il ne cesse de défendre les défavorisés de la planète, étranglés par l’autre face hideuse du pouvoir: l’argent. Juridiquement, il plaide pour eux dans les enceintes et les textes internationaux, tel celui, célèbre, de Ouagadougou, sorte de charte de l’émancipation du Tiers-Monde. Concrètement, il va sur tous les terrains, des favelas brésiliennes aux bidonvilles africains, donner une parole de réconfort et d’espoir à ces populations faméliques. Il leur prodigue autant qu’il peut les dons offerts à Rome (en lien avec le Conseil Cor Unum, longuement animé par le Cardinal Roger Etchegaray) — c’est «la charité du Pape» —, suscitant fondations, dévouement et vocations de charité. Il a trouvé pendant longtemps en Mère Teresa — qu’il béatifie dès ce 19 octobre — une femme de compassion à sa hauteur.
C’est chez elle, à Calcutta, qu’il a côtoyé le plus profond de la maladie et de la misère humaines, en visitant les mourants du Nirmal Hriday Ashram, «l’un des endroits les plus impressionnants de la terre» (Oss. Romano). D’eux, il a pu dire: «Sur le visage des pauvres, je vois resplendir le Visage du Christ»; et d’elle: «A travers son sourire, ses gestes, ses paroles, Jésus a marché à nouveau sur les routes du monde.»
Enfin, il faut servir l’humanité tant meurtrie au vingtième siècle, par un esprit, des institutions, une volonté de Paix. Des textes admirables, comme Centesimus Annus, Tertio Millenio Adveniente ou Novo Millenio Ineunte, traitent de ces questions et de l’avenir du globe qui ne peut se bâtir que sur la concorde mutuelle et le rejet des armes apocalyptiques.
La diplomatie pontificale, la plus subtile du monde, n’a pas ménagé ses efforts pour éteindre les conflits incessants, ou les éviter. Reprenant les célèbres appels de Jean XXIII (Pacem in terris) et de Paul VI, Jean Paul II est reparti, deux fois, à l’ONU, pour s’écrier à son tour: «Plus jamais la guerre!» et jeter les bases d’une vraie paix, prélude à la «Civilisation de l’amour». Pour dialoguer avec les Etats, il a porté à lui seul les nonciatures de 85 à 176! Créant notamment celles des USA, d’Israël, de Russie. Ses voyages ne sont pas seulement spirituels, mais aussi politiques (le Pape est en même temps Chef d’Etat!).
Quant à l’Europe, il a écarté, sans drame, le spectre du marxisme, renversé le Mur de la Honte, rapproché ses peuples. Il insiste pour que l’Union européenne, qui va s’élargissant, admette clairement dans sa Constitution son héritage chrétien — sa fierté et sa grandeur — qui, seul, peut lui faire envisager un avenir de paix profonde, parce qu’ancrée sur les valeurs les plus hautes.

Les chemins de la foi et de l’amour

Au terme de ce survol, forcément sommaire, eu égard à l’extraordinaire activité du Pape, il faut une nouvelle fois se demander quels en sont les ressorts et les secrets.
Le premier est sans doute sa prière, constante, profonde, centrée sur l’Eucharistie, le bréviaire et les exercices de piété qui lui sont chers, dont le Chemin de croix et le Rosaire ne sont pas les moindres. Maints témoins attestent qu’il est «un monument de prière» (A. Frossard), qui embrasse toute l’Eglise, l’humanité, chaque personne, car, de 6 heures du matin à 23 heures, il pratique la «géographie de la prière» qui atteint le globe entier, notamment les pays de la souffrance et ceux dont les portes lui sont encore fermées. N’oublions pas que Jean Paul II est un méditatif tout autant qu’un actif. Equilibre remarquable qui vaut au monde de ne pas avoir sombré dans des maux pires que ceux qu’il retient par son oraison et ses épreuves.
Le deuxième est en effet sa souffrance, inouïe, et qu’il a l’humilité et la noblesse suprêmes de cacher le plus possible, mais que la révélation du troisième secret de Fatima a laissé deviner. Il est le nouveau Christ, qui porte, «recru de peine et le pas vacillant», la lourde croix du Golgotha contemporain, que son Totus Tuus lui a fait accepter, Dieu connaissant sa générosité sans limite. La plus grande de toutes est en rapport avec sa mission: le rejet de Dieu, surtout dans les vieux pays chrétiens redevenus comme païens, le mépris généralisé des dix commandements et de l’éthique pour laquelle il combat depuis toujours. Au centre de ces deux nécessités qui n’en font qu’une, il souffre pour l’absolu respect de la vie, de la personne humaine, axe de toute sa philosophie, entée sur le Christ-Homme.
Le troisième est ce que l’on appelle «le secret du roi», sa part la plus personnelle, la plus intime, celle que l’on ne peut observer que de l’extérieur, par délicatesse et respect pour lui. Il s’agit de son amour, plus peut-être, sa tendresse ineffable pour Celle qu’il chérit dès son enfance et la mort de sa maman: la Mère de Dieu, des orphelins, de tous les hommes, de l’Eglise, des prêtres et des papes, comme le montrent les fresques médiévales, la très Sainte Vierge Marie, tant priée, depuis l’église de la Présentation à Wadowice jusqu’à Sainte-Marie-Majeure, en passant par les sanctuaires vénérés de sa Patrie: Kalwaria-Zebrzydowska, Czestochowa…, puis tous ceux qu’il a honorés de ses pèlerinages à travers la terre, et au premier rang desquels il est juste de nommer celui de Notre-Dame du Rosaire de Fatima. C’est le sanctuaire qu’il a officiellement le plus visité parce que lui, Jean Paul II, est le principal «Pape de Fatima», lequel devait porter au cœur de sa douleur et de sa chair, l’athéisme programmé qui a tant ravagé le monde. Il devait être la tête des martyrs — spirituels et charnels – de notre époque de larmes et de sang. C’est pour cela qu’il a commencé à verser le sien un certain 13 mai 1981, sur la Place Saint-Pierre. Il a si bien vécu sa consécration totale à son Cœur Immaculé, que, pour montrer sa gratitude envers ce vrai fils et la puissance de la consécration généralisée qu’elle est venue demander à l’Eglise, gage de la défaite de Satan et de son triomphe de Mère universelle, elle l’a épargné, en lui accordant une longue vie, qui dure encore, pour la gloire de Dieu et notre joie.
Très Saint-Père, pardon pour les murmures du monde et parfois son tumulte! Merci pour le don plénier de votre personne et de votre vie! Soyez assuré de notre reconnaissance profonde, de notre prière assidue pour vous et toutes vos intentions. Que la Madone de Jasna Gora, dont les deux cicatrices de la joue rappellent sinon votre chiffre, du moins votre souffrance, et par là, la fécondité inépuisable de votre service pétrinien, vous garde et vous couronne dans l’autre monde des lauriers de la sainteté.
Ad multos annos, très Saint-Père!
Bernard Balayn

Littérature:
Jean Paul II le Grand, Prophète du IIIe millénaire – Préface du Card. Frédéric Etsou
864 pages + 80 p. illustrations couleurs
Euro 30.– CHF 45.–

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Notes:
1) En avril 2004, son pontificat sera le 3e en durée sur les 265 depuis saint Pierre.
2) Pour en savoir plus, prière de consulter notre livre: «Jean Paul II le Grand, prophète du IIIe millénaire», couronné par l’Académie des Sciences Morales et Politiques de l’Institut de France.


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