Le Congrès International pour la Nouvelle Evangélisation sest tenu à Vienne du 23 mai au 1er juin 2003 à linitiative de quatre cardinaux: Christoph Schönborn de Vienne, Jean-Marie Lustiger de Paris, José da Cruz Policarpo de Lisbonne et Godfried Danneels de Bruxelles. Plus de 5000 personnes, venant de 30 pays y ont participé. Parmi elles quelque 400 Français dont 5 évêques: Mgr Jean-Pierre Catenoz dAvignon, Mgr Dominique Rey de Toulon, Mgr Pierre dOrnellas, évêque auxiliaire de Paris, Mgr Guy Gaucher, évêque auxiliaire de Bayeux-Lisieux, Mgr Thierry Brac de la Perrière, évêque auxiliaire de Lyon. Selon larchevéché de Vienne, environ 150000 personnes ont été touchées.
Quatre lignes de force ont émergé de ces rencontres.
Pour évangéliser notre monde, il faut connaître notre monde
Le professeur Paul Zulehner a expliqué que le besoin de spiritualité de lhomme daujourdhui repose, selon lui, sur quatre raisons objectives:
Lutter contre la superficialité de la société moderne.
Redécouvrir sa propre identité face à la perte du sens de la dignité de lhomme.
Le désir dune guérison intérieure alors que la médecine actuelle ne guérit que le corps.
Retrouver une éthique de lamour qui relève lhomme et ne labaisse pas.
De son côté, Hanna-Barbara Gerl-Falkovitz, titulaire de la chaire de philosophie
de la religion à Dresde, a décrit la situation de lhomme moderne: Nous sommes entrés dans une période «post»: post-moderne, post-athée, post-sexuelle (avec le remplacement du sexe par le genre), post-sécularisée. Selon elle, le monde est marqué par labsence: labsence de Dieu qui est passé mais apparaît comme de plus en plus inconnaissable.
Mais connaître le monde, cest aussi discerner en lui des signes despérance pour lannonce de la Bonne Nouvelle. Elle en a cité trois chez des philosophes et écrivains contemporains:
Le philosophe incroyant Abermass a dit que devant la gravité des événements du 11 septembre 2001, il faudrait quelque chose comme la religion pour trouver une réponse;
Jacques Dérida, parlant du pardon, a affirmé que le seul pardon de limpossible est un vrai pardon. Il faut lAbsolu pour donner labsolution!
Lécrivain contemporain Botho Strauss, protestant qui a quitté son Eglise, déclare quil est devenu impossible de faire de la poésie, car les mots ont perdu leur relation avec la réalité. Selon lui, cest seulement dans lEucharistie que la parole retrouve son lien avec la réalité, car ce qui est dit devient réalité: «Face à un monde qui vit dans labsence, lEucharistie proclame la présence! Le travail du missionnaire est de proclamer la présence!»
Pour évangéliser notre monde, il faut aimer notre monde
Cet amour du monde et des hommes va se concrétiser de différentes manières.
Pour le chancelier Wolfgang Schüssel, ce sera à travers lengagement politique. Il a rappelé que ce nest pas seulement un droit mais un devoir pour les Chrétiens de participer à la vie politique. Selon lui, les Chrétiens ont une vision qui va bien au-delà dune vision terrestre et cest cette vision dont a besoin lEurope plus que jamais.
Pour le professeur Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté Sant-Egidio, et sur Elvira Petrozzi, religieuse italienne, fondatrice de la Communauté Cenacolo, spécialisée dans laccueil de jeunes toxicomanes, lamour des hommes passe par un point obligé: le choix préférentiel pour les pauvres: «Tout chrétien doit se reconnaître par son amitié pour les pauvres. Où fait-on lexpérience de Dieu? Non loin des pauvres, le plus près possible. Lamitié avec les pauvres nous évangélise en profondeur.»
Pour le cardinal Schönborn, le message de lEvangile nest pas de prêcher la morale, mais la miséricorde de Dieu. On peut dire quévangéliser, cest aimer, cest être témoin de miséricorde, cest humaniser, comme nous la témoigné frère Marc de Tibériade (Belgique). Notre amour doit nous porter vers tous les hommes, pas seulement les personnes déjà converties. Cest ce qua prôné le professeur Zulehner qui a engagé à commencer une mission offensive vers ceux qui appellent à laide et ceux qui nappellent pas à laide.
Pour évangéliser notre monde, il faut des saints
Le professeur Zulehner a insisté sur ce point clef: «Si nous sommes nous-mêmes imprégnés par lEvangile et si, à la suite du Christ, nous montons sur la montagne pour prier avant daller chez les païens, alors notre témoignage portera du fruit, car cest par cette immersion en Dieu que nous serons amenés automatiquement vers les hommes.
Le cur même de la mission, cest simmerger dans lamour profond de Dieu pour être présent dans la vie des hommes.»
Cet appel à la sainteté passe par lamour des pauvres, par la radicalité de vie. Cest cette radicalité de vie qui rend le témoignage du missionnaire crédible et acceptable, comme la montré le témoignage de sur Elvira Petrozzi auprès des drogués. «Avant de songer à évangéliser les autres, sévangéliser soi-même», a-t-elle coutume de proclamer.
Le cardinal Jean-Marie Lustiger a rappelé ce point aux jeunes qui désiraient avoir une vie morale et voulaient se donner. Le cardinal leur a répondu par lexemple du jeune homme riche. Lui aussi suivait tous les commandements de Dieu, mais Jésus a discerné quil lui manquait une chose: il était attaché à ses richesses. «Notre société est capable du pire et du meilleur, car elle nest pas libre à légard de ses uvres. Elle veut le bien, le beau, la liberté, mais pourquoi agit-elle à lopposé? Peut-être attend-elle que des disciples de Jésus accueillent son appel radical de le suivre et témoignent ainsi de la liberté et de lamour que Dieu veut donner à tous les hommes.»
Ce même appel résonne dans la bénédiction spéciale du pape Jean Paul II aux participants du Congrès, lue par le cardinal Schönborn à la fin de la messe du lundi 26 mai:
«La vocation à évangéliser vient de la vocation à la sainteté. Seul celui qui, en dépit de toutes les difficultés, sefforce de vivre sincèrement suivant la volonté de Dieu, peut être un témoin crédible et efficace du Christ, de sa Bonne Nouvelle et de son Eglise. Alors suivez avec générosité la vocation à la sainteté que vous avez reçue dans les sacrements du baptême et de la confirmation. Ouvrez donc les portes de votre vie pour le cadeau de lEsprit Saint qui renouvelle la face de la terre et change les curs de pierre en des curs de chair, capables daimer comme le Christ nous a aimés. Devenez de meilleurs disciples du Christ et portez lEvangile aux hommes de votre ville!»
A ceux qui croiraient que cet appel à la sainteté ne leur est pas destiné, Martine Catta, cofondatrice de lEmmanuel, a proposé, dans lexposé de clôture, de prendre modèle sur Thérèse de Lisieux, patronne des missions. Elle se savait toute petite et faible, mais elle a trouvé un ascenseur pour atteindre les sommets de la sainteté: les bras de Jésus lui-même que lon peut atteindre par la confiance et la bonne volonté.
Pour évangéliser le monde, il faut aller dans le monde
Ce fut un des mérites du Congrès de Vienne de ne pas sêtre limité à la théorie. «Notre projet, confiait le directeur de lAction Catholique autrichienne, ressemble à un homme qui a deux jambes pour avancer. Il y a la jambe de la réflexion et la jambe de la pratique.» Aussi, le Congrès comprenait de nombreux temps de missions auxquelles les participants étaient chaleureusement conviés. Cent dix paroisses de Vienne sur cent soixante-dix prenaient part à ce vaste projet appelé «Stadtmission», cest-à-dire «mission urbaine». Plus de 1200 activités missionnaires se sont déroulées pendant dix jours. Un élément a comme symbolisé cette proximité que lEglise veut retrouver avec lhomme contemporain: la présence continuelle du cardinal Christoph Schönborn durant ces journées. La présentatrice de la télévision autrichienne Barbara Stoeck1, au cardinal Schönborn:
«Vous semblez avoir changé ces derniers temps! Vous allez dans la rue, dans les cafés, dans les prisons. Que se passe-t-il?» «Il est vrai quil y a là un changement. La fonction de cardinal crée des distances par rapport aux hommes. Il faut laccepter, mais cela ne doit pas être le dernier mot. Je noublierai pas ce que le propriétaire dun grand centre commercial ma dit en maccueillant dans son établissement: Vous devez aller au-devant des gens. Cette parole vaut pour toutes nos communautés!»
Comment ce qui a été commencé à Vienne va-t-il continuer à Paris? Mgr Pierre dOrnellas: «Le Congrès va continuer à Paris. Comment allons-nous faire? Nous ne le savons pas. Mais nous le ferons!» Il a donné rendez-vous à tous les participants, et spécialement aux Viennois, pour la suite qui se déroulera à Paris du 23 octobre au 1er décembre 2004.
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