Par Christian parmantier

Angela: une vocation de prophète

«Ta mission sera comme celle de Jérémie»

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A l’occasion de la publication (fin octobre) aux Parvis du premier livre d’Angela, «Je suis la Résurrection et la Vie», nous l’avons interrogée. Elle nous relate son parcours, sa conversion et les circonstances de son appel à une mission prophétique.

Née au milieu du siècle dernier dans une petite ville de l’Italie septentrionale, Angela est la plus jeune des quatre enfants de la famille. Elle est venue au monde suite au décès de sa sœur qu’elle n’a pas connue. Après une scolarisation normale, elle suit une école de Secrétariat de direction. Ensuite elle a voulu faire un travail plus créatif, tourné vers les autres. C’est alors, raconte-t-elle, que «j’ai eu un accident et que je me suis retrouvée à l’hôpital avec un traumatisme crânien. Cela a déterminé ma vocation: j’ai vraiment été guidée pour devenir infirmière».

— Parce que vous avez eu d’excellentes infirmières?
J’ai senti une forte inclination pour un travail qui ne soit pas commercial mais plus humain, un travail qui me permette de mieux exprimer ma personnalité. J’ai alors suivi une formation professionnelle d’infirmière, où j’étudiais en même temps que je travaillais. Et depuis, j’ai toujours travaillé comme infirmière, encore maintenant.

— Et ce travail vous plaît?
Beaucoup, j’y ai trouvé tant de Jésus crucifiés! Mais dans le travail, maintenant, il y a peu d’espace pour sentir ces choses dans son cœur, le rendement quantitatif est aussi entré dans l’hôpital, ce n’est plus comme auparavant. On n’arrive plus à traiter les personnes comme nous voudrions, alors que la souffrance est toujours là.

— Vous avez été élevée chrétiennement?
De mes parents, j’ai reçu le plus grand don, celui de la foi, surtout de mon père qui avait une grande conscience de l’existence de Dieu. Il disait que les athées n’existent pas, mais seulement des gens qui ne savent pas que Dieu existe. Maman avait une foi un peu plus traditionnelle. J’ai reçu une formation chrétienne, mais je n’ai pas fait l’expérience de Jésus vivant, si bien qu’à un moment je me suis éloignée de l’Eglise. J’ai été blessée par des expériences négatives dans l’Eglise, ce qui développa en moi un rapport conflictuel avec Dieu, une peur inconsciente.

— Cette peur de Dieu, vous êtes parvenue à identifier sa cause?
Je pense à une blessure de l’enfance, provenant de comportements erronés de personnes adultes à mon égard; à travers le prêtre, j’ai eu peur de Dieu, quand il disait «malheur à vous!», je sentais la condamnation… J’ai identifié cette peur au prêtre qui pointait le doigt et me suis éloignée progressivement de la pratique religieuse.

— Et vous étiez heureuse comme ça?
Non, j’ai eu des souffrances inexplicables que je ne réussissais ni à comprendre ni à expliquer aux autres. Je me suis sentie différente de mes amies à tout point de vue. Il y avait des sujets que je ne pouvais aborder. Je sentais qu’arrivée à un certain point, il ne pouvait pas y avoir de communication, parce que je vivais des souffrances affectives profondes que je ne savais pas expliquer. Je ne savais pas d’où elles venaient. J’ai dû voir des psychologues, mais quand on abordait le côté spirituel, je ne savais pas m’expliquer et les interprétations qu’ils me donnaient ne me satisfaisaient pas.
Mais pendant ces moments de grandes souffrances intérieures, je cherchais toujours Dieu, un Dieu qu’en réalité je ne connaissais pas. Une des dernières fois où je traversais une période semblable, je n’ai plus cherché le Dieu universel, sans visage, mais le Dieu crucifié. Je me suis identifiée avec le Crucifié, j’ai compris que le Crucifié pouvait me comprendre, Lui, le Dieu fait homme. A nouveau, dans une autre période très difficile où mes souffrances s’accentuaient, je cherchai encore plus Jésus crucifié.

— Et comment l’avez-vous trouvé?
En 1989, je suis allée en Ouganda et là, j’ai rencontré une sœur italienne qui avait suivi un séminaire de discernement selon saint Ignace de Loyola, avec des Pères jésuites. Et ce qui m’a touchée, c’est qu’elle disait que tous les deux jours, on pouvait rencontrer pour un colloque, un prêtre psychologue ou théologien, au choix. Alors j’ai tout de suite pensé qu’un prêtre psychologue pourrait comprendre ma situation spirituelle. J’ai compris alors qu’il y avait quelque chose qui regardait mon esprit, ce que je n’avais pas encore considéré. Et donc, de retour en Italie, je me suis informée et j’ai pu suivre ce séminaire.
Durant une méditation sur le cinquième mystère joyeux du rosaire, le Recouvrement de Jésus au Temple, un flot de larmes m’a envahie qui a duré toute la journée, un bain, comme un nouveau baptême. Là, j’ai éprouvé tout le drame intérieur d’avoir perdu Jésus et l’émotion de le retrouver là, à ce moment. Dans les méditations successives, je suis alors tombée éperdument amoureuse de Jésus, totalement amoureuse. En moi-même, je le ressentais profondément et me disais: «Je sais que ce n’est pas un appel à la consécration (religieuse), mais je comprends qu’on peut lâcher le monde entier pour toi.» Je n’ai pas eu un moment de doute, et j’ai compris que pour aucun homme, je n’aurais pu éprouver un amour aussi grand. Ce fut vraiment un coup de foudre!
Et dans ce séminaire (où tous étaient des personnes consacrées), on était invité à demander au Seigneur de guider, de confirmer ou de clarifier notre vocation. Mais moi, j’étais encore loin de toutes ces choses de l’Eglise, de la Bible… et me demandais: «Tout ça, c’est bien pour eux, pour ces sœurs, ces prêtres…, mais pour moi…?»

— Et c’est à ce moment que vous vous êtes posé la question de votre vocation?
Quand je me suis retrouvée, seule, dans la chambre, j’ai été inspirée de demander: «Mais pour moi, Jésus, quel est ton appel, quelle est ma vocation?» Et là, Jésus m’a répondu: Finalement, tu es arrivée, ma fille: Mon Père et moi nous t’attendions depuis toujours, nous avons une tâche importante à te confier. Cela a été pour moi le choc initial. Je ne pensais pas avoir une réponse à ma demande, ni entendre cette parole en moi, si forte et si claire! Bien sûr, je me suis demandé ce que cela pouvait bien être.
Il m’est arrivé une autre expérience les jours suivants. Si je ne connaissais pas Jésus, je connaissais encore moins Satan! J’ai toujours eu une idée très grande de Dieu mais n’étant pratiquement pas formée bibliquement, je me disais que le mal n’existe pas, parce que Dieu est plus grand que tout et donc le mal n’existe pas comme créature: il est seulement en nous. Au contraire, j’ai alors connu personnellement Satan qui est venu me faire des choses très mauvaises. Satan venait de nuit…
Tous les deux jours, nous avions un colloque avec le Père psychologue et, tandis que je m’apprêtais à rencontrer le Père, une Sœur très souffrante est venue me demander si je pouvais lui laisser la place. Je suis restée alors quatre jours sans voir le Père. Et là, Satan en a profité pour venir me dire: «Tu n’auras pas d’autre homme en dehors de moi!» Il m’a tourmentée la nuit, il voulait pratiquement mon être, ma volonté pour lui! Je me sentais très mal. Je compris que c’était une énorme tentation, et j’en souffrais beaucoup, mais je devais faire confiance, parce que j’étais dans la maison de Dieu.

— Finalement, vous avez rencontré le prêtre?
Après quatre jours, j’en parlai finalement avec un prêtre. Comme j’étais inaccoutumée aux exercices spirituels, le prêtre m’a conseillé de les suspendre une journée et d’aller me promener en ville.
Ce séminaire était un «bon piège» du Seigneur qui m’y attendait, parce que je ne savais rien, pas même que la Bible se composait de versets! J’avais bien essayé de la lire, mais je ne la comprenais pas, elle me faisait peur!
Pendant cette journée de détente, j’ai compris que mon cœur était devenu un champ de bataille entre Dieu et Satan. Finalement, je le connaissais en personne. Et je me disais: «Ah non! Si toi maintenant, Satan, tu veux m’arracher à cet Amour infini, alors, ça, je ne le permettrai jamais.
Jusqu’à maintenant, tu m’as jouée, parce que je ne te connaissais pas. Mais maintenant, je te dis non. Je choisis Jésus, je le choisis pour la vie.» Cela a été un choix radical et définitif. Ici, symboliquement parlant, j’ai vu l’enfer et le paradis; la pureté et la tentation du péché, mais j’étais épuisée physiquement par cette lutte.
Pendant ma promenade en ville j’ai vu une église ouverte; il y avait une messe… Au moment de la communion, je craignais de tomber littéralement de fatigue mais j’y suis allée: j’ai reçu la communion et me suis dit: «Maintenant, je retourne et j’affronte la réalité quelle qu’elle soit.»
Ce qui a été aussi important, c’est la confession: au-delà de l’aspect psychologique, je me suis confessée d’avoir été jusqu’à maintenant loin de Dieu.

— Une vie nouvelle a pu alors commencer?
De retour chez moi, ma croissance spirituelle a vraiment débuté, je ne pouvais plus vivre sans l’Eucharistie, sans l’adoration; je profitais de mes temps libres pour aller prier à l’église. J’avais toujours cette souffrance en moi, mais elle avait maintenant une direction: vivre pour Jésus, parce qu’il est mort sur la Croix pour moi.
L’appel initial (c’est-à-dire la tâche qui m’avait été confiée), je l’avais laissé de côté, craignant une illusion. Et peu à peu c’est comme si la vapeur sous pression de la cocotte-minute s’échappait: toutes les blessures sortaient.
Je fréquentais la messe, mais je n’avais pas encore compris profondément l’Eucharistie. Plus tard Jésus m’a fait vivre maintes fois, au-delà de mes yeux physiques, sa présence réelle dans l’Eucharistie.
Ce chemin de conversion a duré un certain nombre de mois, et j’entrais toujours plus dans la prière. Entre-temps j’ai fait la rencontre d’un groupe du Renouveau. La première fois que j’ai mis le pied dans un séminaire de guérison, une personne a eu pour moi une parole de connaissance très précise: «Le Seigneur est en train de guérir une personne qui a lu Jésus est vivant.» Ce fut pour moi un grand signe parce que je venais juste de lire Jésus est vivant du Père Tardif. Ce livre a été important pour moi, parce que j’avais cherché le séminaire de guérison suite à cette lecture et je me suis rendu compte que Jésus savait tout de moi, d’où une nouvelle journée de larmes et un grand moment de guérison: c’est là vraiment que j’ai été libérée de cette peur de Dieu, parce que j’ai vu un instant, de manière très forte, le doigt du prêtre habillé de noir, qu’inconsciemment j’identifiais à Dieu, pointé contre moi; mais en même temps je me sentais envahie par la force du Saint-Esprit. Il n’y avait pas de jugement sur les autres, je n’accusais personne. Et en échange de cette image qui me faisait identifier la cause de ma peur, j’ai reçu celle du pape Jean XXIII. Quand je priais, je trouvais toujours le bon pape Jean, et moi, toute petite, à ses pieds.
Mais Satan continuait à vouloir m’accaparer, et me perturbait dans ma relation avec Jésus. Quand je priais, j’avais Jésus présent, mais Satan le salissait en me le faisant voir comme un homme viril, et non comme Dieu. Donc je comprenais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas et je ne voulais plus voir Jésus ainsi.
Après sept mois, je me suis sentie adulte et le bon pape Jean XXIII m’a dit: «Maintenant tu es guérie, car la blessure que tu avais dans ton cœur ne te permettait pas de grandir dans la foi.»
C’est pourquoi j’étais restée petite dans la foi. A partir de ce moment, ma prière s’est adressée directement à Jésus. Et alors j’ai commencé à voir clairement son visage. Et Il m’a demandé de porter au confessionnal une blessure que j’avais reçue à l’âge de quatre ans, que j’avais inconsciemment repoussée et qui réapparaissait à ce moment. «Je t’apporte la personne qui m’a blessée et je lui pardonne.» Ce faisant, Jésus m’a donné l’image de ma vie, tel un théâtre (dans le sens mondain) qui se transformait en une cathédrale pleine d’anges, signe de ma renaissance spirituelle.

— Vous parlez souvent d’images. Toutes ces images que vous recevez, d’où proviennent-elles? de votre imagination, de votre intuition… elles sont dans vos yeux, dans votre esprit…?
Je vois ces images intérieurement, avec des couleurs, je vois vraiment la scène. Jésus m’a donné le don de recevoir des images dès le début des exercices de saint Ignace, où on demande de se représenter, d’imaginer la scène à méditer: et pour moi, en procédant de cette façon, alors que Jésus me faisait le don de recevoir des images, je pensais que c’était une chose normale pour toutes les personnes présentes. Je n’ai compris qu’après qu’il n’en était pas ainsi, et c’est ainsi que cela a commencé.
Ce don est quelque chose de différent d’un exercice de l’imagination qui est une faculté naturelle. Les images prophétiques que me donne le Saint-Esprit sont dans le cœur. C’est une vue intérieure, profondément différente de l’imagination, bien que de nombreuses fois, j’aie douté.. Tandis que l’imagination est vagabonde, l’image comme don est incisive et il n’est pas en mon pouvoir de la reproduire. Ce don arrive à l’improviste et toujours dans la prière. Jésus donne les images quand je peux les accueillir et y correspondre. Jésus n’impose rien, c’est gratuit et je reste libre de les accueillir. Si elles viennent, je peux manquer d’attention, mais je ne peux ni les éviter ni les provoquer, parce que c’est véritablement un don.
En fait, Angela a reçu un don prophétique similaire à celui de Jérémie avec qui le Seigneur procédait souvent par des visions d’images avant de lui en donner le sens et la suite. Voir par exemple Jérémie 24, la vision des deux corbeilles de figues et son explication. C’est pourquoi Jésus lui a dit: «Ta mission sera comme celle de Jérémie.»

(A suivre)
Christian Parmantier


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