Les trois Personnes de la Trinité

Principe, essence et terme de l’Amour

Mon testament: un livre de vie

=> STELLA MARIS 394 SOMMAIRE

Pourquoi après mon œuvre persévérante sur la Vierge Marie, sur le Concile et les synodes, ai-je consacré les dernières années de ma vie à
la Trinité?
Bien que ce soit l’essentiel, l’indispensable pour tout théologien, je n’avais jamais osé l’aborder de front: cela me faisait peur, malgré l’enthousiasme de mon professeur de l’Institut Catholique, le Père Henry qui disait:
C’est le plus beau poème métaphysique qui soit.
Cette métaphysique cohérente mais abstraite me faisait peur. Cette belle géométrie du 1 et du 3 était sans doute admirable, mais éloignait de la vie et plongeait dans la subtilité; alors que la Trinité est une source de vie; bien plus, LA source de la vie.
C’est à cause de Jean Paul II que j’ai osé franchir le mur de mes appréhensions. Mais ce fut tout un itinéraire. Après avoir écrit, selon l’invitation du Pape: un Avent avec Marie (1987), j’ai consacré après cela toute mon œuvre à préparer le nouveau millénaire en pénétrant davantage: le Christ (1997), le Saint Esprit (1998) et le Père (1999).
Au seuil de chacune de ces années, j’ai écrit un livre pour pénétrer, approfondir chacune de ces trois Personnes et surtout apprendre à en mieux vivre.
Pour 1997, j’avais écrit La vie authentique de Jésus-Christ. J’ai établi un récit simple (tome 1) et fondé (tome 2), car il fallait en finir avec tant de caricatures et déformations de Jésus qui ont fait des best sellers depuis Renan tout au long du XXe siècle. Le récit fait percevoir la quatrième dimension de l’homme Jésus, comment sa divinité se manifeste dans son humble humanité.
En 1998, j’ai approfondi l’Esprit Saint. J’ai découvert à quel point il était présent tout au long du Nouveau Testament. Il a inspiré littéralement nos plus belles prières quotidiennes au Paraclet: présence universelle et la plus intime source de notre vie en Dieu; comment se brancher mieux sur ses inspirations? Car étant l’Amour même du Père et du Fils (leur don mutuel, leur réciprocité), il en est le rayonnement et la diffusion intime en nos cœurs.
La charité (l’Amour) n’est pas une vertu, allait jusqu’à dire Richard de saint Laurent au Moyen Âge. La charité, c’est l’Esprit Saint qui demeure en nous, qui prie en nous. Il est l’Amour même par lequel nous aimons le Père et le Fils. Il prie en nous et avec nous. Cette prise de conscience a changé ma vie.
En 1999, j’ai écrit: Dieu Notre Père. J’ai accédé au principe même de Dieu, car seul le Père est Dieu par lui-même, apparemment distant et même effrayant, car sa transcendance est incompréhensible, indicible. J’ai compris qu’il est Miséricorde, principe et source première de tout Amour, tendresse prévenante avec prédilection pour les malheureux y compris les pécheurs qui en ont le plus besoin, selon la parabole de l’enfant prodigue et bien d’autres textes de l’Évangile. Sa transcendance est la mesure même de son immanence, c’est-à-dire de son intimité, de sa présence dont le Notre Père nous invite à prendre conscience, car il est plus qu’un père, qu’une mère. Les pères de l’Eglise disaient que c’est lui qu’on découvre en dernier, au terme de la vie spirituelle.
Cette prise de conscience des trois Personnes me semblait achevée par cette étude successive du Père, du Fils et du Saint Esprit. Mais je m’aperçus seulement alors, en relisant le programme de Jean Paul II, qu’il consacrait l’An 2000 à la Trinité, pour nous faire entrer durablement dans le nouveau millénaire.
Qu’aurais-je à dire sur la Trinité puisque j’avais tout dit de chacune des trois Personnes? me suis-je d’abord demandé.
Il ne me restait plus qu’à dresser une épure des trois livres précédents, me disais-je. Mais j’avais trop individualisé les trois Personnes de la Trinité qui ne sont pas des individus, car leur vie est essentiellement altruiste. Le Père ne vit que pour le Fils et le Fils pour le Père, etc. Ils existent l’un par l’autre et l’un pour l’autre dans l’Esprit Saint qui est leur Amour même.
J’ai enfin compris le mystère de l’unité des trois Personnes, non seulement avec mon intelligence mais avec le cœur. L’unité des trois Personnes, c’est l’Amour qui est leur essence même. L’Amour est un mot ambigu, galvaudé; la Révélation de la Trinité lui a donné un sens nouveau. Beaucoup le confondent avec le désir. Souvent «je t’aime» signifie: «je veux t’avoir, te posséder, te phagocyter». Dieu est tout; il est tout. Il est au-delà de tout désir. Il nous apprend l’Amour véritable; il nous l’apprend au niveau même de la création, de la famille fondée sur le don réciproque de la femme à l’homme et si cela ne se réalise pas bien, l’immense majorité des parents sait se donner à leurs enfants pour lesquels ils font l’impossible, même pour des gens très égoïstes. Dieu nous invite à partager sa vie, c’est-à-dire son Amour, par le don gratuit de sa grâce. Car la grâce, comme disait le Père de Lataille, n’est pas seulement un don qui nous tomberait du ciel comme la pluie bienfaisante, ce n’est pas seulement la présence de Dieu en nous. C’est, disait le Père de Lataille, «l’actuation créée de notre âme par acte incréé de Dieu», car la présence de Dieu fait de nous des personnes complémentaires de la Trinité. En permanence, nous existons par Dieu, nous sommes créés par Dieu, et depuis notre baptême, divinisés par lui. L’Amour qui nous convertit et nous transfigure, procède du Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint, car c’est bien le Père qui prend l’initiative de nous créer; c’est par Jésus Christ, sa Parole, que nous sommes créés et régénérés et l’Esprit Saint est leur Amour même en nous. En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être comme disait saint Paul; nous sommes déjà (de manière cachée) dans le cycle de Vie qu’est la Trinité, selon la prière du Christ:
Qu’ils soient Un comme le Père et moi, nous sommes Un; vous en moi et moi en vous, comme le Père est en Moi et Moi en Lui (Jn 17, 21 22).
J’avais donc fait un premier livre sur la Trinité pour l’an 2000, mais il était plus gros que tous les autres, trop gros pour pouvoir être traduit dans d’autres langues. J’ai donc tenté de le résumer, tout en continuant travail et réflexion, conférences et articles pendant l’année de la Trinité: cette nouvelle étape m’a conduit moins à résumer qu’à clarifier, décanter, intensifier ce que j’entrevoyais: en allant plus loin, plus profondément, en pénétrant davantage la vraie vie en Dieu qui est la nôtre.

Quoi de neuf?

Que trouvera-t-on dans ce Traité de la Trinité (Fayard, disponible au Parvis) qui vient d’être si bien traduit en allemand par le Père Auguste Berz, théologien suisse et qui est publié aux éditions du Parvis.
L’introduction manifeste pourquoi la Trinité n’est pas superstructure ou subtilité, mais principe, fondement et source de tout et de notre vie même. Pour ceux qui l’ont comprise et qui en vivent, elle est plus réelle que la réalité fuyante et fuligineuse de notre petite vie quotidienne qui est un apprentissage de la vie en Dieu.
La première partie du livre explore plus avant l’Écriture en citant, selon leur profonde unité, tant de beaux textes où la Trinité est progressivement révélée. Cette Révélation commence dès la première page de la Bible, où Dieu (le Père) crée par sa Parole (le Verbe, Fils de Dieu) et par l’Esprit qui ne «plane» pas sur les eaux primitives comme une colombe, selon des traductions dégradantes, mais qui «remplit la face de la terre» (Sg 1, 7) par sa présence universelle, comme le révèle plus loin la Bible; car c’est par petites touches ou plutôt par flashes fulgurants que Dieu nous confie le mystère de son Amour, par les prophètes puis par Jésus-Christ.
La première partie biblique (de mon livre) est celle où j’ai le plus progressé par rapport à mon premier livre sur la Trinité. Dans mon premier livre, j’avais assemblé les principaux textes; en faisant le second, non seulement j’ai complété, mais j’ai perçu leur unité; j’ai vu, en quelque sorte, toute la Bible s’unifier à mes yeux, par un trait de lumière, comme un arc électrique partant de la vertigineuse révélation à Moïse: JE SUIS CELUI QUI SUIS, JE SUIS, IL EST (Yahweh): cette troisième formule était nécessaire pour que le peuple puisse invoquer Dieu, nul homme ne pouvant dire ainsi JE SUIS (jusqu’au dernier mot du dernier apôtre, dans le dernier livre du Nouveau Testament: Dieu est Amour (1 Jn 4, 8 et 16).
Dieu est l’être suprême, source de toute existence et sans qui rien n’existe: nous n’existons qu’en Dieu; il est transcendant. Mais il est quoi? La révélation à Moïse ne le disait pas et nul ne peut le dire. Comme l’ont découvert les Grecs, fondateurs de la philosophie: l’être n’est pas un concept, c’est un mystère indéfinissable. Nous le percevons confusément, nous ne pouvons le définir. Et voilà qu’au terme de la Révélation, une petite phrase simple de trois mots: un sujet, un verbe, un attribut, nous dit ce qui est indicible: Dieu est Amour. L’essence suprême de l’être, c’est l’Amour. Dieu n’est qu’Amour. L’Amour est le sommet de toute existence. Il en est l’explication et le terme. Dieu nous a créés par Amour, dans l’Amour, pour l’Amour; nous sommes invités à partager la plénitude de l’Amour qui est en Dieu. La partie biblique du livre parcourt donc ces traits de lumière de la Révélation à Moïse (Ex. 3) à la Révélation finale de Jean l’Évangéliste, en donnant à méditer pas à pas, ces textes admirables mais trop méconnus dans leur profondeur et dans leur progression cohérente.

Au-delà des conflits œcuméniques

La seconde partie, c’est l’histoire du dogme de la Trinité. Je l’avais développé longuement dans mon premier essai. J’en dégage l’essentiel dans le Traité pour faire percevoir à grands traits l’histoire merveilleuse de la théologie trinitaire.
On y découvre pourquoi nos trois grandes oppositions avec les Orthodoxes ne sont que des malentendus superficiels qui tiennent à notre estrangement, comme disent les Anglais: notre séparation millénaire avec ces vieilles blessures, les conflits sur la substance (que nous comprenons en des sens différents mais relatifs), le Filioque (ajouté au Credo par Charlemagne) et l’épiclèse.
On y découvrira comme la théologie allemande dont notre civilisation reste dépendante, était trinitaire: la philosophie qui a inspiré toutes les idéologies modernes était une théologie de la Trinité… sans amour. On découvrira comment Feuerbach, inspirateur avec Marx du matérialisme dialectique, puisa dans la Trinité qu’il connaissait à fond, selon Thomas d’Aquin, les idées généreuses qui firent le succès du marxisme: guerre à l’individualisme, car les trois Personnes de la Trinité ne sont pas des individus, donc guerre à la propriété (source de l’individualisme) pour que tous soient un: «L’Internationale sera le genre humain». Feuerbach le détaille en termes spécifiquement trinitaires.
On comprendra aussi pourquoi l’arianisme qui fut la crise majeure de la foi dans l’Église du IVe siècle, a resurgi aujourd’hui. On comprendra surtout comment, de Tertullien à saint Augustin, saint Anselme, saint Thomas d’Aquin, la théologie chrétienne comprend progressivement (et mon livre fait une nouvelle étape) que tout est relation.
Dieu est relation d’Amour. La création est toute relative à Dieu qui nous crée en permanence par sa volonté. Le monde n’est que par Dieu, quoique Dieu lui accorde autonomie et liberté. Mais en créant cette autonomie et cette liberté qui est bien la nôtre. Cela conduit à la conclusion du livre qui va très loin.
J’en ai trouvé la clé dans cet adage scientifique, répété sous diverses formes, d’Auguste Comte à Raymond Poincaré (l’inventeur des équations de la relativité): Tout est relation et cela seul est absolu. Quand Olivier Costa de Beauregard m’a cité cette belle formule scientifique, j’ai été ébloui:
— Mais c’est la meilleure définition de la Trinité, lui ai-je répondu.
— Dieu est Amour, la relation suprême, cela seul est absolu.
Cet adage réconcilie la théologie et la science, ces sœurs ennemies qui ont passé leur temps à se condamner, depuis Galilée jugé au Saint-Office jusqu’au scientisme de 1900 qui condamnait l’Église obscurantiste et le mythe de Dieu. La science ne pense plus que relation et la théologie, selon le mouvement profond qui a progressé de saint Augustin à Thomas d’Aquin et au personnalisme, est appelée à ne penser que relation.
Science et théologie se complètent et s’éclairent réciproquement. La science, qui ne pense que relation et relativité, est en majorité relativiste donc agnostique; elle connaît admirablement tous les mécanismes du monde, mais elle ne sait pas pourquoi a surgi la formidable masse d’énergie et de chaleur astronomique qui a déterminé le big-bang. Elle calcule l’énergie, mais ne sait ce qu’est l’énergie (onde ou/et corpuscule?). Elle manipule la vie et la génétique, mais ne sait pas ce qu’est la vie; a fortiori, ces instruments n’atteignent pas Dieu.
La théologie de Dieu et de la Trinité qui n’a pas de lumière sur les mécanismes de ce monde, sait pourquoi tout est relation: c’est parce que Dieu Amour est la relation suprême, principe et cause de tout le reste, à son image, (que le livre détaille) est relation. On trouve dans le monde, non pas des copies conformes, mais des «images» (Gn 1, 20) et reflets de la Trinité: l’atome a trois composantes: le noyau, l’électron et l’énergie qui en fait l’unité, de l’intérieur. La cellule vivante est noyau, protoplasme et la vie en fait l’unité de l’intérieur, comme le Saint Esprit fait l’unité du Père et du Fils.
La Trinité est une clé pour comprendre l’Amour, ce don mutuel qui fait le bonheur dans l’altruisme, comme le comprennent aussi des non chrétiens; car l’égoïsme n’épanouit pas mais replie, exaspère et désespère.
Bref, qui découvre ainsi la Trinité et comprend lumineusement la théologie et la philosophie, la biologie et les sciences, non qu’il devienne un scientifique, bien sûr, mais il comprend LE SENS de tout le reste par le sommet qui est l’Amour issu de Dieu qui veut établir ici-bas une civilisation de l’Amour. On comprendra mieux notamment les réussites inouïes des sciences qui explorent et maîtrisent les mécanismes de ce monde, mais aussi leurs limites, car elles donnent toutes les clés, sauf la clé essentielle qui éclaire tout, au premier chef, de proche en proche, à commencer par la destinée humaine.
Mais le plus important, c’est que cette théologie est vitale, spirituelle; car l’Amour est Vie. C’est pourquoi Jésus résume son intention essentielle en disant: «Qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance» (Jn): la vraie Vie, l’Amour qui est la vraie vie en Dieu: une vie donnée dès ici-bas qui commence la vie éternelle.
Les dix ans de réflexion qui ont abouti à ce livre, ont changé ma vie, y compris spirituelle. Ma vie est devenue trinitaire. Ma compréhension de la messe a changé. J’étais un peu trop isolé dans le face à face avec le Christ, depuis la consécration. J’ai compris progressivement à quel point la messe est trinitaire. Toutes les prières de la messe s’adressent au Père, sauf les deux derniers Kyrie et les dernières avant la communion. L’un des sommets de la messe, c’est le Pater où nous prions le Père avec le Christ présent sur l’autel. Nous le prions dans l’unité où la communion nous rassemble dans le Corps mystique du Christ que nous sommes. Nous sommes un seul Vivant en lui par l’Esprit Saint qui nous identifie à Lui par l’Amour; d’où l’importance de la double épiclèse de la messe qui implore la venue de l’Esprit Saint en deux temps:
— le premier pour transformer l’hostie en Corps du Christ,
— la seconde pour qu’il nous identifie au Christ par la communion.
Toutes ces richesses sont vertigineuses. Je souffre de les dire trop vite et de manière trop concentrée, trop indigeste.
Il faudrait non seulement lire ce livre mais le méditer: d’abord chacun des textes bibliques pour intérioriser cette confidence de Dieu, puis la synthèse finale. Votre vie aussi en sera changée. C’est cela que j’ai voulu partager avec vous, en écrivant ce livre (et cet article) qui est mon testament théologique, au plan de l’intelligence de foi mais aussi de la vie qui ne font qu’un.

René Laurentin

Livres de René Laurentin:
Nouveau Diatessaron
418 pages, E 22.– CHF 35.20
Traité sur la Trinité
380 pages, E 19.82 CHF 32.50
Dieu notre père
460 pages, E 22.– CHF 35.20
Vie authentique de Jésus Christ (T. 1)
540 pages, E 22.– CHF 35.20
Vie authentique de Jésus Christ (T. 2)
540 pages, E 20.– CHF 32.–
La Trinité mystère et lumière
618 pages, E 22.– CHF 35.20
L’Esprit Saint cet inconnu
618 pages, E 22.– CHF 35.20
Découverte du secret de La Salette 264 pages, E 20.– CHF 32.–
La Vierge apparaît-Elle à Medjugorje?
330 pages, E 20.– CHF 30.–


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