La réponse de Marguerite-Marie
Marguerite-Marie répond presque davance à lappel du Christ à la sainteté, dès léveil de son enfance, à cinq ans, quand elle fait promesse de chasteté, réitérée à 13 ans. Nen soyons pas étonnés: sainte Thérèse de lEnfant-Jésus fut tout aussi précoce, selon les voies insondables de la Providence1. Toute la vie de Marguerite-Marie sera une réponse damour quasi continue et plénière à la volonté du Christ qui lui dit: «Toi, du moins, donne-moi ce plaisir (= cette satisfaction) de suppléer aux ingratitudes des pécheurs autant que tu pourras en être capable.» Dautant plus quelle lui demande de se rendre le «maître de sa liberté», et quelle sest donnée en «esclavage» à sa sainte Mère pour qui elle nourrit une dévotion particulière depuis son enfance. De sorte que, par Marie, et à son exemple, elle simmole au Sacré-Cur le plus quelle peut, avec le concours de sa grâce: «Ne crains rien, je serai ta force», lassure-t-il. Le Seigneur léprouve de bien des manières, depuis les sacrifices corporels jusquaux épreuves morales et spirituelles, telles que la résistance des surs à létablissement du culte du Sacré-Cur.
Mais, dans la confiance car «lamour parfait bannit toute crainte» (Jn 4, 18), et Paray est à cet égard la réponse au Jansénisme la sainte apprend à se mortifier de manière parfois presque inhumaine et gravit une à une les marches du calvaire que la Trinité lui a «imposé», ceci en esprit de totale et amoureuse obéissance («Satan na point de pouvoir sur les obéissants», lui dit un jour Jésus), et de réparation: «Je te ferai participer à cette mortelle tristesse que jai bien voulu sentir au Jardin des Olives, et laquelle tristesse te réduira, sans que tu la puisses comprendre, à une espèce dagonie plus rude à supporter que la mort. Et pour maccompagner dans cette humble prière que je présentai alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, tous les jeudis, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour adoucir en quelque façon lamertume que je sentais de labandon de mes apôtres, qui mobligea à leur reprocher quils navaient pu veiller une heure avec moi.»
Mais après le Golgotha, il y a la résurrection: Jésus gratifie en retour sa «disciple bien-aimée» dextases prolongées où elle expérimente ce quaffirme lApôtre des nations: «Lamour surpasse toute connaissance.»
Marguerite-Marie vivra jusquau plus haut degré le commandement évangélique: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cur, de toute ton âme, de toutes tes forces.» Et si Jésus dit à la religieuse que La Colombière, son confesseur, est «son fidèle serviteur et parfait ami», que faut-il penser de la sainte? Au moins quelle a imité au plus près la seule servante parfaite, Marie.
La réponse de lEglise
«Nul nest prophète en son pays»: le diocèse dAutun et lEpiscopat résisteront longtemps à lappel divin. En effet, Marguerite-Marie a beaucoup de mal à faire adopter les demandes de Jésus. Son couvent les boude presque jusquà sa mort. En 1685, la religieuse reçoit encore les blâmes de la communauté. Mais, à plusieurs reprises, le Christ lencourage: «Je régnerai malgré mes ennemis et tous ceux qui voudront sy opposer.» La réponse commence à poindre, de fait, lorsque les premiers hommages du couvent sont obtenus le 21 juin 1686, seulement trois ans avant sa mort.
Elle parvient à convaincre Mère de Saumaise de se consacrer au Sacré-Cur et dembrasser le culte qui lui est dû; elle obtient que soient imprimées les premières images à leffigie du Cur de Jésus, ainsi que les litanies correspondantes et une messe apparentée à celle de saint Jean Eudes, ceci par lévêque de Langres (1689); en 1686-87, elle brise la résistance de ses deux derniers frères, en obtenant la double guérison de Jacques, curé de Bois Sainte-Marie (car il était très gravement malade et sa vie spirituelle était tombée en grande langueur. Lautre, Chrysostome, a vu en ce signe le Cur du Christ, et, bouleversé, fait ériger une chapelle en lhonneur du Cur de Jésus dans son église. Jacques y créera une messe à perpétuité tous les vendredis.
Reste à convaincre lEglise, le Saint-Siège
LEglise qui est en France est alors si gallicane, quelle se distingue par sa lenteur et mérite le reproche fait par Jésus à ses disciples sur le chemin dEmmaüs: «O esprits sans intelligence et curs lents à croire aux paroles des prophètes» (Lc 24, 25). Il faudra attendre lintervention pressante des rois de Pologne Stanislas et Auguste III (dont le petit-fils sera Louis XVI), et de quelque 150 prélats et abbés, auprès du pape Clément XIII, pour quil approuve enfin, en 1765, la messe et loffice du Sacré-Cur.
La même année, grâce à la reine Marie Leszczynska (polonaise, épouse du roi Louis XV), le clergé français accepte dinstituer dans tous nos diocèses la fête du Sacré-Cur. Ce qui nira pas sans difficultés suscitées par lAdversaire, tel Joseph II dAutriche qui supprimera le culte dans son empire. Mais lEglise poursuit son chemin: le pape Léon XIII consacre le genre humain au Sacré-Cur en 1899; Benoît XV canonise Marguerite-Marie le 13 mai 1920; Pie XI étend la fête du Cur du Christ à lEglise universelle; Pie XII rappelle le message de Paray dans sa célèbre encyclique Haurietis Aquas; Paul VI en parle dans sa Lettre Investigabiles.
Quant au Pape de Pologne, élu le jour-même de la fête de sainte Marguerite-Marie, le 16 octobre 1978, il se rend plusieurs fois à Paray, tel le 17 octobre 1965, comme évêque, et surtout le dimanche 5 octobre 1986, il est le premier Pape à sy rendre. Le 22 juin 1990, il adresse à Mgr Séguy, lévêque dAutun, une lettre autographe sur le Sacré-Cur, à loccasion du tricentenaire de la mort de la sainte.
Quant à la demande de consécration faite à Louis XIV, elle na pas abouti et la Révolution a mis le feu à la France, puis au monde.
Et aujourdhui?
Le temps a passé depuis le désordre universel instauré en 1789, né du refus du message du Cur de Jésus, qui voulait embraser lunivers, non pas avec le sang des hommes, mais avec le Sang de son Amour.
LEglise et lhumanité en ont-ils enfin compris les leçons? Il ne le semble guère quand lon voit les tragédies horribles et continues du vingtième siècle, depuis la première guerre mondiale jusquà lattentat du 11 septembre. Et pourtant, entre temps, le Cur Immaculé de Marie, mariophanie manifestée à Fatima en 1917, dans le sillage de Paray, na pas suffi. Doù lexhortation de Jean Paul II à Paray: «Le monde a besoin plus que jamais du Cur de Jésus!» Echo à la plainte de lEcriture, puis du Christ, qui demeure: «Mon cur a attendu lopprobre et la misère; jai cherché de toutes parts un consolateur et je nen ai pas trouvé (Ps 68); Doù viennent ces plaies qui percent vos mains? sécrie Zacharie; Je les ai reçues dans la demeure de ceux qui maimaient». Et la liturgie des impropères du Vendredi-Saint gémit: «Mon Peuple, que tai-je fait? Pourquoi en agir ainsi si cruellement avec moi? Je tai comblé de biens et damour et tu me réponds par des opprobres et des coups.» Amorce lointaine de la plainte du Crucifié; «Jai soif [je brûle du désir dêtre aimé]!»
Le monde est-il condamné? Si oui, ce serait laveu que lon na toujours rien compris au message de lAmour, ce serait en méconnaître linfinitude, alors que la réponse de confiance et despérance a été adressée pour nous à Marguerite-Marie: «Apprends, ma fille, que plus tu te retires dans ton néant, plus ma grandeur sabaisse pour te trouver.»
Laissons conclure le Cardial Daniélou: «Le témoignage des grands mystiques, les vrais charismatiques, reste à jamais viable car ce qui vient de Dieu ne vieillit pas. Le cur est lhomme profond. Or, lhomme daujourdhui doit revenir au cur. Cest le Cur en qui sont «tous les trésors de la Sagesse et de la Science». Cest seulement dans le Cur du Christ que le mystère du cur se dévoile pleinement. Cest lui qui est le «Roi et centre de tous les curs». Cest pourquoi le message de Marguerite-Marie est «le plus actuel de tous les messages», car, «Le message de Jésus est une synthèse de toute la religion» (Pie XI).
Bernard Balayn
De lAssociation Cor Christi, pour une Civilisation de lAmour
Si cette évocation vous a plu, lauteur tient à la disposition des aimables lecteurs une cassette audio dune conférence prononcée par lui en église, avec très beaux chants eucharistiques, enregistrée sur ce thème: «Je frappe à ta porte. Aime-Moi comme tu es». La lui commander: 62, rue Sainte-Euphémie, F-26400 Crest. (Prix, port compris: 6,50 euros).
Note:
1) Quelle meilleure réponse pouvait-on donner au lecteur qui doutait du vu de virginité de Jeanne dArc fait à 13 ans? Les enquêtes historiques et canoniques auraient-elles menti? Et que fait-on de la grâce?
|