Le mot «sacramentum» est la traduction latine du mot grec «mysterion». Le sacrement est, au fond, un mystère qui nest pas inconnaissable, mais qui exige une initiation. Et pour que cette initiation opère sa vertu, elle doit saccompagner de la foi.
Dans le langage courant français, le mystère, cest une réalité secrète que lon ne peut pas connaître; en grec cest, au contraire, ce que lon peut connaître dune réalité qui cependant demeure essentiellement inaccessible.
1. LEglise est sacrement
Dans la conception catholique, lEglise elle-même est un sacrement, cest-à-dire quelle est «un signe et un moyen dopérer lunion intime avec Dieu de tout le genre humain», comme le proclame Vatican II dans «Lumen gentium». LEglise permet, dans ce sens, à tout homme de bonne volonté et de foi, de faire lexpérience de Dieu. Elle est sacrement du Règne de Dieu sur terre, du Royaume qui vient. Le Règne de la douceur et de lhumilité, les vertus par lesquelles Jésus se définit (Mt 11,29). Ce Royaume est dailleurs plus vaste que lEglise; Dieu peut agir en dehors delle, aussi le chrétien est-il invité à discerner laction de Dieu dans le cur des hommes de bonne volonté. Il doit en éprouver de la joie et en rendre grâce. LEglise-sacrement est, dans ce contexte, signe dune indéfectible espérance; elle témoigne du futur, même lointain.
Au départ même, la manifestation la plus éclatante de laction de Dieu est la résurrection du Christ Jésus, lévénement qui a fondé lEglise. Ainsi, lEglise est-elle le sacrement de la résurrection du Christ. Un signe perpétuel, depuis la Pâque fondatrice
jusquà la fin des temps. Ce même Père éternel qui ressuscita le Christ, son Fils unique, est celui qui depuis lors fait vivre lEglise se réclamant de lui. Car le Christ ressuscité est vivant à jamais; il continue à sauver les hommes qui mettent leur foi en lui, ainsi que tout homme de bonne volonté.
Dans un monde désorienté, où même des chrétiens contestataires rejettent lEglise visible, celle-ci reste signe de Dieu pour les hommes, lieu où la Parole de Dieu est vivante et agissante. LEglise-sacrement est indispensable au monde. Cest en ce sens que saint Cyprien (200-258), lévêque de Carthage, écrit: «Hors de lEglise point de salut» (Lettre 73) cest-à-dire, en somme, que cest à lEglise quincombe la charge de mettre les moyens du salut à la disposition du monde entier, de tout homme quel quil soit. Un défi, certes, mais un défi quelle relève par la grâce de Dieu. Et quelle relève depuis deux mille ans, depuis ces premiers chrétiens qui nétaient quune poignée sans moyens ni ressources. Et souvenons-nous «Pour Dieu, mille ans, cest comme un jour» comme le dit le psaume 90,4, une phrase tellement significative quelle a été reprise par Pierre, le roc sur lequel est bâtie lEglise (voir 2 Pi 3,8). Nous ne sommes quau 3e jour. Le chemin parcouru est déjà immense.
2. Les sept sacrements: communier au Christ
LEglise est sacrement. En elle le Christ Jésus se manifeste et se donne. En elle et par elle nous formons «le Corps du Christ» (Rm 12,4-5). Un corps mystique, cest-à-dire lié au mystère de Dieu. Dans ce Corps, dont vous et moi nous faisons partie, chacun occupe une place unique et essentielle, une place différente de celle occupée par tout autre, mais dont tous, comme les organes dun corps physique, sont solidaires. Une solidarité fondamentale affirmée par la Constitution dogmatique Lumen Gentium de Vatican II (no 7).
Ce Corps du Christ, Corps mystique se nourrit de sept sacrements. Pour nous, un nombre est un concept de base des mathématiques. Pour les civilisations sémitiques les nombres ont une valeur symbolique. Ainsi «sept» désigne la série parfaite en relation avec le domaine religieux. Ainsi le Sabbat est le 7e jour de la Création du monde, jour à réserver à Dieu par le croyant. 77 fois 7 évoque le plus parfait: lillimité.
Les sacrements qui opèrent lunion intime avec Dieu sont au nombre de sept. Les sept sacrements puisent tous leur origine dans la Pâque de Jésus. Cependant ce nest que progressivement que lEglise en a dégagé la liste exacte et complète. Cest en vivant littéralement du Christ quelle a fini par comprendre quelle distribuait aux hommes la plénitude des richesses du Christ. Cest au 2e siècle quelle a pris conscience du sacrement de Pénitence et de réconciliation. LEglise a vécu les sacrements avant de dire: ceci est un sacrement. Ce nest quen 1215, au Concile de Latran IV, quelle a retenu comme seuls sacrements parmi les nombreux signes dont elle faisait usage, ceux qui sont indispensables à la vie du chrétien et à sa propre vie. Et cest finalement le Concile de Trente, concile de la remise en ordre générale, concile de la Réforme catholique face à la Réforme protestante1, qui définit le nombre de sacrements: sept, chiffre
de la plénitude. Cétait en 1547.
Les sacrements de la Loi nouvelle
Toutes les étapes, tous les moments essentiels de la vie chrétienne sont affectés par les sept sacrements. La vie de foi naît, croît, guérit et est envoyée en mission. La vie spirituelle épouse en quelque sorte la vie naturelle dans ses étapes. Comme elle, les sacrements forment ensemble un organisme; chaque sacrement y occupe une place vitale: Baptême, Confirmation, Eucharistie, Pénitence, Onction des malades, Ordre et Mariage sont là comme des Anges tutélaires, du début à la fin de la vie chrétienne.
Parmi les sept sacrements, deux sont particulièrement importants: le Baptême sans lequel nul autre sacrement ne peut être conféré; et lEucharistie qui est «le sacrement des sacrements» dont saint Thomas dAquin a dit: «Tous les autres sacrements sont ordonnés à lEucharistie comme à leur fin» (Th 3,65,3).
Trois parmi les sept sacrements sont ceux de linitiation chrétienne: Baptême, Confirmation, Eucharistie; ils posent les fondements mêmes de toute vie chrétienne. Ils induisent «la participation à la vie divine donnée aux hommes par la grâce du Christ» (Paul VI). Celle-ci offre une analogie avec lorigine, la croissance et le «nourrissage» de la vie du corps. Par le Baptême le fidèle naît à une vie nouvelle; la Confirmation le fortifie dans cette vie; lEucharistie lui offre la nourriture, celle du pain de la vie éternelle. Grâce à ces trois sacrements de linitiation chrétienne, les richesses de la vie divine sont comme thésaurisées dans lâme qui peut ainsi progresser sur le chemin de la perfection.
Le Baptême: passeport du royaume messianique
Le bain rituel pratiqué par les Esséniens2 était une liturgie dinitiation qui postule une véritable conversion du cur. Jean-Baptiste donnait ce bain rituel dans les eaux du Jourdain. Jésus lui-même demande ce bain à Jean «afin daccomplir toute justice» (Mt 3,13-15). Et voici quune bouleversante théophanie se manifeste, la première dans la vie de Jésus. Dans ce baptême les Pères de lEglise ont vu linstitution du sacrement chrétien.
Cest après la résurrection que le Christ a institué le sacrement du Baptême qui est donné «au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit». Le chrétien y «naît de leau et de lEsprit»; il y reçoit le passeport pour «entrer dans le Royaume de Dieu» (Jn 3,5). LEglise a vu dans lArche de Noé une préfiguration du salut par le Baptême; de même dans la traversée de la Mer Rouge.
Et le Baptême enfouit dans lâme du baptisé un grain divin quil est appelé à faire germer et à porter à son épanouissement. Il y réussit plus particulièrement en menant une vie selon lEvangile, et en sen faisant le messager auprès de son prochain. En effet, par le Baptême lêtre humain devient membre du Christ, cohéritier avec lui (Rm 8,17). Et prodigieuse réalité nouvelle: le voici «temple de lEsprit Saint» (1 Co 6,19).
La Confirmation, moteur de la grâce baptismale
Par la Confirmation, le second des «sacrements de linitiation chrétienne», le fidèle est comme dynamisé. Ce sacrement est en effet le moteur de la grâce baptismale, car par lui les liens du baptisé avec lEglise sont rendus plus forts et plus étroits; il devient instrument et force du Saint Esprit pour la défense de la foi et pour sa diffusion par le témoignage de vie, par laction et la parole. La plénitude de lEsprit reçue par Jésus lors du Baptême est communiquée par la Confirmation à lensemble du peuple messianique. Ce sacrement est conféré par limposition des mains qui porte à son achèvement la grâce du Baptême. A limposition des mains par lévêque «est perpétuée la grâce de la Pentecôte» (Paul VI). Il sy ajoute une onction dhuile parfumée, le saint chrême. Cette onction illustre le nom de chrétien qui signifie «oint», le Christ étant lui-même lOint du Seigneur par excellence appelé à sauver définitivement le peuple de Dieu. Dans ce contexte, lhuile de lonction est signe, dans la symbolique biblique, de labondance et de la joie. Elle assouplit lâme comme le fait lhuile donction des athlètes. Et elle est signe de guérison comme lhuile adoucit contusions et plaies. Par cette onction, le chrétien reçoit la marque du sceau de lEsprit Saint. Leffusion plénière de lEsprit Saint, le jour de la Pentecôte, unit plus étroitement les apôtres au Christ et, par conséquent, rend le lien avec lEglise plus parfait. Saint Ambroise (340-397), évêque de Milan, Père et docteur de lEglise, écrit: «Dieu le Père ta marqué de son signe, le Christ Seigneur ta confirmé et il a mis dans ton cur le gage de lEsprit.»
LEucharistie, sommet de linitiation chrétienne
LEucharistie complète linitiation chrétienne; elle en constitue lachèvement. Après avoir été élevé à la dignité
du sacerdoce royal par le Baptême, et configuré plus parfaitement au Christ par la Confirmation, lEucharistie permet au chrétien de participer au sacrifice du Christ Jésus. Ce sacrement est la source et le sommet de la vie de lEglise. Saint Irénée (130-202), évêque de Lyon, écrit: «Notre manière de penser saccorde avec lEucharistie, et lEucharistie en retour confirme notre manière de penser» (Contre les hérétiques 4,18,5).
LEucharistie, actualisation de lunique sacrifice
Le Saint Sacrifice de lEucharistie actualise lunique sacrifice du Christ Sauveur. «Sacrifice pur et saint», il achève et dépasse tous les sacrifices de lAncienne Alliance. En y recevant le Corps du Christ, le croyant est rendu participant de ce Corps; par lEucharistie, il rejoint la «Communion des saints» dont parle le Symbole des apôtres. A lissue de lEucharistie, les fidèles sont envoyés en mission pour accomplir la volonté de Dieu dans leur vie quotidienne.
Dès le 2e siècle, le déroulement de la célébration eucharistique a été, dans ses grandes lignes, le même quil est resté jusquà nos jours. Elle se divise en «liturgie de la Parole» avec lectures, homélie et prière universelle, et en «liturgie eucharistique» avec présentation du pain et du vin, laction de grâce consécratoire et la communion.
Dans lEucharistie le sacrifice du Christ se fait aussi celui des membres de son Corps. Leur vie avec ses joies et ses souffrances, ses prières et son travail est unie à la vie du Christ, elle aussi avec ses joies et ses peines.
Et ce ne sont pas seulement les vivants dici-bas qui sunissent à loffrande du Christ, mais encore ceux qui sont déjà dans la gloire du Ciel, ainsi que ceux qui sont en phase de purification après la mort «Dans ce que lEglise, unissant les vivants et les morts, offre à Dieu, elle est elle-même offerte», écrit saint Augustin. Et ce quelle offre, cest le Corps et le Sang du Christ, le pain et le vin avant la consécration et la transsubstantiation. Aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent, aussi longtemps y demeure la présence eucharistique du Christ. «LEglise et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de lamour
Que ne cesse jamais notre adoration!» (Jean Paul II)
Fruits de la Communion
Les fruits de la Communion eucharistique sont nombreux et très beaux. Elle accroît notre union au Christ. Elle nous sépare du péché, effaçant même les péchés véniels. Elle nous préserve des péchés mortels. Elle renforce lunité du Corps mystique. LEucharistie fait lEglise, souligne saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (10,16-17). Enfin lEucharistie engage le chrétien envers les pauvres. Pour toutes ces raisons lEucharistie est un gage de la gloire à venir, elle en est une anticipation. «Je suis le pain vivant descendu du Ciel. Qui mangera ce pain vivra éternellement», nous assure le Seigneur (Jn 6,51-56). Merveilleuse récompense, de valeur infinie et de durée illimitée que nous offre lEucharistie!
Deux sacrements de guérison
Aux trois sacrements de linitiation chrétienne succèdent deux sacrements de guérison: celui de la Réconciliation et celui de lOnction des malades.
Réconciliés avec Dieu et lEglise blessée
Les sacrements de linitiation chrétienne sont conférés à des êtres humains qui ne sont que «des vases dargile» (2 Co 4,7), ceux-ci sont brisés ou ébréchés par le péché. Le Christ Jésus est, par bonheur, le divin potier qui répare ou reconstitue le vase dargile ébréché ou brisé. Il est le médecin aussi bien de nos âmes que de nos corps. Cest par le sacrement de Pénitence et de Réconciliation que sopère la reconstitution intérieure.
Ce sacrement réalise sacramentellement lappel du Seigneur à la conversion (Mc 1,15). Il permet de revenir au Père dont le pécheur sest éloigné par son acte répréhensible; cest par la pénitence quil manifeste sa conversion et son repentir. La pénitence est imposée dans la confession.
Le sacrement de la Réconciliation est marqué fortement par le pardon et la paix.
Tout homme est sous lemprise du péché. Sil se livre au mal quest le péché, la paix et la joie du Christ labandonnent. Il sest livré à la concupiscence, larme de prédilection du «Prince de ce monde». Face au mal, que le malheur accompagne comme son ombre, il y a le recours de la conversion, dont lappel retentit dans la vie du chrétien. Aidé par la grâce, le pécheur se détourne du mal pour répondre à lamour miséricordieux de Dieu. Le regard dinfinie miséricorde de Jésus provoque chez le pécheur des larmes de repentir. «Dans lEglise, écrit saint Ambroise, il y a leau et les larmes: leau du Baptême et les larmes de la Pénitence.» La pénitence est tout intérieure; dans lAncienne Alliance elle se manifestait par «le sac et les cendres», le jeûne et les mortifications. Sans le repentir, la pénitence intérieure, les uvres purement extérieures de pénitence restent stériles et même mensongères; elles ajoutent le péché au péché.
La pénitence intériorisée provoque la réorientation de la vie qui opère une conversion vers Dieu de tout cur; celle-ci provoque laversion du mal et la ferme résolution de changer de vie par la grâce divine. Cest une conversion du cur accompagnée par la douleur davoir offensé Dieu. Et Dieu donne au pécheur revenu dans sa grâce un cur nouveau; il lui accorde de même la force de commencer à nouveau.
Cette conversion opérée par la grâce divine se manifeste dans la vie quotidienne par des gestes de réconciliation, par le souci des pauvres, lacceptation des souffrances. Ainsi le pécheur repenti prend-il sa croix pour suivre à nouveau Jésus, tout en sachant quà sa suite, le fardeau est léger.
Le sacrement de Pénitence et de Réconciliation constitue une «seconde planche de sauvetage après le naufrage quest la perte de la grâce» (Tertullien 155-222).
LOnction des malades, force sortant du Christ
Si le sacrement de Pénitence et de Réconciliation opère une guérison intérieure, le sacrement de lOnction des malades concerne plus particulièrement le corps. A travers ce sacrement, cest le Christ-médecin qui opère, «Il a pris nos infirmités et sest chargé de nos maladies» (Mt 8,17).
Jésus invite ses disciples à participer à son ministère de guérison: «Ils faisaient des onctions dhuile à de nombreux malades et les guérissaient» (Mc 6,12)
Cest, bien entendu, au nom de Jésus que les apôtres guérissaient les malades: «Par mon nom
ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris» (Mc 6,12-13).
Déjà lEglise apostolique a institué un rite propre de guérison des malades, comme en témoigne la Lettre de saint Jacques: «Quelquun parmi vous est-il malade? Quil appelle les Anciens de lEglise et quils prient sur lui, après lavoir oint dhuile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient et le Seigneur le relèvera. Sil a commis des péchés, ils lui seront remis» (Jc 5,14-15).
Cest dans ce rite que lEglise a reconnu un des sept sacrements. Il était pratiqué dès les premiers siècles. Au cours du temps cette onction des malades a été de plus en plus exclusivement pratiquée à des malades sur le point de mourir. Aussi lappelait-on «Extrême-Onction». A la suite de Vatican II la Constitution apostolique «LOnction sacrée des Malades», du 30 novembre 1972, établit le rite de ce sacrement conféré «aux personnes dangereusement malades» et non plus seulement aux malades en phase terminale.
Les sacrements du service des autres
Deux sacrements, lOrdre et le Mariage, sont ordonnés au salut dautrui.
Le sacrement de lOrdre est celui du ministère apostolique. Il comporte trois degrés: lépiscopat, le presbytérat et le diaconat.
Israël, le peuple élu, a été constitué par Dieu comme «un royaume de prêtres et une nation consacrée» (Ex 19,6). Lune des douze tribus, celle de Lévi fut mise à part pour le service liturgique. LEglise y voit une préfiguration du ministère ordonné de la Nouvelle Alliance.
Toutes les préfigurations du sacerdoce de lAncienne Alliance trouvent leur accomplissement dans le Christ Jésus «unique médiateur entre Dieu et les hommes» (1 Tm 2,5). Lunique sacerdoce du Christ est rendu présent par le sacerdoce ministériel au long des siècles de lère chrétienne; «le Christ est le seul prêtre, les autres ne sont que ses ministres», écrit saint Thomas dAquin. Cest en ce sens que lEglise est «un Royaume de prêtres pour son Dieu et Père» (Ap 1,6). Toute la communauté des croyants est sacerdotale par les sacrements du Baptême et de la Confirmation.
Par le ministère ordonné, celui des évêques, des prêtres et des diacres, la présence du Christ, Chef de lEglise, est rendue visible dans la communauté des croyants. Le sacerdoce ministériel confié par le Seigneur aux bergers de son peuple est un service qui communique à ces derniers un pouvoir sacré. Un pouvoir qui nest autre que celui du Christ qui reste le modèle: par amour il sest fait le dernier et le serviteur de tous. Le pape sappelle, en ce sens, «serviteur des serviteurs».
LEglise latine exige de ses pasteurs le célibat. Les Eglises orientales rattachées à Rome offrent le choix, avant lordination, entre le célibat et le mariage.
Le caractère du sacrement de lOrdre est indélébile, il ne peut être réitéré ni être conféré temporairement. La grâce propre à ce sacrement est celle dune configuration au Christ prêtre, maître et pasteur. Les ministres ordonnés exercent leur service auprès du Peuple de Dieu par lenseignement, le culte divin et le gouvernement pastoral. La configuration au Christ fait que le sacrement de lOrdre nest conféré quà des hommes.
Le Sacrement du Mariage «fort comme la mort»
Dans léconomie de la Bible, Parole de Dieu, le Mariage joue un rôle symbolique essentiel. LEcriture Sainte souvre sur la création de lhomme et de la femme à limage et à la ressemblance de Dieu (Gn 26-27). Elle sachève sur la vision des «noces de lAgneau» (Ap 19,7-9).
Dieu lui-même est lauteur du mariage qui nest nullement une institution purement humaine. Et «le bien-être de la personne et de la société est étroitement lié à la prospérité de la communauté conjugale et familiale», écrit la Constitution pastorale sur lEglise dans le monde de ce temps «Gaudium et Spes» (47§1). Jésus a insisté dans son enseignement sur lindissolubilité du mariage: «Que lhomme ne sépare pas ce que Dieu a uni» (Mt 19,6). Il a ainsi rétabli lordre initial perturbé par le péché. Le mariage a reçu par lui une dimension nouvelle, celle du Règne de Dieu. Et il donne la force et la grâce pour vivre le mariage selon lordre initial et permanent de la volonté de Dieu.
Dès le début de lEglise des hommes et des femmes ont renoncé au mariage pour suivre lAgneau. La virginité pour le Royaume de Dieu est lun des déploiements de la grâce du Baptême, un signe puissant de la prééminence du lien au Christ et de lattente de son retour. Ce sont ceux et celles «qui se sont faits eunuques eux-mêmes à cause du Royaume des Cieux» (Mt 19,12).
La grandeur du mariage exige le consentement libre de chacun des conjoints ainsi que labsence dun empêchement par une loi naturelle, par exemple la consanguinité. Léchange des consentements entre les époux est lélément indispensable qui fait le mariage; sans consentement, pas de mariage. Ce consentement est scellé par Dieu lui-même (Mc 3,9).
Dans le mariage, les époux reçoivent la grâce de perfectionner leur amour mutuel, de fortifier leur unité indissoluble, de saider mutuellement à se sanctifier dans leur vie conjugale et par elle, ainsi que dans laccueil et léducation des enfants. La source de cette unité cest le Christ Jésus.
«Par sa nature même, linstitution du mariage est ordonnée à la procréation et à léducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement» (Gaudium et Spes 48 §1). La famille constitue ainsi une «Eglise domestique» (Lumen Gentium 11). Cest dans cette Eglise que les enfants reçoivent la première annonce de la foi. Une Eglise domestique qui est communauté de grâce et de prière, école des vertus humaines et de la charité chrétienne.
Conclusion
Le sacrement est un signe sacré institué par le Christ; il est source de grâce. Les sept sacrements forment comme un organisme de la grâce, inséparable de la vie de lEglise. Cette unité organique est comme centrée sur lEucharistie dont saint Thomas dit quelle est comme la source de tout lordre sacramentel, parce quelle contient le Sauveur lui-même (Sum. Theol. III qu.65). LEglise se construit dans lEucharistie. Les sacrements de Baptême et de Confirmation initient à la participation de lEucharistie, en nous conformant au Christ et en diffusant en nous le don de lEsprit Saint. Le sacrement de la Réconciliation nous restaure dans cette double capacité. Le sacrement de lOrdre assure les différentes fonctions publiques que suppose surtout la célébration eucharistique. Le Mariage et lOnction des malades se distinguent parmi toutes les bénédictions dont la source est dans le sacrifice eucharistique, comme assortis de promesses spéciales du Christ, correspondant à limportance que revêt la fécondité naturelle de la vie aussi bien que lassimilation à la Croix.
Les sept sacrements touchent toutes les étapes et tous les moments importants de la vie du chrétien. Ils donnent naissance et croissance, guérison et mission à la vie de foi des disciples du Christ.
Notes:
1) Pour celle-ci, la seule foi en Jésus-Christ mène au salut.
2) Les Esséniens formaient, à partir du 2e siècle av. J.-C., une communauté fervente. Leur spiritualité les poussait hors du monde où règne le laisser-aller moral.
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