Les sept sacrements: des signes sacrés

=> STELLA MARIS 393 SOMMAIRE

Le mot «sacramentum» est la traduction latine du mot grec «mysterion». Le sacrement est, au fond, un mystère qui n’est pas inconnaissable, mais qui exige une initiation. Et pour que cette initiation opère sa vertu, elle doit s’accompagner de la foi.
Dans le langage courant français, le mystère, c’est une réalité secrète que l’on ne peut pas connaître; en grec c’est, au contraire, ce que l’on peut connaître d’une réalité qui cependant demeure essentiellement inaccessible.

1. L’Eglise est sacrement

Dans la conception catholique, l’Eglise elle-même est un sacrement, c’est-à-dire qu’elle est «un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu de tout le genre humain», comme le proclame Vatican II dans «Lumen gentium». L’Eglise permet, dans ce sens, à tout homme de bonne volonté et de foi, de faire l’expérience de Dieu. Elle est sacrement du Règne de Dieu sur terre, du Royaume qui vient. Le Règne de la douceur et de l’humilité, les vertus par lesquelles Jésus se définit (Mt 11,29). Ce Royaume est d’ailleurs plus vaste que l’Eglise; Dieu peut agir en dehors d’elle, aussi le chrétien est-il invité à discerner l’action de Dieu dans le cœur des hommes de bonne volonté. Il doit en éprouver de la joie et en rendre grâce. L’Eglise-sacrement est, dans ce contexte, signe d’une indéfectible espérance; elle témoigne du futur, même lointain.
Au départ même, la manifestation la plus éclatante de l’action de Dieu est la résurrection du Christ Jésus, l’événement qui a fondé l’Eglise. Ainsi, l’Eglise est-elle le sacrement de la résurrection du Christ. Un signe perpétuel, depuis la Pâque fondatrice
jusqu’à la fin des temps. Ce même Père éternel qui ressuscita le Christ, son Fils unique, est celui qui depuis lors fait vivre l’Eglise se réclamant de lui. Car le Christ ressuscité est vivant à jamais; il continue à sauver les hommes qui mettent leur foi en lui, ainsi que tout homme de bonne volonté.
Dans un monde désorienté, où même des chrétiens contestataires rejettent l’Eglise visible, celle-ci reste signe de Dieu pour les hommes, lieu où la Parole de Dieu est vivante et agissante. L’Eglise-sacrement est indispensable au monde. C’est en ce sens que saint Cyprien (200-258), l’évêque de Carthage, écrit: «Hors de l’Eglise point de salut» (Lettre 73) c’est-à-dire, en somme, que c’est à l’Eglise qu’incombe la charge de mettre les moyens du salut à la disposition du monde entier, de tout homme quel qu’il soit. Un défi, certes, mais un défi qu’elle relève par la grâce de Dieu. Et qu’elle relève depuis deux mille ans, depuis ces premiers chrétiens qui n’étaient qu’une poignée sans moyens ni ressources. Et souvenons-nous «Pour Dieu, mille ans, c’est comme un jour» comme le dit le psaume 90,4, une phrase tellement significative qu’elle a été reprise par Pierre, le roc sur lequel est bâtie l’Eglise (voir 2 Pi 3,8). Nous ne sommes qu’au 3e jour. Le chemin parcouru est déjà immense.

2. Les sept sacrements: communier au Christ

L’Eglise est sacrement. En elle le Christ Jésus se manifeste et se donne. En elle et par elle nous formons «le Corps du Christ» (Rm 12,4-5). Un corps mystique, c’est-à-dire lié au mystère de Dieu. Dans ce Corps, dont vous et moi nous faisons partie, chacun occupe une place unique et essentielle, une place différente de celle occupée par tout autre, mais dont tous, comme les organes d’un corps physique, sont solidaires. Une solidarité fondamentale affirmée par la Constitution dogmatique Lumen Gentium de Vatican II (no 7).
Ce Corps du Christ, Corps mystique se nourrit de sept sacrements. Pour nous, un nombre est un concept de base des mathématiques. Pour les civilisations sémitiques les nombres ont une valeur symbolique. Ainsi «sept» désigne la série parfaite en relation avec le domaine religieux. Ainsi le Sabbat est le 7e jour de la Création du monde, jour à réserver à Dieu par le croyant. 77 fois 7 évoque le plus parfait: l’illimité.
Les sacrements qui opèrent l’union intime avec Dieu sont au nombre de sept. Les sept sacrements puisent tous leur origine dans la Pâque de Jésus. Cependant ce n’est que progressivement que l’Eglise en a dégagé la liste exacte et complète. C’est en vivant littéralement du Christ qu’elle a fini par comprendre qu’elle distribuait aux hommes la plénitude des richesses du Christ. C’est au 2e siècle qu’elle a pris conscience du sacrement de Pénitence et de réconciliation. L’Eglise a vécu les sacrements avant de dire: ceci est un sacrement. Ce n’est qu’en 1215, au Concile de Latran IV, qu’elle a retenu comme seuls sacrements parmi les nombreux signes dont elle faisait usage, ceux qui sont indispensables à la vie du chrétien et à sa propre vie. Et c’est finalement le Concile de Trente, concile de la remise en ordre générale, concile de la Réforme catholique face à la Réforme protestante1, qui définit le nombre de sacrements: sept, chiffre
de la plénitude. C’était en 1547.

Les sacrements de la Loi nouvelle

Toutes les étapes, tous les moments essentiels de la vie chrétienne sont affectés par les sept sacrements. La vie de foi naît, croît, guérit et est envoyée en mission. La vie spirituelle épouse en quelque sorte la vie naturelle dans ses étapes. Comme elle, les sacrements forment ensemble un organisme; chaque sacrement y occupe une place vitale: Baptême, Confirmation, Eucharistie, Pénitence, Onction des malades, Ordre et Mariage sont là comme des Anges tutélaires, du début à la fin de la vie chrétienne.
Parmi les sept sacrements, deux sont particulièrement importants: le Baptême sans lequel nul autre sacrement ne peut être conféré; et l’Eucharistie qui est «le sacrement des sacrements» dont saint Thomas d’Aquin a dit: «Tous les autres sacrements sont ordonnés à l’Eucharistie comme à leur fin» (Th 3,65,3).
Trois parmi les sept sacrements sont ceux de l’initiation chrétienne: Baptême, Confirmation, Eucharistie; ils posent les fondements mêmes de toute vie chrétienne. Ils induisent «la participation à la vie divine donnée aux hommes par la grâce du Christ» (Paul VI). Celle-ci offre une analogie avec l’origine, la croissance et le «nourrissage» de la vie du corps. Par le Baptême le fidèle naît à une vie nouvelle; la Confirmation le fortifie dans cette vie; l’Eucharistie lui offre la nourriture, celle du pain de la vie éternelle. Grâce à ces trois sacrements de l’initiation chrétienne, les richesses de la vie divine sont comme thésaurisées dans l’âme qui peut ainsi progresser sur le chemin de la perfection.

Le Baptême: passeport du royaume messianique

Le bain rituel pratiqué par les Esséniens2 était une liturgie d’initiation qui postule une véritable conversion du cœur. Jean-Baptiste donnait ce bain rituel dans les eaux du Jourdain. Jésus lui-même demande ce bain à Jean «afin d’accomplir toute justice» (Mt 3,13-15). Et voici qu’une bouleversante théophanie se manifeste, la première dans la vie de Jésus. Dans ce baptême les Pères de l’Eglise ont vu l’institution du sacrement chrétien.
C’est après la résurrection que le Christ a institué le sacrement du Baptême qui est donné «au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit». Le chrétien y «naît de l’eau et de l’Esprit»; il y reçoit le passeport pour «entrer dans le Royaume de Dieu» (Jn 3,5). L’Eglise a vu dans l’Arche de Noé une préfiguration du salut par le Baptême; de même dans la traversée de la Mer Rouge.
Et le Baptême enfouit dans l’âme du baptisé un grain divin qu’il est appelé à faire germer et à porter à son épanouissement. Il y réussit plus particulièrement en menant une vie selon l’Evangile, et en s’en faisant le messager auprès de son prochain. En effet, par le Baptême l’être humain devient membre du Christ, cohéritier avec lui (Rm 8,17). Et prodigieuse réalité nouvelle: le voici «temple de l’Esprit Saint» (1 Co 6,19).
La Confirmation, moteur de la grâce baptismale
Par la Confirmation, le second des «sacrements de l’initiation chrétienne», le fidèle est comme dynamisé. Ce sacrement est en effet le moteur de la grâce baptismale, car par lui les liens du baptisé avec l’Eglise sont rendus plus forts et plus étroits; il devient instrument et force du Saint Esprit pour la défense de la foi et pour sa diffusion par le témoignage de vie, par l’action et la parole. La plénitude de l’Esprit reçue par Jésus lors du Baptême est communiquée par la Confirmation à l’ensemble du peuple messianique. Ce sacrement est conféré par l’imposition des mains qui porte à son achèvement la grâce du Baptême. A l’imposition des mains par l’évêque «est perpétuée la grâce de la Pentecôte» (Paul VI). Il s’y ajoute une onction d’huile parfumée, le saint chrême. Cette onction illustre le nom de chrétien qui signifie «oint», le Christ étant lui-même l’Oint du Seigneur par excellence appelé à sauver définitivement le peuple de Dieu. Dans ce contexte, l’huile de l’onction est signe, dans la symbolique biblique, de l’abondance et de la joie. Elle assouplit l’âme comme le fait l’huile d’onction des athlètes. Et elle est signe de guérison comme l’huile adoucit contusions et plaies. Par cette onction, le chrétien reçoit la marque du sceau de l’Esprit Saint. L’effusion plénière de l’Esprit Saint, le jour de la Pentecôte, unit plus étroitement les apôtres au Christ et, par conséquent, rend le lien avec l’Eglise plus parfait. Saint Ambroise (340-397), évêque de Milan, Père et docteur de l’Eglise, écrit: «Dieu le Père t’a marqué de son signe, le Christ Seigneur t’a confirmé et il a mis dans ton cœur le gage de l’Esprit.»

L’Eucharistie, sommet de l’initiation chrétienne

L’Eucharistie complète l’initiation chrétienne; elle en constitue l’achèvement. Après avoir été élevé à la dignité
du sacerdoce royal par le Baptême, et configuré plus parfaitement au Christ par la Confirmation, l’Eucharistie permet au chrétien de participer au sacrifice du Christ Jésus. Ce sacrement est la source et le sommet de la vie de l’Eglise. Saint Irénée (130-202), évêque de Lyon, écrit: «Notre manière de penser s’accorde avec l’Eucharistie, et l’Eucharistie en retour confirme notre manière de penser» (Contre les hérétiques 4,18,5).

L’Eucharistie, actualisation de l’unique sacrifice

Le Saint Sacrifice de l’Eucharistie actualise l’unique sacrifice du Christ Sauveur. «Sacrifice pur et saint», il achève et dépasse tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance. En y recevant le Corps du Christ, le croyant est rendu participant de ce Corps; par l’Eucharistie, il rejoint la «Communion des saints» dont parle le Symbole des apôtres. A l’issue de l’Eucharistie, les fidèles sont envoyés en mission pour accomplir la volonté de Dieu dans leur vie quotidienne.
Dès le 2e siècle, le déroulement de la célébration eucharistique a été, dans ses grandes lignes, le même qu’il est resté jusqu’à nos jours. Elle se divise en «liturgie de la Parole» avec lectures, homélie et prière universelle, et en «liturgie eucharistique» avec présentation du pain et du vin, l’action de grâce consécratoire et la communion.
Dans l’Eucharistie le sacrifice du Christ se fait aussi celui des membres de son Corps. Leur vie avec ses joies et ses souffrances, ses prières et son travail est unie à la vie du Christ, elle aussi avec ses joies et ses peines.
Et ce ne sont pas seulement les vivants d’ici-bas qui s’unissent à l’offrande du Christ, mais encore ceux qui sont déjà dans la gloire du Ciel, ainsi que ceux qui sont en phase de purification après la mort «Dans ce que l’Eglise, unissant les vivants et les morts, offre à Dieu, elle est elle-même offerte», écrit saint Augustin. Et ce qu’elle offre, c’est le Corps et le Sang du Christ, le pain et le vin avant la consécration et la transsubstantiation. Aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent, aussi longtemps y demeure la présence eucharistique du Christ. «L’Eglise et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l’amour… Que ne cesse jamais notre adoration!» (Jean Paul II)

Fruits de la Communion

Les fruits de la Communion eucharistique sont nombreux et très beaux. Elle accroît notre union au Christ. Elle nous sépare du péché, effaçant même les péchés véniels. Elle nous préserve des péchés mortels. Elle renforce l’unité du Corps mystique. L’Eucharistie fait l’Eglise, souligne saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (10,16-17). Enfin l’Eucharistie engage le chrétien envers les pauvres. Pour toutes ces raisons l’Eucharistie est un gage de la gloire à venir, elle en est une anticipation. «Je suis le pain vivant descendu du Ciel. Qui mangera ce pain vivra éternellement», nous assure le Seigneur (Jn 6,51-56). Merveilleuse récompense, de valeur infinie et de durée illimitée que nous offre l’Eucharistie!

Deux sacrements de guérison

Aux trois sacrements de l’initiation chrétienne succèdent deux sacrements de guérison: celui de la Réconciliation et celui de l’Onction des malades.

Réconciliés avec Dieu et l’Eglise blessée

Les sacrements de l’initiation chrétienne sont conférés à des êtres humains qui ne sont que «des vases d’argile» (2 Co 4,7), ceux-ci sont brisés ou ébréchés par le péché. Le Christ Jésus est, par bonheur, le divin potier qui répare ou reconstitue le vase d’argile ébréché ou brisé. Il est le médecin aussi bien de nos âmes que de nos corps. C’est par le sacrement de Pénitence et de Réconciliation que s’opère la reconstitution intérieure.
Ce sacrement réalise sacramentellement l’appel du Seigneur à la conversion (Mc 1,15). Il permet de revenir au Père dont le pécheur s’est éloigné par son acte répréhensible; c’est par la pénitence qu’il manifeste sa conversion et son repentir. La pénitence est imposée dans la confession.
Le sacrement de la Réconciliation est marqué fortement par le pardon et la paix.
Tout homme est sous l’emprise du péché. S’il se livre au mal qu’est le péché, la paix et la joie du Christ l’abandonnent. Il s’est livré à la concupiscence, l’arme de prédilection du «Prince de ce monde». Face au mal, que le malheur accompagne comme son ombre, il y a le recours de la conversion, dont l’appel retentit dans la vie du chrétien. Aidé par la grâce, le pécheur se détourne du mal pour répondre à l’amour miséricordieux de Dieu. Le regard d’infinie miséricorde de Jésus provoque chez le pécheur des larmes de repentir. «Dans l’Eglise, écrit saint Ambroise, il y a l’eau et les larmes: l’eau du Baptême et les larmes de la Pénitence.» La pénitence est tout intérieure; dans l’Ancienne Alliance elle se manifestait par «le sac et les cendres», le jeûne et les mortifications. Sans le repentir, la pénitence intérieure, les œuvres purement extérieures de pénitence restent stériles et même mensongères; elles ajoutent le péché au péché.
La pénitence intériorisée provoque la réorientation de la vie qui opère une conversion vers Dieu de tout cœur; celle-ci provoque l’aversion du mal et la ferme résolution de changer de vie par la grâce divine. C’est une conversion du cœur accompagnée par la douleur d’avoir offensé Dieu. Et Dieu donne au pécheur revenu dans sa grâce un cœur nouveau; il lui accorde de même la force de commencer à nouveau.
Cette conversion opérée par la grâce divine se manifeste dans la vie quotidienne par des gestes de réconciliation, par le souci des pauvres, l’acceptation des souffrances. Ainsi le pécheur repenti prend-il sa croix pour suivre à nouveau Jésus, tout en sachant qu’à sa suite, le fardeau est léger.
Le sacrement de Pénitence et de Réconciliation constitue une «seconde planche de sauvetage après le naufrage qu’est la perte de la grâce» (Tertullien 155-222).

L’Onction des malades, force sortant du Christ

Si le sacrement de Pénitence et de Réconciliation opère une guérison intérieure, le sacrement de l’Onction des malades concerne plus particulièrement le corps. A travers ce sacrement, c’est le Christ-médecin qui opère, «Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies» (Mt 8,17).
Jésus invite ses disciples à participer à son ministère de guérison: «Ils faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérissaient» (Mc 6,12)
C’est, bien entendu, au nom de Jésus que les apôtres guérissaient les malades: «Par mon nom… ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris» (Mc 6,12-13).
Déjà l’Eglise apostolique a institué un rite propre de guérison des malades, comme en témoigne la Lettre de saint Jacques: «Quelqu’un parmi vous est-il malade? Qu’il appelle les Anciens de l’Eglise et qu’ils prient sur lui, après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient et le Seigneur le relèvera. S’il a commis des péchés, ils lui seront remis» (Jc 5,14-15).
C’est dans ce rite que l’Eglise a reconnu un des sept sacrements. Il était pratiqué dès les premiers siècles. Au cours du temps cette onction des malades a été de plus en plus exclusivement pratiquée à des malades sur le point de mourir. Aussi l’appelait-on «Extrême-Onction». A la suite de Vatican II la Constitution apostolique «L’Onction sacrée des Malades», du 30 novembre 1972, établit le rite de ce sacrement conféré «aux personnes dangereusement malades» et non plus seulement aux malades en phase terminale.

Les sacrements du service des autres

Deux sacrements, l’Ordre et le Mariage, sont ordonnés au salut d’autrui.
Le sacrement de l’Ordre est celui du ministère apostolique. Il comporte trois degrés: l’épiscopat, le presbytérat et le diaconat.
Israël, le peuple élu, a été constitué par Dieu comme «un royaume de prêtres et une nation consacrée» (Ex 19,6). L’une des douze tribus, celle de Lévi fut mise à part pour le service liturgique. L’Eglise y voit une préfiguration du ministère ordonné de la Nouvelle Alliance.
Toutes les préfigurations du sacerdoce de l’Ancienne Alliance trouvent leur accomplissement dans le Christ Jésus «unique médiateur entre Dieu et les hommes» (1 Tm 2,5). L’unique sacerdoce du Christ est rendu présent par le sacerdoce ministériel au long des siècles de l’ère chrétienne; «le Christ est le seul prêtre, les autres ne sont que ses ministres», écrit saint Thomas d’Aquin. C’est en ce sens que l’Eglise est «un Royaume de prêtres pour son Dieu et Père» (Ap 1,6). Toute la communauté des croyants est sacerdotale par les sacrements du Baptême et de la Confirmation.
Par le ministère ordonné, celui des évêques, des prêtres et des diacres, la présence du Christ, Chef de l’Eglise, est rendue visible dans la communauté des croyants. Le sacerdoce ministériel confié par le Seigneur aux bergers de son peuple est un service qui communique à ces derniers un pouvoir sacré. Un pouvoir qui n’est autre que celui du Christ qui reste le modèle: par amour il s’est fait le dernier et le serviteur de tous. Le pape s’appelle, en ce sens, «serviteur des serviteurs».
L’Eglise latine exige de ses pasteurs le célibat. Les Eglises orientales rattachées à Rome offrent le choix, avant l’ordination, entre le célibat et le mariage.
Le caractère du sacrement de l’Ordre est indélébile, il ne peut être réitéré ni être conféré temporairement. La grâce propre à ce sacrement est celle d’une configuration au Christ prêtre, maître et pasteur. Les ministres ordonnés exercent leur service auprès du Peuple de Dieu par l’enseignement, le culte divin et le gouvernement pastoral. La configuration au Christ fait que le sacrement de l’Ordre n’est conféré qu’à des hommes.

Le Sacrement du Mariage «fort comme la mort»

Dans l’économie de la Bible, Parole de Dieu, le Mariage joue un rôle symbolique essentiel. L’Ecriture Sainte s’ouvre sur la création de l’homme et de la femme à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 26-27). Elle s’achève sur la vision des «noces de l’Agneau» (Ap 19,7-9).
Dieu lui-même est l’auteur du mariage qui n’est nullement une institution purement humaine. Et «le bien-être de la personne et de la société est étroitement lié à la prospérité de la communauté conjugale et familiale», écrit la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps «Gaudium et Spes» (47§1). Jésus a insisté dans son enseignement sur l’indissolubilité du mariage: «Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni» (Mt 19,6). Il a ainsi rétabli l’ordre initial perturbé par le péché. Le mariage a reçu par lui une dimension nouvelle, celle du Règne de Dieu. Et il donne la force et la grâce pour vivre le mariage selon l’ordre initial et permanent de la volonté de Dieu.
Dès le début de l’Eglise des hommes et des femmes ont renoncé au mariage pour suivre l’Agneau. La virginité pour le Royaume de Dieu est l’un des déploiements de la grâce du Baptême, un signe puissant de la prééminence du lien au Christ et de l’attente de son retour. Ce sont ceux et celles «qui se sont faits eunuques eux-mêmes à cause du Royaume des Cieux» (Mt 19,12).
La grandeur du mariage exige le consentement libre de chacun des conjoints ainsi que l’absence d’un empêchement par une loi naturelle, par exemple la consanguinité. L’échange des consentements entre les époux est l’élément indispensable qui fait le mariage; sans consentement, pas de mariage. Ce consentement est scellé par Dieu lui-même (Mc 3,9).
Dans le mariage, les époux reçoivent la grâce de perfectionner leur amour mutuel, de fortifier leur unité indissoluble, de s’aider mutuellement à se sanctifier dans leur vie conjugale et par elle, ainsi que dans l’accueil et l’éducation des enfants. La source de cette unité c’est le Christ Jésus.
«Par sa nature même, l’institution du mariage est ordonnée à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement» (Gaudium et Spes 48 §1). La famille constitue ainsi une «Eglise domestique» (Lumen Gentium 11). C’est dans cette Eglise que les enfants reçoivent la première annonce de la foi. Une Eglise domestique qui est communauté de grâce et de prière, école des vertus humaines et de la charité chrétienne.

***

Conclusion

Le sacrement est un signe sacré institué par le Christ; il est source de grâce. Les sept sacrements forment comme un organisme de la grâce, inséparable de la vie de l’Eglise. Cette unité organique est comme centrée sur l’Eucharistie dont saint Thomas dit qu’elle est comme la source de tout l’ordre sacramentel, parce qu’elle contient le Sauveur lui-même (Sum. Theol. III qu.65). L’Eglise se construit dans l’Eucharistie. Les sacrements de Baptême et de Confirmation initient à la participation de l’Eucharistie, en nous conformant au Christ et en diffusant en nous le don de l’Esprit Saint. Le sacrement de la Réconciliation nous restaure dans cette double capacité. Le sacrement de l’Ordre assure les différentes fonctions publiques que suppose surtout la célébration eucharistique. Le Mariage et l’Onction des malades se distinguent parmi toutes les bénédictions dont la source est dans le sacrifice eucharistique, comme assortis de promesses spéciales du Christ, correspondant à l’importance que revêt la fécondité naturelle de la vie aussi bien que l’assimilation à la Croix.
Les sept sacrements touchent toutes les étapes et tous les moments importants de la vie du chrétien. Ils donnent naissance et croissance, guérison et mission à la vie de foi des disciples du Christ.

René Lejeune

Notes:
1) Pour celle-ci, la seule foi en Jésus-Christ mène au salut.
2) Les Esséniens formaient, à partir du 2e siècle av. J.-C., une communauté fervente. Leur spiritualité les poussait hors du monde où règne le laisser-aller moral.


RETOUR EN HAUT DE PAGE

Copyright © 1999 - 2010
Conformément aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle, tous les textes et illustrations sont protégés par le Droit d'Auteur.
EDITIONS DU PARVIS - STELLA MARIS - CH-1648 HAUTEVILLE / SUISSE.
Tél.: 0041 (0)26 915 93 93 FAX: 0041 (0)26 915 93 99 E-MAIL librairie@parvis.ch

PAGE D'ACCUEIL PARVIS // STELLA MARIS