Sainte Marguerite-Marie et le Cœur de Jésus

«Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes»

Par Bernard Balayn

=> STELLA MARIS 392 SOMMAIRE

Chaque année, le 16 octobre rappelle la fête liturgique de sainte Marguerite-Marie, la confidente du Cœur du Christ. C’est une sainte privilégiée, car, à la manière de l’apôtre saint Jean, elle a non seulement reposé mystiquement sur le Cœur divin, mais elle a surtout été chargée d’expliciter son évangile de l’Amour, pour que l’Eglise et le monde connaissent cet amour reçu, le partagent et le rendent à sa source: le Seigneur.
Tel est le message confié à la religieuse, son épouse mystique; message qui, au delà de l’évangile johannique, puise ses racines scripturaires dans l’Ancien Testament, et ses origines divines dans l’infini de Celui qui est l’Amour.

Dans les affres où l’humanité, oublieuse de son Dieu et enchaînée, se débat, il est plus nécessaire et urgent que jamais de redécouvrir l’actualité brûlante de l’Amour sauveur.

La vie de sainte Marguerite-Marie

Marguerite Alacoque naît en juillet1 1647 — sous Louis XIV — à Vérosvres, en Charolais, dans une famille assez
aisée (son père est notaire), d’ascendance paysanne et comptant sept enfants, dont elle est la cinquième. Baptisée aussitôt, elle fait sa première communion à 10 ans: c’est son entrée dans l’infini eucharistique. Au cours d’une enfance et d’une adolescence déjà éprouvantes (elle perd son papa à 8 ans, 2 sœurs et 2 frères, tandis qu’elle est élevée très durement chez de sévères parentes, après un court passage dans un pensionnat de Charolles), elle
entend peu à peu l’appel à la vie religieuse, favorisée d’abord par Marie (qui la guérit d’une grave maladie), et demandée par Jésus (qui lui dit: «C’est ici [au couvent de Paray-le-Monial] que je te veux»).
Pendant et par ces années de souffrances, le Christ la prépare, la console et la prévient de faveurs mystiques extraordinaires, en relation avec sa mission.
Confirmée en 1669, à 22 ans — ajoutant alors le prénom de Marie à celui d’origine — elle finit par entrer au couvent de la Visitation Sainte-Marie de Paray, non sans difficultés et épreuves de toutes sortes, Satan n’y tenant vraiment pas. (La Visitation est un Ordre féminin fondé par saint2 François de Sales et réalisé à partir de 1610 par une fille spirituelle, devenue sainte Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Chantal, selon la règle de saint Augustin, l’évêque de Genève donnant aux religieuses cette règle de conduite: «Le mérite de la croix n’est pas en sa pesanteur, mais en la façon de la porter»). Paray est la 26e fondation (1626).
La novice fait sa profession de foi en août 1671, se consacre comme victime au Cœur de Jésus le 2 novembre, et prononce ses vœux définitifs — qu’elle avait entrevus dès sa jeunesse — le 6. Elle a 24 ans.
Toute sa vie religieuse est l’histoire d’une âme que Jésus, par des grâces insignes, modèle sur les exigences de son amour, pour en faire la dépositaire de son message, à destination de son siècle et des siècles à venir, pour son couvent, la France, l’Eglise et le monde.
En 1685, son directeur spirituel du moment lui demande d’écrire le récit de sa vie, malgré ses réticences venues de son humilité.
Consumée par le feu de l’amour divin et par sa vie totalement immolée, elle naît à la vie éternelle le 17 octobre 1690, à 43 ans.

L’appel à l’amour

L’amour en danger

Jésus forme sans faiblesse — mais non sans miséricorde — le cœur de Marguerite-Marie, pour le rendre plus semblable au sien, afin qu’elle soit son nouveau témoin, et que par son témoignage, elle puisse rendre crédible le message que, par elle, Dieu veut nous transmettre.
On remarque avec gratitude que même s’il a choisi pour elle des guides spirituels particuliers, tel saint Claude La Colombière, Jésus se réserve en personne le droit de la diriger directement, par ses voies à lui, voulant montrer par là l’amour privilégié et sans limite qu’il prodigue envers chaque personne, et la sainteté qu’elle peut atteindre si elle adhère à sa volonté, celle qui passe inévitablement par la croix . L’«adorable Trinité» s’offrant à elle, le Père lui dit: «Tiens, ma fille, je te fais le même présent qu’à mon Fils bien-aimé. — Et Moi, dit Jésus, je t’y attacherai comme j’y ai été attaché — Et l’Esprit-Saint me dit que Lui, qui n’était qu’amour, m’y consommerait [= consumerait] en me purifiant.» D’où les nombreuses manifestations du Cœur sacré du Christ sous forme de soleil ardent ou accompagné des instruments de supplice de sa Passion.
La blessure du Cœur de Jésus que Marguerite-Marie contemple est le signe de l’amour infini qu’il nous porte, car il a semblé au Seigneur que les souffrances et la mort au Calvaire n’avaient comme pas suffi à exprimer cet amour inconcevable et inépuisable. Le Cœur transpercé du Sauveur n’a pas d’autre signification: la transfixion se perd dans l’océan de l’amour.
Mais le message parodien va au-delà du désir divin de la sanctification de la créature, et rejoint le premier Commandement: «Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout»: il demande expressément la sainteté vécue non seulement comme une expérience personnelle et un reçu de l’amour divin partagé entre frères, une sainteté «horizontale», mais encore une sainteté conçue comme un retour d’amour vers Jésus-Christ, en sa dimension «verticale», l’une ne pouvant aller sans l’autre, comme les deux bras de la croix. Voilà ce qui est nouveau et qui fait l’originalité des grandes révélations qui s’échelonnent de 1673 à 1675.
Pour en comprendre le contenu essentiel, il faut se replacer dans le climat spirituel de l’époque, qui opposait au courant de dévotion envers le Cœur du Christ — représenté alors, outre saint François de Sales, surtout par saint Jean Eudes, les maîtres de l’Ecole française, la Compagnie du Saint-Sacrement — celui du Jansénisme, qui redoutait Dieu, éloignait de l’Eucharistie, et le Quiétisme, vision lénifiante de la foi, tandis que le rationalisme desséchant de Descartes annonçait la tragédie de l’âge des «lumières», opposant la raison à la foi, le corps à l’esprit, l’homme à Dieu, erreur source des immenses malheurs modernes et contemporains. On trouve l’illustration de cet enjeu sans pareil dans ce dialogue au sommet entre saint Jean et sainte Gertrude, autre confidente privilégiée du Cœur de Jésus:
— «Quand vous reposiez à la Cène sur le sein béni de Jésus, n’avez-vous pas senti le charme de ces battements d’amour?
— Je les ai sentis, je l’avoue. Leur suavité a pénétré mon être et mon âme devint brûlante.
— Et pourquoi donc votre absolu silence? Pas un mot qui, même de loin, ait révélé au grand profit des âmes, ce mystère ineffable.
— Ma mission était de faire connaître à l’Eglise naissante le Verbe incarné du Père. Il était réservé au temps futur de percevoir la suave éloquence des pulsations d’amour. La froide vieillesse du monde va s’y réchauffer au contact de la tendresse de Dieu».
— Ce n’est donc pas un hasard si la première grande révélation parodienne a lieu le 27 décembre 1673, fête de saint Jean l’Evangéliste.

Les 3 grandes christophanies

Ce jour-là, Marguerite-Marie voit le Christ en son Cœur comme «une ardente fournaise, passionné d’amour pour chacun», lui dire qu’«il ne pouvait plus le contenir, et devant le répandre par toi au monde pour l’enrichir du trésor de mes grâces et le préserver de l’empire de Satan». Et il demande en retour un culte public envers cet Amour qui est sa Personne-même, sous les traits d’un cœur de chair.
La deuxième apparition se produit un premier vendredi du mois de 1674. De la même manière, Jésus se plaint de l’ingratitude des hommes, et institue la dévotion officielle en faveur de son amour, sous la forme des premiers vendredis du mois, afin d’attirer l’humanité à l’Eucharistie, «source et sommet de la vie chrétienne» (Vatican II). C’est pourquoi sainte Thérèse d’Avila apparaissant après sa mort à une religieuse, lui disait: «Ce que nous faisons au ciel devant Dieu, vous devez ici-bas le faire devant le Saint-Sacrement». L’Eucharistie, voilà notre paradis sur terre.
La troisième vision constitue la réactualisation par excellence de la révélation à l’humanité du divin Cœur du Christ, quand il dit à sa confidente: «Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’Amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont les cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi.» (allusion au couvent de la sainte).
Jésus demande alors à l’Eglise l’établissement d’une fête en l’honneur de son Cœur sacré, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement.
En 1685, Marguerite-Marie reçoit les promesses attachées au culte susdit, à condition de vivre les nécessités évangéliques, comme l’indiquent par exemple les Béatitudes.

Le rappel de la mission de la France

Enfin, en 1689, elle écrit à son ancienne supérieure, mère de Saumaise, la volonté de Jésus que la dévotion sollicitée ne touche pas seulement les humbles sujets du Royaume, mais aussi celui qui s’intitule le Roi-Soleil, le «fils aîné de mon Sacré-Cœur», afin que par lui, en ce temps privilégié où la France rayonne sur le monde, les autres nations coopèrent au culte de l’Amour divin.
Ce qui signifie qu’au moment où, dans le secret des loges, Satan ourdit le complot de la Révolution universelle contre le royaume d’amour de Jésus-Christ, par l’intermédiaire du rationalisme précité notamment, au nom des droits de l’homme (en tant que revendiqués face aux droits de Dieu, qui doit être le «premier servi», comme disait sainte Jeanne d’Arc3, Jésus s’efforce d’endiguer le torrent de haine diabolique en marche, en déversant par avance sur le monde — à partir de la Fille aînée de l’Eglise — les fleuves d’Eau vive de son Sein sacré.

Bernard Balayn
(de l’Association Cor Christi, pour une Civilisation de l’Amour)

A part les «grandes révélations» dont on vient de transcrire ici l’essentiel, la sainte bénéficie de nombreuses autres apparitions, visions ou locutions intérieures, émanant soit de la Trinité (sous la forme de 3 jeunes gens étincelants de lumière), soit du Christ, de Marie, des anges, des saints, soit même du Démon qui, comme pour tous les saints, la persécute tant qu’il peut, sauf dans le domaine de la pureté, signe de la haute protection de la Vierge sur sa fille.

Littérature:
Parmi beaucoup d’ouvrages, lire en priorité:
«Sainte Marguerite-Marie: Œuvres choisies» Monastère de la Visitation.
Père Ladame (ancien supérieur des chapelains de Paray): «La Sainte de Paray — Marguerite-Marie» Résiac.
«Ce Cœur si passionné — L’esprit véritable d’un culte» Ed. Saint Paul.
Si cette évocation vous a plus, l’auteur tient à la disposition des aimables lecteurs une cassette audio d’une conférence prononcée par lui en église, avec très beaux chants eucharistiques, enregistrée sur ce thème: «Je frappe à ta porte. Aime-Moi comme tu es». A commander à: B. Balayn, 62, rue sainte Euphémie, 26400 Crest.

Notes:
1) Juillet est le mois consacré par l’Eglise au Très Précieux Sang de Jésus.
2) En 1665.
3) Voir notre précédent article, n° 381, de mai 2002.


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