Parmi les «bienheureux» glorifiés, le 23 mars 2003, par le Pape Jean Paul II figure un fils de la «noble nation hongroise» (expression même du Saint-Père). Un laïc, médecin, père de 13 enfants, un prince du vieux royaume de la Couronne de Saint-Etienne.
Une vie au service des pauvres, malades
Qui était au juste ce laïque que les fidèles invoquent sous le vocable de «médecin des pauvres»? Ayant rang de comte, puis de prince, privilégié de la fortune, il aurait pu mener la vie sans soucis dun grand seigneur. Mais il avait entendu un appel: «Viens! Suis-moi! Aime-moi dans tous les hommes, tes frères!». A lexemple de sa compatriote, Sainte Elisabeth de Hongrie, il nhésita pas à fonder un hôpital dans son propre château. Les malades pauvres savaient quil les soignerait gratis; ils accouraient de partout, de bien loin souvent.
Le docteur László Batthyány naît le 28 octobre 1870, sixième des huit enfants du comte József Batthyány, issu dune vieille famille hongroise. Sa vocation médicale se révèle alors quil nest encore quun enfant. Petit pensionnaire au collège, il se dévoue pour ses camarades malades: il leur porte à boire, les aide à manger, bref il remplit les fonctions dun véritable petit garde-malade. Il plaisante souvent sur sa marotte: «Plus tard, je serai médecin et je soignerai les pauvres pour rien!» Il se plaît déjà à lire des livres de médecine et de pharmacie. A la maison, pendant les vacances, il aime à «jouer au docteur» avec ses frères et surs, il «ouvre» son petit «cabinet de consultation» et même son petit «hôpital». Ses surs doivent, bon gré mal gré, lui servir dinfirmières.
En 1879, il entre en internat au collège des Jésuites de Kalksburg près de Vienne (Autriche) et, à partir de 1885, il étudie au lycée de Kalocsa, ville célèbre de la Grande Plaine hongroise, puis à celui dUngvár (aujourdhui, Uzhgorod en Ukraine).
Après son baccalauréat en 1890, il sinscrit à lUniversité de Vienne, où après quelques tâtonnements (droit, économie, chimie, philosophie, astronomie
), il répond à sa vocation et se décide pour la faculté de médecine.
En 1898, il épouse Marie-Thérèse de Coreth, jeune fille de la meilleure société viennoise et amie dune de ses surs. Elle lui donnera 13 enfants et sera sa plus fidèle collaboratrice.
En 1900, 11 obtient son diplôme de médecine générale et en 1901 fonde son propre hôpital dans sa propriété familiale sur les bords du lac de Kittsee qui à ce moment-là se trouvait encore en territoire hongrois.
En 1915, son oncle, le prince Ödön Batthyány-Strattmann, meurt sans descendance. Le docteur László Batthyány hérite alors du titre de prince et du droit de porter désormais les deux noms. Mais rien ne lui sera jamais plus cher que son titre de médecin hongrois. Dans les congrès médicaux, il faisait toujours ajouter à la suite de son nom, simplement précédé de son titre de docteur: aus Ungarn1
En 1920, après le Traité de Trianon, il sinstalle dans sa propriété de Krmend près de Szombathely (Hongrie). Dans une aile de son château, il fonde un deuxième hôpital qui, après quil eut obtenu son diplôme de spécialiste ophtalmologiste, sera plus particulièrement consacré aux maladies des yeux.
Mais en 1930 il tombe gravement malade et le 22 janvier 1931, il séteint à Vienne, à peine âgé de 60 ans, pleuré
par tous ses malades qui déjà le considèrent comme un saint.
Comme une lampe allumée
Onze ans plus tard, en 1942, les autorités diocésaines de Szombathely entameront les premières démarches pour la procédure en béatification qui devait aboutir enfin à laube du troisième millénaire.
Aux dires de tous les témoignages et si lon sen réfère à ses écrits (journal, correspondance
), la personnalité, la sainteté de vie du Dr. Batthyány se révèlent aussi claires que lumineuses. Tout son être extérieur reflétait léquilibre intérieur de son âme: toujours dhumeur sereine, il rayonnait lamour évangélique comme une lampe allumée. Jusque dans les pires vicissitudes, il ne perdait jamais sa confiance en Dieu. La Providence divine était tout pour lui et il restait confiant comme un enfant envers son père. Il était dailleurs bien convaincu que rien ne peut nous arriver que Dieu nait permis.
Il supporta les épreuves de sa vie avec foi et courage. La plus lourde fut la mort de son fils aîné à lâge de 21 ans: sa seule consolation fut que le jeune Ödön sétait éteint saintement, en digne fils de son père, offrant au Seigneur le sacrifice de sa jeune vie.
Dans son amour pour les pauvres et les malades, il sentait sapprofondir son amour pour Dieu. Il a vécu pleinement la vie de prière et de foi qui lui avait été transmise par sa nation, par sa famille, par ses éducateurs. Sa prière préférée était le Notre Père et bien souvent, à ses malades reconnaissants il demandait de le «payer» dun Notre Père. Il aimait aussi à servir la messe ou à accompagner les chants liturgiques à lharmonium. Mais sa prière personnelle était avant tout un cur à cur avec Dieu. «Je nai pas besoin de livre de prières, avouait-il un jour à lune de ses infirmières, je parle avec le Bon Dieu comme je parle avec vous». Et ce cur à cur avec Dieu durait pour lui tout au long du jour. Selon le témoignage dune de ses assistantes, dans les dernières années de sa vie il était constamment en état de prière intérieure. Il nabandonnait pas pour autant la prière vocale: jusquau bout, il fut fidèle à réciter chaque jour loffice de la Très Sainte Vierge Marie que lui avait fait connaître son épouse et le soir il disait le rosaire en famille avec tous ses enfants.
Après la Très Sainte Vierge Marie, sa plus grande dévotion était pour saint Joseph. Il en avait fait son «ministre des finances» pour laider à élever sa nombreuse famille et gérer les deux hôpitaux quil avait fondés dans ses propriétés. Mais il invoquait aussi saint Joseph comme «patron de la Bonne Mort»: en tant que médecin, il lui confiait ses malades incurables.
Quand il est lui-même face à la souffrance, ce qui émane de lui, cest la paix et lacceptation de la volonté de Dieu. Il disait souvent à ses visiteurs dans les derniers mois de sa vie: «Je souffre au-delà de toute expression. Je naurais jamais cru quun être humain puisse supporter une telle somme de souffrance. Mais cest bien ainsi: tout ce que fait Dieu est bien.»
Marie-Thérèse de Dombora2
Internet: www.kath-kirche-eisenstadt.at/batthyany/start/fr/bio.html
Notes:
1) De Hongrie.
2) Cet article est dédié à la mémoire dAndrás, mon époux, qui aimait tant le «médecin des pauvres».
3) Prière composée par le Dr. Batthyny dans lexercice de sa profession.
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