Le Bienheureux Dr. László Batthyány-Strattmann (1870–1931)

Un modèle pour notre époque

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Parmi les «bienheureux» glorifiés, le 23 mars 2003, par le Pape Jean Paul II figure un fils de la «noble nation hongroise» (expression même du Saint-Père). Un laïc, médecin, père de 13 enfants, un prince du vieux royaume de la Couronne de Saint-Etienne.

Une vie au service des pauvres, malades

Qui était au juste ce laïque que les fidèles invoquent sous le vocable de «médecin des pauvres»? Ayant rang de comte, puis de prince, privilégié de la fortune, il aurait pu mener la vie sans soucis d’un grand seigneur. Mais il avait entendu un appel: «Viens! Suis-moi! Aime-moi dans tous les hommes, tes frères!». A l’exemple de sa compatriote, Sainte Elisabeth de Hongrie, il n’hésita pas à fonder un hôpital dans son propre château. Les malades pauvres savaient qu’il les soignerait gratis; ils accouraient de partout, de bien loin souvent.
Le docteur László Batthyány naît le 28 octobre 1870, sixième des huit enfants du comte József Batthyány, issu d’une vieille famille hongroise. Sa vocation médicale se révèle alors qu’il n’est encore qu’un enfant. Petit pensionnaire au collège, il se dévoue pour ses camarades malades: il leur porte à boire, les aide à manger, bref il remplit les fonctions d’un véritable petit garde-malade. Il plaisante souvent sur sa marotte: «Plus tard, je serai médecin et je soignerai les pauvres pour rien!» Il se plaît déjà à lire des livres de médecine et de pharmacie. A la maison, pendant les vacances, il aime à «jouer au docteur» avec ses frères et sœurs, il «ouvre» son petit «cabinet de consultation» et même son petit «hôpital». Ses sœurs doivent, bon gré mal gré, lui servir d’infirmières.
En 1879, il entre en internat au collège des Jésuites de Kalksburg près de Vienne (Autriche) et, à partir de 1885, il étudie au lycée de Kalocsa, ville célèbre de la Grande Plaine hongroise, puis à celui d’Ungvár (aujourd’hui, Uzhgorod en Ukraine).
Après son baccalauréat en 1890, il s’inscrit à l’Université de Vienne, où après quelques tâtonnements (droit, économie, chimie, philosophie, astronomie…), il répond à sa vocation et se décide pour la faculté de médecine.
En 1898, il épouse Marie-Thérèse de Coreth, jeune fille de la meilleure société viennoise et amie d’une de ses sœurs. Elle lui donnera 13 enfants et sera sa plus fidèle collaboratrice.
En 1900, 11 obtient son diplôme de médecine générale et en 1901 fonde son propre hôpital dans sa propriété familiale sur les bords du lac de Kittsee qui à ce moment-là se trouvait encore en territoire hongrois.
En 1915, son oncle, le prince Ödön Batthyány-Strattmann, meurt sans descendance. Le docteur László Batthyány hérite alors du titre de prince et du droit de porter désormais les deux noms. Mais rien ne lui sera jamais plus cher que son titre de médecin hongrois. Dans les congrès médicaux, il faisait toujours ajouter à la suite de son nom, simplement précédé de son titre de docteur: aus Ungarn1
En 1920, après le Traité de Trianon, il s’installe dans sa propriété de Krmend près de Szombathely (Hongrie). Dans une aile de son château, il fonde un deuxième hôpital qui, après qu’il eut obtenu son diplôme de spécialiste ophtalmologiste, sera plus particulièrement consacré aux maladies des yeux.
Mais en 1930 il tombe gravement malade et le 22 janvier 1931, il s’éteint à Vienne, à peine âgé de 60 ans, pleuré
par tous ses malades qui déjà le considèrent comme un saint.
Comme une lampe allumée…
Onze ans plus tard, en 1942, les autorités diocésaines de Szombathely entameront les premières démarches pour la procédure en béatification qui devait aboutir enfin à l’aube du troisième millénaire.
Aux dires de tous les témoignages et si l’on s’en réfère à ses écrits (journal, correspondance…), la personnalité, la sainteté de vie du Dr. Batthyány se révèlent aussi claires que lumineuses. Tout son être extérieur reflétait l’équilibre intérieur de son âme: toujours d’humeur sereine, il rayonnait l’amour évangélique comme une lampe allumée. Jusque dans les pires vicissitudes, il ne perdait jamais sa confiance en Dieu. La Providence divine était tout pour lui et il restait confiant comme un enfant envers son père. Il était d’ailleurs bien convaincu que rien ne peut nous arriver que Dieu n’ait permis.
Il supporta les épreuves de sa vie avec foi et courage. La plus lourde fut la mort de son fils aîné à l’âge de 21 ans: sa seule consolation fut que le jeune Ödön s’était éteint saintement, en digne fils de son père, offrant au Seigneur le sacrifice de sa jeune vie.
Dans son amour pour les pauvres et les malades, il sentait s’approfondir son amour pour Dieu. Il a vécu pleinement la vie de prière et de foi qui lui avait été transmise par sa nation, par sa famille, par ses éducateurs. Sa prière préférée était le Notre Père et bien souvent, à ses malades reconnaissants il demandait de le «payer» d’un Notre Père. Il aimait aussi à servir la messe ou à accompagner les chants liturgiques à l’harmonium. Mais sa prière personnelle était avant tout un cœur à cœur avec Dieu. «Je n’ai pas besoin de livre de prières, avouait-il un jour à l’une de ses infirmières, je parle avec le Bon Dieu comme je parle avec vous». Et ce cœur à cœur avec Dieu durait pour lui tout au long du jour. Selon le témoignage d’une de ses assistantes, dans les dernières années de sa vie il était constamment en état de prière intérieure. Il n’abandonnait pas pour autant la prière vocale: jusqu’au bout, il fut fidèle à réciter chaque jour l’office de la Très Sainte Vierge Marie que lui avait fait connaître son épouse et le soir il disait le rosaire en famille avec tous ses enfants.
Après la Très Sainte Vierge Marie, sa plus grande dévotion était pour saint Joseph. Il en avait fait son «ministre des finances» pour l’aider à élever sa nombreuse famille et gérer les deux hôpitaux qu’il avait fondés dans ses propriétés. Mais il invoquait aussi saint Joseph comme «patron de la Bonne Mort»: en tant que médecin, il lui confiait ses malades incurables.
Quand il est lui-même face à la souffrance, ce qui émane de lui, c’est la paix et l’acceptation de la volonté de Dieu. Il disait souvent à ses visiteurs dans les derniers mois de sa vie: «Je souffre au-delà de toute expression. Je n’aurais jamais cru qu’un être humain puisse supporter une telle somme de souffrance. Mais c’est bien ainsi: tout ce que fait Dieu est bien.»

Marie-Thérèse de Dombora2

Internet: www.kath-kirche-eisenstadt.at/batthyany/start/fr/bio.html

Notes:
1) De Hongrie.
2) Cet article est dédié à la mémoire d’András, mon époux, qui aimait tant le «médecin des pauvres».
3) Prière composée par le Dr. Batthyny dans l’exercice de sa profession
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