Le Dieu des dieux (Dt 10,17)

=> STELLA MARIS 391 SOMMAIRE

Baptisés dans l’Esprit Saint, nous croyons au Dieu Tout-puissant, qui domine infiniment toutes choses et tous les êtres. Il n’y a qu’un seul Dieu et nous sommes bienheureux de confesser cette foi invincible, dans la lumière de Jésus-Christ, le Sauveur.

Dieu des dieux

La Bible utilise à plusieurs reprises le mot dieux (theoi. gr). Ce pluriel pourrait laisser à penser qu’une cour d’êtres divins régit l’univers. Evidemment pour les auteurs bibliques et les hommes de foi, il n’en est rien: «Il n’y a qu’un seul Dieu» 1Co 8,6 et «néant tous les dieux des nations» Ps 96,5. En fait, le mot dieux au pluriel revêt, dans l’Ecriture sainte, plusieurs sens qui mettent en relief le néant des faux dieux fabriqués par l’homme et, par ailleurs, la haute dignité des êtres célestes, des anges et des hommes créés par Dieu, Maître suprême de toutes choses.
Regardons ensemble l’Ecriture.
Dans le livre de la genèse nous est racontée l’histoire du Patriarche Jacob (Gn 25, 19-50, 26). Alors que Jacob repartait de chez son beau-père Laban, en Paddâm-Aram, avec sa famille et tous ses biens, son épouse Rachel «déroba les idoles domestiques qui étaient à son père» (Gn 31, 19)1. Quelques jours plus tard, Laban rattrapa Jacob et lui fit ce reproche: «Mais pourquoi as-tu volé mes dieux?» (Gn 31,30; cf. 31,32s). Ainsi des idoles domestiques, ou «Téraphim» sont nommées aussi des «dieux» par ceux qui ignorent le vrai Dieu. Ces Téraphim seront plus tard formellement interdites par la Loi, c’est pourquoi le prophète Samuel dit à Saül qui s’est détourné de Yahweh: «Un péché de sorcellerie, voilà la rébellion, un crime de téraphim, voilà la présomption! Parce que tu as rejeté la parole de Yahweh, il t’a rejeté pour que tu ne sois plus roi!» (1S 15, 23; cf. Nb 23, 23; Dt 18, 10-11). Dans la Bible, toutes ces idoles familiales etc. sont qualifiées couramment de «saletés» (gillulim) ou d’«ordures» (siqqusim), que Yahweh a en abomination:
2R 23, 24: «Les nécromants et les devins, les dieux domestiques et les idoles, et toutes les horreurs qu’on pourrait voir dans ce pays de Judas et à Jérusalem, Josias les fit disparaître, en exécution des paroles de la Loi…».
Tous ces faux dieux sont source d’erreur, de mensonge, de discorde et de mal. Ils détournent de la vérité, de l’amour et établissent un rapport superstitieux et pernicieux avec le mal et Satan. Les pratiques idolâtriques sont d’autant plus graves qu’elles viennent parfois de membres du Peuple de Dieu qui sont censés connaître la Parole divine. Aussi les prophètes n’ont cessé de dénoncer toutes les pratiques idolâtriques, la haine, l’injustice, le commerce avec le démon et le mal sous toutes ses formes.
Za 10, 2: «Parce que les téraphim prédisent la fausseté, que les devins voient le mensonge, que les songes ont débité l’illusion, donné de vaines consolations, voilà pourquoi ils sont partis comme des brebis en piteux état, faute de pasteurs» (cf. Ez 21, 26).
Dt 18, 10-13: «On ne trouvera chez toi personne qui fasse passer au feu son fils ou sa fille, qui pratique divination, incantation, mantique ou magie, personne qui use de charmes, qui interroge les spectres et devins, qui invoque les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à Yahweh ton Dieu, et c’est à cause de ces abominations que Yahweh ton Dieu chasse ces nations devant toi. Tu seras sans tache vis-à-vis de Yahweh ton Dieu.» (cf. Ba 6)
A la lecture de ces Textes nous devons bien discerner comment ces Paroles divines nous rejoignent aujourd’hui. Quelles sont les idoles, les faux dieux de notre temps? En fait, tout attachement excessif aux personnes, aux biens, aux choses, etc., tend à l’idolâtrie. Nous le savons et le voyons autour de nous, des charlatans, des faux mystiques, des artistes, des hommes politiques, de pouvoir, des gens connus, de vaines philosophies, le
matérialisme, les richesses, l’argent, certaines fêtes, des choses diverses … sont parfois objets d’une véritable idolâtrie de la part de nos contemporains. A cette multitude d’égarements, s’ajoute tout ce dont nous met en garde l’Ecriture. A chacun donc de bannir définitivement toute trace d’une quelconque idolâtrie qui entraîne sur la route du mal, loin de Dieu. C’est pourquoi il nous dit dans ces dix commandements:
Dt 5,6-8: «Je suis Yahweh ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. Tu ne te feras aucune image sculptée de rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux ni ne les serviras…».
Ici, précisons-le, la Parole de Dieu vise précisément les cultes idolâtriques, téraphim et autres, qui sont aux antipodes de l’adoration que l’on doit à Dieu et aussi, de la vénération, de la dévotion accordée aux saints qui nous aident à mieux servir Dieu et à mieux aimer. Les icônes, les statues du culte chrétien par exemple, sont des supports visibles qui aident simplement à signaler la présence divine et lui consacrer un lieu etc., comme la Tente du Rendez-vous de Moïse, le Temple, avec leurs objets de culte, les chérubins aux ailes déployées (cf. Ex 24, 10-22; 1R 6, 15-30).
Un autre aspect du mot «dieux» fait écho aux paroles de Jésus qui devant les pharisiens sourds aux appels à la conversion, cite l’Ecriture en disant: «N’est-il pas écrit dans votre Loi: J’ai dit: Vous êtes des dieux? Alors qu’elle a appelé dieux ceux à qui la Parole de Dieu fut adressée — et l’Ecriture ne peut être récusée — à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde vous dites: «Tu blasphèmes» parce que j’ai dit: «Je suis Fils de Dieu». (Jn 10, 34-36; cf. Ps 82, 6)2
Si Jésus, ici, cite l’Ecriture, c’est afin de souligner sa dignité suréminente, car «en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité» (Col 2, 9). Il est au-dessus de toutes les Dominations (cf. Col 1,15-20; Ap 19, 10; 22, 8). Par ses propos, le Seigneur manifeste d’autre part, la haute dignité des hommes faits à l’image de Dieu (cf. Gn 1, 26-27), à peine moindre qu’un Ange, qu’un dieu (élohim. hb), selon le psaume (Ps 8, 6), participant de la divine nature (cf. 2P 1, 4). Et c’est dans cette lignée que l’Apôtre Paul précisera:
1Co 8, 4-6 «Nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde et qu’il n’est de Dieu que le Dieu unique. Car, bien qu’il y ait, soit au ciel, soit sur la terre, de prétendus dieux — et de fait il y a quantité de dieux et quantité de seigneurs — pour nous en tout cas, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes.» (cf. Jn 1, 1-3)
Ici, l’Apôtre affirme un enseignement constant de la Bible: Nous ne sommes rien sans Dieu. C’est par lui que nous existons. Lui seul Est, et notre existence n’est que par Lui et en Lui. Il est notre Tout, notre origine, notre fin ultime, notre plénitude. Yahweh notre Dieu « est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs»
(Dt 10, 17; cf. Dn 2, 47; Ps 136, 2. 3s).
Oui! En tout temps sachons vraiment reconnaître la majesté suprême et infinie de Dieu unique, Père, Fils et Saint-Esprit. Il est notre Roi bien-aimé (cf. 1Ti 6, 15; Ap 19, 16).
Ps 96,2-6 «Chantez à Yahweh, bénissez son Nom! Proclamez jour après jour son Salut. Racontez aux païens sa gloire, à tous les peuples ses merveilles! Grand Yahweh, et louable hautement, redoutable, lui, par-dessus tous les dieux! Néant, tous les dieux des nations. C’est Yahweh
qui fit les cieux; devant lui, splendeur et majesté dans
son sanctuaire, puissance et beauté.»

Jacques Magnan

Jacques Magnan vient de publier «L’Echelle de la Grâce» aux Editions du Parvis (voir page 16). Un livre remarquable sur le désir de progresser dans l’Amour de Dieu qui doit habiter chaque homme pour qu’il parvienne à la félicité promise par Jésus. C’est un voyage passionnant de l’âme qui s’avance vers l’éternelle Béatitude.

Notes:
1) Le mot idole vient du grec «eidôlon». On le trouve douze fois dans le Pentateuque et il revêt divers sens (saletés, vanités, satyres, objets de prostitution) cf. Lv 17, 7; objets de dégoût (bdelûgmata). Proscrits par la Loi, ils sont aussi présentés comme objets sculptés, gravés, fondus, de bois, d’or, faits à la main…
2) Pour compléter ces sujets. (Cf. Ps 45, 7; 58, 2; 96, 5; 97, 7; 110; Ac 7, 40. 42; 1Co 10, 20; 2Co 4, 4; Ga 4, 8s; Ph 3, 19. La première mention du mot Ange dans la Bible est en Gn 16, 7s. Ne pas confondre avec les Kéroubim en Gn 1, 24s. Sur les Anges, fils de Dieu cf. Jb 1, 6; 2,1; Ps 28,1; 81, 6; 88, 7; Is 6, 2s; Ne 8, 6; Ap 5, 11; 7, 11 etc.


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