Une vie semée d’étoiles

Autobiographie de René Lejeune que Stella Maris a interrogé

=> STELLA MARIS 390 SOMMAIRE

Stella Maris: Qu’est-ce qui vous a amené à publier votre autobiographie?

René Lejeune: C’est sur les instances d’un saint prêtre, le Père Marie-Joseph, du couvent des capucins de Bitche, ma ville natale, que j’ai enfin écrit ces pages. Il était mon conseiller spirituel depuis l’âge de 16 ans, jusqu’à sa mort, il y a dix ans. Il me disait: «Il y a dans ta vie tant de rebondissements, parfois spectaculaires, que c’est la preuve que tu étais guidé. Or, le Seigneur nous demande d’être ses témoins.»

SM: Toute vie est-elle «guidée»?

R. L.: Oui, à une condition: c’est que l’on s’en remette entre les mains de la divine Providence. Vers l’âge de 20 ans, le Père Marie-Joseph m’avait demandé de faire un acte d’abandon total au Seigneur. Un jour, il m’offrit un beau parchemin vierge pour que j’y inscrive mon don sans réserve ni retour à la divine Providence. Je l’ai fait de bon cœur. Malheureusement pendant la guerre nous avons tout perdu lors d’un bombardement. Mais ce texte est resté gravé dans mon cœur. C’est cela qui importe.

SM: Que disait ce texte?

R. L. Le voici de mémoire: «A partir de ce jour, je remets ma vie entre les mains du Seigneur. A Lui de la guider selon sa très sainte volonté. Je ne veux être qu’un modeste instrument à sa disposition. Que tous les événements futurs de ma vie adviennent selon son divin plan, ainsi pourrai-je les accueillir dans sa paix et sa joie, qu’ils soient conformes à mes désirs ou apparemment funestes.»

SM: Quelles sont les conséquences de l’acte de total abandon?

R. L.: A partir du moment où on l’a accompli, il faut d’abord l’enraciner profondément dans la conscience. Cet enracinement se fait surtout le soir à l’examen de conscience, quand on récapitule les événements de la journée. Il faut alors remercier le Seigneur, dès lors que tout ce qui est advenu correspondait à sa sainte volonté. Au bout de peu de temps, la conscience de la présence du Seigneur tout au long du jour se fait constante. Il en résulte un merveilleux sentiment de liberté. C’est l’évangile qui proclame cette liberté des enfants de Dieu.
Cependant il ne faut pas croire qu’une liberté de cette nature transforme l’être humain en un automate de Dieu. La responsabilité est indissociable de la liberté, et l’abandon total n’exclut nullement la prévoyance et l’établissement de projets. C’est quand les événements ne sont pas conformes et ce que l’on prévoyait que l’intervention du Seigneur devient manifeste. Aussi est-on heureux de tout ce qui survient, conforme ou non à notre volonté. Le bonheur va de pair avec la liberté.

SM: N’y a-t-il pas eu des moments de doute au cœur de cette liberté?

R. L.: Oui, le doute est de l’ordre de la tentation. Mais le doute est vite chassé, et l’on revient aussitôt à l’acte d’«abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de ses enfants», comme le souligne le catéchisme de l’église catholique (305).

SM: A vous lire, on note que votre épouse joue un rôle capital dans votre vie. On est aussi surpris par l’admiration que vous témoignez à votre belle-mère?

R.L.: D’abord quelques mots de ma belle-mère. Elle avait une vaste culture, aussi bien scientifique que littéraire. Pour faire des études universitaires, au début du XXe siècle, les jeunes filles de l’empire austro-hongrois avaient besoin d’une autorisation personnelle de l’empereur; elle l’obtint sans problème, tellement ses résultats à la fin du secondaire étaient brillants. Et à l’université, elles n’étaient que trois jeunes filles. Elle brillait aussi par sa foi catholique et sa dévotion mariale. Bref, la femme parfaite.
Quant à mon épouse, elle a été, depuis le commencement, l’épouse parfaite avec sa profonde piété, sa générosité sans bornes, son total dévouement à sa famille. Pour élever huit, puis dix enfants sur trois continents, il faut être «la femme d’élite» dont parle l’Ecriture. Elle a été, dans ma vie, le don suprême du Seigneur, dont je le remercie tous les jours. Et dire que soixante ans après nos fiançailles, nous sommes toujours amoureux!

SM: Il y a dans votre vie des événements, des circonstances, des rencontres qui tiennent du miracle. Comment expliquez-vous cela?

R. L.: C’est, encore une fois, le fruit logique de l’abandon total à la Providence. Il est vrai que ces miracles surprennent et émerveillent toujours. Mais Dieu n’est-il pas un Père aimant qui va jusqu’à opérer un miracle quand c’est dans l’intérêt de ses enfants?

SM: Vous qui avez une longue et riche expérience, quels conseils donnez-vous à vos propres enfants, à vos amis, aux jeunes gens d’aujourd’hui?

R. L.: D’aujourd’hui, de demain ou d’hier: l’homme ne change pas. Quand je lis les lettres de Cicéron, j’ai souvent l’impression qu’elles viennent d’être écrites. Par conséquent, les conseils que je suis amené à donner aujourd’hui sont ceux qui m’ont été donnés quand j’étais jeune. Je les résumerai en trois points:
La croissance intérieure est infiniment plus importante que l’enrichissement, ou de s’élever sur l’échelle sociale. Veillez sur cette croissance et faites souvent le point.
Le livre le plus précieux au monde, c’est l’Evangile. Dieu nous y parle directement. Ne passez pas de jour, sans l’ouvrir et vous mettre à l’écoute de Jésus. Puis transformez en vie sa Parole.
Dieu a déposé en vous, dans le respect de votre liberté, le germe de l’amour. A vous de le faire croître et s’épanouir. Votre vie sera réussie dans la mesure où vous l’avez porté à son plein épanouissement.

Littérature:
Une vie semée d’étoiles
176 pages, 13x20 cm
E 15.– CHF 22.50


RETOUR EN HAUT DE PAGE


Copyright © 1999 - 2009
Conformément aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle, tous les textes et illustrations sont protégés par le Droit d'Auteur.
EDITIONS DU PARVIS - STELLA MARIS - CH-1648 HAUTEVILLE / SUISSE.
Tél.: 0041 (0)26 915 93 93 FAX: 0041 (0)26 915 93 99 E-MAIL librairie@parvis.ch

PAGE D'ACCUEIL PARVIS // STELLA MARIS