Le Rosaire, arche du salut

Permanence, importance et actualité d’une prière

=> STELLA MARIS 389 SOMMAIRE

A l’heure où le Pape Jean Paul II nous sensibilise de nouveau au rosaire, il est bon de partir à sa redécouverte pour en retrouver toute l’importance, à travers la miséricorde divine: «Toute grâce revient de Dieu au Christ, du Christ à la Vierge et de la Vierge à nous» (St Bernardin de Sienne).

De la Chute au Relèvement, la prière est la seule base de communication entre le pécheur et son Créateur.
Depuis l’Incarnation, la prière se sublimise par l’institution de l’Eucharistie. Mais en même temps paraît sur la scène de l’histoire du salut «La Vierge faite Eglise» (St François d’Assise), qui, en fonction de sa quadruple maternité — sa vocation fondamentale —, nous indique un moyen de salut subordonné à la Rédemption: le Rosaire, véritable chemin de foi. Afin, par Elle et son Fils, de retourner au Père, dans l’Esprit-Saint.

Le rosaire, prière d’église

— Le Rosaire est né, dans le temps, du Cœur du Père («Je te salue, Pleine de grâce, le Seigneur est avec toi», dit l’Archange à la Vierge de Sa part) pour aboutir à ce que dira un jour le Cardinal-Patriarche de Lisbonne, Manuel G. Cerejeira: «Par le Rosaire, Marie nous enseigne à lire, méditer et imiter l’Evangile, maternellement».
— Il s’est élaboré lentement et a grandi, au sein de l’Eglise, en fonction de ses besoins et de la révélation progressive du mystère et du rôle de Marie dans l’économie de la Rédemption, depuis les premières erreurs condamnées par les conciles orientaux, jusqu’aux luttes contemporaines où Marie se révèle dans toute sa force comme médiatrice et mère secourable – Salus populi romani — de ses enfants en danger, et défenseur de son Fils et de son héritage, l’Eglise.
— Dans la pensée du Père, la Très Sainte Vierge est présente de toute éternité comme Instrument du salut. Il dévoile peu à peu sa figure et sa mission futures à travers les livres de l’Ancien Testament, tels ceux des Proverbes, de la Genèse, du Cantique des Cantiques, et d’autres écrits prophétiques, comme les livres de Judith et d’Esther… Notre-Dame récapitule et transfigure les femmes fortes de la Bible. C’est Celle dont le Cœur reste ouvert1 sur la volonté du Père céleste pour en refléter la bonté, à l’orée des temps messianiques: «Le Cœur de Marie est un palais où se tiennent les assises de la Miséricorde», dira Sainte Sophie Barat.
— L’annonce de la Vierge se lit aussi à travers les péripéties du Peuple élu. Lors du Déluge, l’Arche de Noé, où seuls les prédestinés, le «petit reste» dont parle Sophonie, peuvent entrer, symbolise le Cœur Immaculé, la maternité de Marie, victorieuse des tempêtes suscitées par son Antagoniste. Elle est alors en puissance la «Stella matutina», l’Etoile du Salut, l’Ebauche de l’Eglise. Son triomphe est annoncé dès le Protévangile, quand elle est désignée à nos premiers parents comme la Mère du Rédempteur à venir.
— Avec l’Incarnation,
elle devient effectivement «Première Eglise», selon l’expression du Cardinal Ratzinger2, «Tabernacle, Ciboire et Ostensoir» vivants, mère de Jésus-Sauveur.
— C’est entre les XIIe et XVe siècles que s’organise la prière du Rosaire proprement dite, à partir de la Salutation angélique et sur le modèle des 150 psaumes. Les 150 + 3 Ave Maria d’origine sont coordonnés en forme de prière à la fois biblique, trinitaire, ecclésiale, par le Frère Alain de la Roche, au terme d’un processus accentué sous l’impulsion des Ordres religieux, notamment des Cisterciens de saint Bernard, et surtout des Frères Prêcheurs de saint Dominique. Ainsi est né le «Psautier de Notre-Dame», articulé en trois «chapelets», quatre, désormais, avec la réforme de Jean Paul II, ce qui porte le nombre de dizaines à 20, avec les cinq mystères «lumineux». Prière de foi (le Credo), de louange (les Gloria), de contemplation de la vie du Christ et de Marie (le long des dizaines), d’imploration pour le salut des âmes (les Ave Maria).

Le rosaire, prière d’équilibre

— Il ne faut donc pas le réduire seulement à une prière de demande. La vie ne comporte pas que des douleurs! Trois des quatre chapelets actuels se rapportent à des faits évangéliques autres.
— Son déroulement est lié aux événements du salut, de l’histoire humaine, de la vie de chacun d’entre nous.
— Les mystères joyeux évoquent la joie des commencements, que ce soit le paradis terrestre, l’aurore de la Rédemption à l’époque de la Pax Romana, la vie de grâce de notre enfance après le baptême.
— Les mystères lumineux rappellent l’époque des Dix Commandements, de l’entrée en Terre promise, de la prédication du Christ, puis de l’Eglise. C’est le temps de la maturité humaine.
— Les mystères douloureux sont ceux de l’accomplissement du salut, dans les convulsions de la souffrance et de la Croix. Ils reflètent le mystère du Mal et de notre rachat. Le parcours mouvementé des peuples et de chaque existence, oblige les générations à l’épreuve de l’amour, de la liberté, de la vérité.
— Les mystères glorieux montrent la route qui va de la Résurrection à la Parousie. C’est un chant d’espérance et de victoire pour tout homme, qui nous remémore la fin du Déluge, de l’esclavage en Egypte ou à Babylone. Il évoque les succès de l’Eglise, la fin des guerres. Il indique que l’homme ressuscitera et recevra sa récompense selon ses mérites.
En tous ces mystères, le Christ est l’éternel masculin, Marie et l’Eglise, les éléments féminins, dont l’amour et l’obéissance assurent une grande fécondité spirituelle à leurs enfants (Cardinal Ratzinger).

L’accomplissement des temps messianiques

- Mais il est vrai que pour l’Eglise et les chrétiens, le Rosaire est ressenti surtout comme un moyen de lutte proposé par Marie contre l’Adversaire. D’autant plus que, de la Genèse à l’Apocalypse johannique, la Vierge est présentée comme la Combattante, la Triomphatrice, à la tête des armées célestes dirigées par saint Michel3. Ainsi, le rosaire apparaît comme une cuirasse et une «arme» offensive pour terrasser le Dragon.
— Ce combat est décrit comme notre condition permanente, une épreuve surhumaine, inutile sans secours surnaturel. A l’instar de la grâce et des sacrements, il faut recourir à Celle sans qui nous n’aurions pu être sauvés.
— Nous sommes ainsi parvenus au paroxysme de la grande bataille entre les forces de Marie et celles de l’Antéchrist, telles que les annoncent l’Apocalypse XII, la seconde Epître aux Thessaloniciens, ou, plus près de nous, St L.-M. G. de Montfort. Nous en rappellerons quelques jalons:
les persécutions romaines,
la naissance des hérésies,
l’irruption de l’Islam,
les schismes,
l’apparition du laïcisme jusqu’aux systèmes athées modernes…
Chaque fois que Marie préconise le Rosaire, les catholiques sont vainqueurs. Par lui:
– St Dominique triomphe de l’hérésie albigeoise et de ses variantes, «convertissant plus d’âmes par les Ave Maria que par tous ses sermons» (St Curé d’Ars);
– St Ignace de Loyola et la Contre-Réforme font reculer le Protestantisme multiforme;
– St Pie V et la ferveur de la Chrétienté repoussent l’Islam à Lépante (dimanche 7 octo-bre 1571)4, faisant de cette victoire célèbre, l’archétype de celles de la Vierge du Rosaire, et le prélude du grand triomphe à venir, promis à Fatima;
– De Pie IX à Pie XII, les papes font face au Socialisme et à l’Occultisme; Pie XII fait front avec vigueur au marxisme européen et commence la consécration de la Russie;
– Jean Paul II le fait tomber et libère l’Europe de l’Est…
– Il est vrai qu’ensemble, Notre-Dame, les papes et les âmes d’élite ont joué un rôle décisif:
– A presque toutes ses apparitions modernes, la Vierge indique, directement ou non, le rosaire comme moyen sûr de victoire, depuis Guadalupe (avec le poncho de Juan Diego rempli de roses, 1531) jusqu’à aujourd’hui, en passant par Paris (1830), La Salette (1846), Lourdes (1858), Pontmain (1871), et, le sommet, Fatima, où elle confirme la parole des pontifes en se nommant la «Dame du Rosaire» (13 octobre 1917)…5
– Parmi les papes, Grégoire XIII crée, après Lépante, la fête de Notre-Dame du Rosaire (1573), que Clément XI étend à toute l’Eglise (1716);
Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception (1854);
Une cinquantaine célèbre l’excellence du Rosaire. Léon XIII a mérité d’être appelé le Pape du Rosaire, avec une dizaine d’encycliques et de nombreux documents à ce sujet. Après mai, le mois de Marie, il décrète le mois d’octobre mois du Rosaire, et ajoute aux litanies mariales le vocable: Reine du Très Saint Rosaire;
Benoît XV, le Pape des apparitions de Fatima, y ajoute celui de Reine de la Paix;
Pie XII définit le dogme de l’Assomption (1950) et, à cette occasion, voit se reproduire dans le ciel de Rome, le prodige solaire de la Cova da Iria. Il établit la fête de la Royauté universelle de Marie (Encyclique Ad caeli Reginam) (1954);
Paul VI obtient du Concile le vote favorable du chapitre 8 de Lumen Gentium, sur la place particulière et éminente de la Vierge dans l’Eglise, et qu’elle soit proclamée, après des siècles d’attente, Mater Ecclesiae (21 novembre 1964). Ainsi est-Elle reconnue comme «clé du double et unique mystère de Jésus et de son Eglise» (Abbé A. Richard). Ce jour-là, avec tous les Pères conciliaires, il consacre l’Eglise et le monde au Cœur Immaculé de Marie. Ensuite de quoi, il est le premier Pape à se rendre à Fatima, et publie à cette occasion sa Lettre Apostolique Signum Magnum (13 mai 1967), et en 1974, sa célèbre Exhortation Apostolique Marialis Cultus.
Quant à Jean Paul II, le plus important Pape de Fatima, qui ne connaît sa devise consécratoire à Marie qui l’a sauvé de l’attentat et l’a conduit déjà trois fois sur la «Terre de Sainte Marie»? Il est le premier Pontife à s’être rendu à Lourdes; celui qui a consacré à Notre-Dame maintes fois
l’Eglise et le monde et tous les pays visités; qui lui a dédié une Année Mariale (1987-88), avec l’Encyclique Redemptoris Mater, et la présente Année du Rosaire 2002-2003 et sa Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae (16 octobre 2002); le Pape qui lui a réservé plus de 70 catéchèses continues; qui, depuis 1979, récite le chapelet chaque premier samedi du mois devant toute l’Eglise, et qui n’a jamais cessé d’en célébrer les vertus. Il fait joindre aux Litanies le vocable de Regina familiae6.
— Dans le Peuple de Dieu, comment ne pas citer quelques-uns des apôtres singuliers du Rosaire, dont la gloire est liée à leur consécration à Marie et à l’identification de leur vie au Rosaire, tels saints Bernard, Duns Scot, François d’Assise, Dominique, Juan Diego, Ignace de Loyola, Ch. Borromée, F. de Sales, Jeanne de Chantal, Marguerite-Marie, G. de Montfort, A.-M. de Liguori, C. Labouré, J.-M. Vianney, Bernadette, Thérèse de l’Enfant-Jésus, M.-M. Kolbe, Edith Stein, Padre Pio, Escriva de Balaguer, sans oublier les figures en voie de canonisation ou de béatification: les deux bergers de Fatima7, Mère Teresa, Marthe Robin… et tant d’autres, impossibles à énumérer.
Que tous, par leur ardeur, nous communiquent leur amour insatiable de Jésus, de Marie et du Très Saint Rosaire de Notre-Dame, pour notre sanctification, celle de l’Eglise et du monde.

Bernard BALAYN

Notes:
1) et 2) Cf. Marie, première Eglise. Card. Ratzinger et Urs von Balthasar. Mediaspaul, 1987.
3) et 4) Cf. nos articles sur Ste Jeanne d’Arc dans Stella Maris, n° 381, et Lépante, n° 374.
5) Cf. notre livre: «Fatima, message extraordinaire pour notre temps», disponible aux Editions du Parvis
6) Cf. notre livre: «Jean Paul II le Grand, prophète du IIIe millénaire», disponible aux Editions du Parvis
7) Cf. notre livre: «Les bergers de l’aurore», disponible aux Editions du Parvis
Une suggestive cassette audio de l’auteur: «La puissance du Rosaire dans les batailles de Dieu», est disponible à nos bureaux.


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