Mgr Georges Habib Hafouri, Archev. Syrien Catholique

Jésus et la femme dans l’Evangile 1

1. Jésus et la Vierge Marie

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La première de ces femmes privilégiées dans l’Evangile est sans doute la Vierge Marie. L’histoire du salut de l’humanité se partage en deux périodes: l’Ancien et le Nouveau Testament. Cette terminologie signifie, dans le sens religieux:
a) alliance de Dieu avec son peuple élu,
b) son alliance avec l’Eglise.
L’Ancien Testament com-prend les livres saints antérieurs à Jésus-Christ; le Nouveau Testament, les livres postérieurs à Jésus-Christ.
A suivre les saints Evangiles, le Nouveau Testament débute chronologiquement avec la première relation de Jésus avec les hommes, càd, évangéliquement, avec l’Annonce faite à Marie par l’archange Gabriel. C’est pourquoi, dans la série de nos articles, nous parlons tout
d’abord de la mission de l’archange auprès de Marie, jeune fille de Nazareth de Palestine.
Dans les prières de notre Grand Bréviaire2, il est dit que: dès le commencement, Dieu a élu Marie comme créature prodige (GB, II, 326). A conclure qu’avant sa conception dans le sein d’Anne sa mère, Dieu décida sa préservation de toute souillure, donc du péché originel. Saint Ephrem le Syrien, Docteur de l’Eglise Universelle, le clame à pleine gorge: «Mes os, dit-il, mes os crient du tombeau: en toi Jésus il n’existe aucune souillure, et dans Marie ta mère, il n’existe aucune souillure.» Avec nos autres pères nous chantons dans nos offices: «Quand vint le temps pour que la vieille Anne conçoive Marie sa fille, le Très-Haut ordonna à ses anges de lier le démon avec des chaînes de fer pour l’empêcher de toucher à la fille qu’il a élue mère de son Fils unique…».
Et chez Ephrem, notre bien-aimé père et docteur, la description de l’Annonciation est de toute beauté. «Dieu, dit-il, appela Gabriel son ambassadeur dans un lieu caché et lui chuchota à l’oreille: Mon Fils descendra sur terre. Va donc chez la jeune Marie de Nazareth et prépare-lui une demeure en elle… Présente-toi comme un vieillard aux cheveux blancs pour qu’elle n’aie pas peur de ta jeunesse. Et surtout ne va pas lier sa langue comme pour Zacharie. Si elle t’interroge: Comment cela se fera-t-il? réponds avec mansuétude: l’Esprit-Saint viendra en toi et la puissance du Très-Haut te couvrira…» (GB, II, p. 95). Et nos autres pères d’ajouter: «Par l’oreille le Verbe entra dans le sein de Marie. Et dès qu’elle a dit à l’ange «qu’il me soit fait selon ta parole», elle conçut aussitôt Jésus; c’est pourquoi, lors de sa visite hâtive à sa vieille parente Elisabeth, enceinte elle aussi de Jean le Précurseur, «celle-ci, écrit saint Luc, fut remplie d’Esprit-Saint et poussa un grand cri et dit: Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur? (Luc 1:43).
Et le divin Enfant grandit sous le toit de Joseph et Marie ses parents, leur obéissant en toutes choses. A 12 ans, une infraction survint: chaque année, l’Enfant accompagnait ses parents au temple de Jérusalem pour la fête de la Pâque. Au retour de leur pèlerinage, ils remarquèrent que Jésus n’était pas avec eux ni avec leurs proches. Alarmés, ils revinrent le chercher en ville. Trois jours après, ils le trouvent au temple au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Grandement émue, sa maman lui dit: mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois, ton père et moi, nous te cherchions angoissés» (Luc 2: 41-50).
Après son baptême dans les eaux du Jourdain, Jésus vint en Galilée. A Cana. les gens étaient en fête pour un mariage. En Orient, le mariage, surtout dans un village, est un événement; aux grandes joies prennent part tous les habitants du lieu et parfois quelques une des alentours. Marie était là, peut-être depuis plusieurs jours, pour aider aux préparatifs à titre de parente ou de voisine. Apprenant que Jésus, accompagné de cinq disciples nouvellement choisis, passait dans leur village, les futurs mariés se firent un point d’honneur de l’inviter avec son groupe. Durant les noces, le vin fut épuisé, peut-être à cause des nouveaux invités imprévus. Marie, pour avoir pris part aux préparatifs de la fête, se rendit compte la première de la situation. Elle chuchota à l’oreille de son Fils: «Ils n’ont plus de vin.» Jésus lui dit: «Que me veux-tu, femme? Mon heure n’est pas encore arrivée.» Malgré cette réponse qui semble un refus, nous sommes surpris d’entendre la Vierge dire aux servants «Faites tout ce qu’il vous dira.» Et l’eau qui a débordé des sept jarres de pierre fut changée en un vin délicieux. Mode sublime dans l’intercession de Marie, et réponse généreuse, quoique avant le temps, de Jésus son Fils! (Jean 2: 1-11).
Au sommet du Golgotha. c’est le sommet de l’amour de Jésus pour Marie sa mère, et le sommet de l’amour de la mère pour le Christ son Fils. Depuis que Jésus a quitté sa petite maison de Nazareth pour son ministère, sa maman est à son service en compagnie de quelques autres saintes femmes. Elle le suit sur le chemin de croix, et, divinement soutenue, elle assiste à sa passion. Elle le voit tomber trois fois sous sa lourde croix, elle entend les coups de fouet des soldats romains, et les coups bien plus douloureux des railleries et des blasphèmes de ses ennemis. Hissé palpitant sur la croix, Jésus regarde sa mère, et, à travers ses chaudes larmes, Marie sa mère le regarde. Les yeux se croisent! Quel spectacle déchirant pour la mère et pour le Fils en agonie! Près de la croix, écrit saint Jean, se tenait sa mère, et avec elle, Marie femme de Clopas et Marie-Madeleine. Voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère: «Femme, voici ton fils.» Puis il dit au disciple: «Voici ta mère.» (Jean 19:25)
Dans le contexte scripturaire et le caractère singulier de l’appellation «Femme» l’Eglise voit un acte qui dépasse la simple piété filiale: la proclamation de la maternité spirituelle de Marie nouvelle Eve, à l’égard des croyants représentés par le disciple bien-aimé3. Jésus est le Rédempteur, et Marie est la Corédemptrice. Dans l’un de ses discours, Paul VI a déclaré: «Quello che non e mariano, non puo essere cristiano.» La Rédemption est donc œuvre de Dieu et de la Femme4. C’est pourquoi, dans son magnifique cantique appelé le «Magnificat», Marie dit: «Mon âme exalte le Seigneur, parce que désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses…» (Luc 1: 46)
Et ces grandes choses faites à Marie sur terre, son Fils les continuera avec toute leur perfection et leur plénitude, par l’apothéose inexprimable de sa réception au ciel, et par son couronnement reine de la terre et du ciel.

Mgr Georges Habib Hafouri Archev. Syrien Catholique

Notes
1) Nous publierons sous ce titre «Jésus et la Femme» divers articles relatant des souvenirs de femmes qui ont eu le bonheur de voir le Christ, de bénéficier de sa compagnie, de son enseignement ou de ses miracles. Nos souvenirs et commentaires nous les recueillons dans les saints Evangiles et dans les œuvres des Pères et Docteurs de notre Eglise Syrienne d’Antioche.
2) Pour ses prières liturgiques,
l’Eglise Syrienne d’Antioche a deux recueils principaux: a) Le Grand Bréviaire, appelé «Fanquit». C’est le bréviaire Festival qui compte sept volumes. b) et le Petit Bréviaire Férial, pour les jours ordinaires de la semaine. Le Petit Bréviaire s’appelle en langue syro-araméenne «Schehim» qui signifie: simple ou ordinaire. Le Grand Bréviaire est désigné par les lettres «PB Il, et le Petit Bréviaire par les lettres «PB».
3) Cfr: La Bible de Jérusalem, Editions du Cerf, 1978, P-1560.
4) Cfr notre article: «Marie dans l’antique liturgie Syrienne d’Antioche» dans la revue Stella Maris, Septembre 1989, No 241.


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