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A loccasion du XXe anniversaire de lExhortation «Familiaris consortio» et de la rencontre des familles sur la Place Saint-Pierre, le 20 octobre 2001, le Saint-Père a prononcé un discours dont voici lessentiel:
Chères familles qui êtes venues à Rome pour confirmer votre foi et votre vocation, je vous salue une par une, en vous serrant contre moi dans une profonde étreinte
Jaccueille chacun avec une grande affection sur cette Place, cur de lEglise universelle. Elle se transforme ce soir, grâce à la présence joyeuse de tant de familles chrétiennes, en une grande Eglise domestique. Je vous remercie de votre accueil chaleureux et de la joie que vous me donnez en me sentant, à mon tour, accueilli dans votre cur.
Dieu croit fermement dans la famille
Pour cette rencontre, vous avez choisi le thème suivant: «Croire dans la famille, cest construire lavenir». Il sagit dun thème exigeant qui nous invite à réfléchir sur la vérité de la famille et, dans le même temps, sur son rôle pour lavenir de lhumanité. Certaines questions peuvent nous guider dans cette réflexion:
«Pourquoi croire dans la famille?». Ainsi que: «Dans quelle famille croire?». Et enfin: «Qui doit croire en la famille?».
Pour répondre à la première question, nous devons partir dune vérité originelle et fondamentale: Dieu croit fermement dans la famille. Depuis le début, depuis le «principe», en créant lêtre humain à son image et ressemblance, homme et femme, il a voulu placer au centre de son projet la réalité de lamour entre lhomme et la femme (cf. Gn 1, 27). Toute lhistoire du salut est un dialogue passionné entre le Dieu fidèle, que les prophètes décrivent souvent comme le fiancé et lépoux, et la communauté élue, lépouse, souvent tentée par linfidélité, mais toujours. attendue, recherchée et à nouveau aimée par son Seigneur (cf. Is 62, 4-5; Os 1-3). La confiance que le Père nourrit envers la famille est tellement profonde que cest aussi en pensant à elle quil a envoyé son Fils, lEpoux, venu racheter son épouse, lEglise, et en elle chaque homme et chaque famille (cf. Lettre aux familles, n. 18).
Oui, chères familles, «lEpoux est avec vous!». De cette présence, accueillie et partagée, naît cette force sacramentelle particulière et extraordinaire qui transforme votre union intime de vie en signe efficace de lamour entre le Christ et lEglise, et qui vous transforme en sujets responsables, acteurs de la vie ecclésiale et sociale.
Le fait que Dieu ait placé la famille comme fondement de la coexistence humaine et comme paradigme de la vie ecclésiale, exige de la part de tous une réponse décisive et convaincue. Dans Familiaris consortio, dont cest le vingtième anniversaire, je disais: «Famille, deviens ce que tu es» (cf. n. 17). Jajoute aujourdhui, «Famille, crois en ce que tu es»; crois dans ta vocation qui est dêtre un signe lumineux de lamour de Dieu.Cette rencontre nous permet de rendre grâce à Dieu pour les dons accordés à son Eglise et aux familles qui, au cours de ces années, ont précieusement recueilli les enseignements conciliaires et ceux contenus dans Familiaris consortio.
Sauvegarder la famille fondée sur le mariage
La deuxième interrogation nous invite à réfléchir sur un aspect dune grande actualité, car aujourdhui, lon enregistre autour de lidée de famille des opinions extrêmement différentes, qui laissent penser quil nexiste plus aucun critère la qualifiant et la définissant. A côté de la dimension religieuse de la famille, il existe également sa dimension sociale. La valeur et le rôle de la famille sont tout aussi évidents de cet autre point de vue. Aujourdhui, malheureusement, nous assistons à la diffusion de points de vue déformés et plus que jamais dangereux, alimentés par des idéologies relativistes, diffusés de façon envahissante par les médias. En réalité, pour le bien de lEtat et de la société, il est dune importance fondamentale de sauvegarder la famille fondée sur le mariage, entendu comme un acte qui ratifie lengagement réciproque exprimé et réglementé publiquement, la responsabilité à légard du conjoint et des enfants, la garantie des droits et des devoirs comme noyau social primordial sur lequel se fonde la vie de la nation.
Si lon nest pas convaincu que lon ne peut, en aucune façon, assimiler la famille fondée sur le mariage à dautres formes de regroupement affectif, cest la structure sociale elle-même et son fondement juridique qui sont menacés. Le développement harmonieux et le progrès dun peuple dépendent dans une large mesure de sa capacité dinvestir dans la famille, en garantissant au niveau législatif, social et culturel, la réalisation pleine et effective de ses fonctions et de ses tâches.
Chères familles, dans un système démocratique, il devient fondamental de laisser la parole aux raisons qui motivent la défense de la famille fondée sur le mariage. Celle-ci est la principale source despérance pour lavenir de lhumanité, comme cela est bien exprimé dans la deuxième partie du thème choisi pour cette rencontre. Notre espérance est donc que des individus, des communautés et des sujets sociaux croient toujours davantage dans la famille fondée sur le mariage, lieu damour et de solidarité authentique.
Que tous croient dans la famille et dabord les conjoints
En réalité, afin de regarder lavenir avec confiance, il est nécessaire que tous croient dans la famille, en assumant les responsabilités correspondant à leur propre rôle. Nous répondons ainsi à la troisième question, dont nous sommes partis: «Qui doit croire en la famille?» Je voudrais tout dabord souligner que les premiers garants du bien de la famille sont les conjoints eux-mêmes, que ce soit en vivant de façon responsable, chaque jour, les engagements, les joies et les difficultés, ou bien en laissant la parole, à travers des formes associatives et des initiatives culturelles, à des instances sociales et législatives en mesure de soutenir la vie familiale.
Une responsabilité particulière pèse sur les hommes politiques et sur les gouvernants, à qui il revient dappliquer la norme constitutionnelle et de percevoir les exigences les plus authentiques de la population composée en très grande majorité de familles, qui ont fondé leur union sur le lien du mariage. On attend donc à juste titre des interventions législatives centrées sur la dignité de la personne humaine et sur lapplication correcte du principe de subsidiarité entre lEtat et la famille; des interventions en mesure de permettre de résoudre des questions importantes, et sous de nombreux aspects décisives pour lavenir du pays.
Liberté de choix pour le système scolaire et éducatif
Il est en particulier important et urgent de réaliser pleinement un système scolaire et éducatif ayant son centre dans la famille et dans sa liberté de choix. Il ne sagit pas, comme certains laffirment de façon erronée, denlever quelque chose à lécole publique pour le donner à lécole privée, mais plutôt de surmonter une injustice substantielle qui pénalise toutes les familles, empêchant que se manifeste une liberté dinitiative et de choix effective. Ceux qui désirent exercer le droit fondamental dorienter léducation de leurs enfants, en choisissant des écoles qui offrent un service public tout en nappartenant pas à lEtat, doivent ainsi faire face à des charges supplémentaires.
Il est également souhaitable deffectuer un saut qualitatif décisif dans la programmation des politiques sociales, qui devraient toujours davantage prendre en compte le caractère central de la famille, pour répondre à ses nécessités en effectuant des choix dans le domaine de la planification du logement, de lorganisation du travail, de la détermination du salaire et des critères dimposition. Une attention particulière doit également être réservée à la préoccupation légitime de nombreuses familles, qui dénoncent une dégradation croissante des moyens de communication qui, en véhiculant des scènes de violence, des banalités et de la pornographie, se révèlent toujours moins attentifs à la présence des mineurs et à leurs droits. Les familles ne peuvent pas être abandonnées à elles-mêmes par les institutions et par les forces sociales, dans leffort de garantir à leurs enfants des milieux de vie sains, positifs et riches de valeurs humaines et religieuses.
Chères familles, en affrontant ces grands défis ne vous découragez pas et ne vous sentez pas seules: le Seigneur croit en vous; lEglise marche avec vous; les hommes de bonne volonté vous regardent avec confiance!
Vous êtes appelées à être les acteurs de lavenir de lhumanité, en modelant le visage de ce nouveau millénaire. Dans cette tâche, que vous assiste et que vous guide la Vierge Marie, notre Mère, ici présente parmi nous à travers lune de ses images particulièrement vénérée. Je confie à la Madone de Lorette, Reine de la Famille, qui dans la maison de Nazareth, avec son époux Joseph, a fait lexpérience des joies et des épreuves de la vie familiale, chacune de vos espérances, en invoquant sa protection céleste. Très chers époux, que le Seigneur vous confirme dans lengagement pris à travers les promesses du mariage le jour de vos noces. Le Pape et lEglise prient pour vous. Je vous bénis de grand cur, ainsi que vos enfants.
Sc: ORLF n° 44,
30 octobre 2002, p. 4.
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