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«Dieu est amour.» Cette prodigieuse réalité na été révélée aux hommes que par Jésus. Et cest au Golgotha, à travers le Cur transpercé, que cette réalité est devenue évidence. Le Golgotha suivi de la Résurrection.
Désormais tout est clair. La méditation de la première page de la Bible sillumine comme un splendide paysage à laurore: «Dieu créa lhomme à son image et à sa ressemblance.» (Gen 1, 26-27)
Par conséquent, à limage de Dieu, lhomme est amour. Cependant, en le créant, Dieu lui a fait un don royal et périlleux: celui de la liberté. Quaurait servi au Seigneur davoir produit un automate? La liberté est lexigence première de lamour; celui-ci na de prix que sil est choisi. Et le choix implique son rejet. Aussi, lamour nest-il présent dans le cur de lhomme que sous forme de germe. Sil choisit lamour, le germe se déploie et finit par remplir le cur de sa splendeur. Sil le refuse, personne ni même Dieu ne peut le contraindre à aimer.
Voilà pour ce qui est de la relation entre le Créateur et ses créatures.
Seconde révélation de Jésus
Il en est de même de la relation entre un homme et une femme. Le choix de la bien-aimée du bien-aimé est lacte le plus essentiel, le plus divin de la vie humaine, car de lui jaillit une nouvelle icône de Jésus. Le couple devient créateur avec le Créateur.
Le couple idéal, cest Adam et Eve avant la chute. Hélas, le Serpent sest glissé dans le Jardin dEden! Il a tenté Eve et Adam. Cest ainsi que le péché a souillé lamour humain. Malgré cela Dieu a continué à aimer sa créature. Pourquoi? Encore une révélation capitale de Jésus: Dieu na pas rejeté sa créature, parce quil est Père. Un Père infiniment bon et miséricordieux. Etant ce quil est, cest-à-dire Amour, il ne pouvait pas ne pas continuer à aimer lêtre sorti de ses mains, engendré par son Cur.
Nous tous qui sommes maculés par le péché, défigurés par la chute du couple initial, nos premiers parents, nous continuons à être aimés par le Père tout-puissant. Tout écorchés, mutilés par le péché que nous sommes, nous pouvons, si nous le voulons, nous blottir contre son Cur de Père aimant, dun Père éperdument amoureux de ses enfants, dès lors quavec leurs blessures infligées par le péché, ils savancent vers Lui, assoiffés de Son amour, murmurant avec la petite sainte Thérèse: «Mon ciel est de sentir en moi la ressemblance du Dieu qui me créa de son souffle puissant; mon ciel est de rester toujours en sa présence, de lappeler mon Père et dêtre son enfant.»
Sexualité et loi divine
Que dit, aujourdhui, lEglise de lamour humain? En 1984, la Congrégation pour lEducation catholique a publié une «Instruction», dans laquelle elle souligne la sexualité de lamour entre un homme et une femme: «La sexualité doit être orientée, élevée et intégrée par lamour qui, seul, la rend vraiment humaine. Préparée par le développement biologique et psychique, elle croît harmonieusement et elle ne se réalise en plénitude que par la conquête de la maturité affective; celle-ci se manifeste dans lamour désintéressé et dans le don total de soi-même.» (No 6)
La sexualité se traduit par lattirance irrésistible de la femme vers lhomme et de lhomme vers la femme. La sexualité est bonne, étant luvre de Dieu. Cette attirance implique, pour lEglise, un engagement durable.
LEglise doit sans cesse rappeler la loi divine de lindissolubilité du mariage; elle doit le faire sans la moindre concession à lesprit du monde. Un mariage est indissoluble quand il a été conclu sans contrainte. Le libre consentement constitue le mariage. A partir de là, les deux époux ne forment plus qu«une seule chair», comme le révèle déjà la Genèse (2, 24) et comme Jésus le rappelle avec force à des pharisiens qui essayaient de lui tendre un piège. (Mc 10,8). «Que lhomme ne sépare pas ce que Dieu a uni», ajoute-t-il (Mt 19,6).
Le mariage, un sacrement
Limportance du mariage est telle que le Christ la constitué en sacrement; en effet, lEglise professe que les sacrements de la Loi nouvelle ont tous été institués par le Christ lui-même. «Les sacrements sont un chef-duvre de Dieu dans la nouvelle et éternelle alliance.» (Catéchisme cath. 1116).
Cest pour cette raison que le mariage, comme les autres sacrements, est un acte liturgique célébré dans une liturgie publique. Il est un état de vie dans lEglise; il crée des droits et des devoirs au sein même de lEglise, entre les époux et envers les enfants.
Et le mariage a pour moteur lamour, reflet de lamour de Dieu. Un amour chanté merveilleusement dans le Cantique des Cantiques, un feu que les «torrents deau ne peuvent éteindre».
Quand Jésus a enseigné lindissolubilité du lien matrimonial, ses disciples ont accueilli ses paroles comme une exigence irréalisable (voir Mt 19,10). Aussi donne-t-il la force et la grâce pour vivre le mariage, tel quil est voulu par Dieu; ainsi ce sacrement est-il un élément constitutif essentiel du Règne de Dieu sur terre.
Dans cette perspective, aimer le conjoint, cest laider à se constituer, à déployer son être et à faciliter son devenir. «Cela pourrait sembler contradictoire, écrit Jean Paul II dans sa Lettre aux familles, mais ce nest nullement une contradiction. Cest plutôt le grand et merveilleux paradoxe de lexistence humaine: une existence appelée à servir la vérité dans lamour. Lamour amène lhomme à servir la vérité dans lamour. Lamour amène lhomme à se réaliser par le don désintéressé de lui-même.»
Relation sexuelle: de lanimalité à lamour
La relation sexuelle peut être la meilleure ou la pire des relations entre lhomme et la femme. Cest la meilleure quand elle vise la procréation dun nouvel être immortel créé à limage de Dieu. Cest la pire quand elle se borne à assouvir la pulsion dun instinct primordial; en cela, lautre devient un objet, il ou elle est chosifié. LEglise, Corps éternellement jeune, car elle est le Corps du Christ, a une vision haute et belle de lunion sexuelle. Celle-ci ne prend son sens que dans une relation définitive entre un homme et une femme, relation consacrée par le sacrement du mariage. La «Lettre dOrientations éducatives sur lamour humain» de la Congrégation pour lEducation catholique éclaire les contours de cette relation dès lors quelle sinsère dans le plan divin: «Les relations sexuelles en dehors du mariage constituent un désordre grave, car elles sont une expression réservée à une réalité qui nexiste pas ou pas encore, elles sont un langage qui ne se vérifie pas dans la réalité de la vie de deux personnes qui nont pas ou pas encore constitué une communauté définitive avec la reconnaissance et la garantie nécessaires de la société civile et, pour les conjoints catholiques, de la société religieuse» (No 95).
La communauté conjugale catholique indissoluble est-elle autre chose que le reflet de la Communion damour de la Sainte Trinité? Celle-ci est un lien durable qui unit le Père, source de la Trinité, et le Fils dans le Saint-Esprit. Et ce lien daltérité est au cur même du Dieu trinitaire; lAmour qui sy échange est lamour caritas, lamour-charité.
Au plan de la vie humaine, lamour entre lhomme et la femme constitue chacun des deux comme personne, reconnaissant la singularité de lautre, son espace et sa subjectivité. Chacun est renvoyé à lautre, il na plus sa fin en lui-même, car avec le conjoint, il peut faire jaillir une nouvelle vie, devenu ainsi créatrice avec Dieu.
Vision divine lente à se faire réalité vécue
Si lon connaît bien lhistoire lon se rend compte que le mariage chrétien a été la source principale de la civilisation et du progrès humain. Cest lEvangile qui a été le facteur déterminant, le Christ étant à la fois continuation et rupture entre lancien et le nouveau. Continuation dans la mise en uvre du plan de Dieu et rupture avec des lois fabriquées par les hommes.
Dès les premiers siècles, ce sont des couples chrétiens qui ont voulu se marier librement et par amour.
Le mariage chrétien a toujours impliqué le libre choix des partenaires, leur consentement mutuel, légalité de dignité entre lhomme et la femme, lexigence de la fidélité.
Mais là comme partout, là surtout, «le Prince de ce monde, meurtrier de lêtre humain depuis le commencement» (Jn 8,44), sest acharné à saccager lordre divin. On pourrait en donner des exemples. En voici deux:
Le premier porte sur le refus par la France du Décret du Concile de Trente sur le mariage. Le second concerne la vision réductrice au sein de lEglise sur la relation sexuelle dans le mariage.
Le Concile de Trente réaffirmait la liberté totale du consentement de la femme autant que de lhomme concernant le lien définitif impliqué par le sacrement du mariage. Or, au XVIe siècle la société française vivait sous une loi non écrite concernant le mariage: seuls les parents en décident. Encore en 1730, une ordonnance royale assimilait le mariage sans laccord des parents à «un rapt par séduction». Et un tel mariage était passible des tribunaux.
La conception que lon avait très largement au sein de lEglise, encore au long de la première moitié du XXe siècle, de lunion sexuelle des époux, était réductrice, indigne de luvre du Créateur. La relation sexuelle était considérée comme une concession au mal, au péché, dans lhomme. Aussi nétait-elle permise quen vue de la procréation. Elle était interdite en dehors de ce but. Et quantité de prêtres parmi les meilleurs se faisaient les âpres défenseurs de cette interdiction, qui a éloigné bien des couples de lEglise, ou du moins les hommes au sein des couples. Que de dégâts ont été causés par cette aberration!
Jai en mémoire un homme très attachant, bon chrétien et père de famille, dont lépouse, très pieuse, était sous linfluence dun prêtre rigoriste un saint homme par ailleurs qui lui interdisait tout rapport sexuel en dehors du désir de procréation. Le drame éclata après la ménopause. Elle refusa tout rapport. Résultat: le mari se mit à boire pour noyer son chagrin. Il finit par être une loque, lui qui auparavant irradiait le bonheur et loptimisme.
La sexualité a, bien entendu, comme premier but la procréation. Dans le mariage, elle a aussi un but second, qui est le maintien de lharmonie au sein du couple; elle est lexpression concrète de lattrait entre les deux sexes qui, à son sommet de félicité, cherche à réaliser la fusion des êtres. Et elle touche à chaque fois à ce but un court instant, sans latteindre dans une durable étreinte.
Cest ce but secondaire de maintien de lharmonie dans le couple qui na été compris que sur le tard. Et cest à un prophète de lamour conjugal quétait réservée la découverte de la plénitude de luvre du créateur qui, en créant lhomme à son image, les a «créés homme et femme». (Gn 1,27) Ce prophète: le Père Henri Caffarel. Un incomparable maître spirituel! Fondateur des Equipes Notre-Dame, en 1938, il les a constituées, explicitement, en mouvement de spiritualité conjugale et familiale en 1947. Labbé Caffarel a publié une revue magnifique: «LAnneau dOr», dans laquelle mon épouse et moi-même nous avons puisé la vision globale et optimiste du lien sacré qui nous unit. Encore aujourdhui, il marrive souvent, en observant en contemplant mon épouse dans ses activités quotidiennes, de me dire: «Je suis lié à cette femme, et à nulle autre, par un sacrement.» Ce mot vient du latin sacramentum qui traduit le mot grec mysterion, signifiant une réalité inaccessible, mais dont nous pouvons saisir quelques lueurs. Le sacrement du mariage est, comme tout sacrement, «un signe et un moyen dopérer lunion intime avec Dieu». (Lumen Gentium,
Vatican II) A travers lunion
intime avec lépouse, lépoux comprend et facilite son union intime avec Dieu!
Corps, Cur et Esprit
Jean Paul II, le pape des grandes et éclairantes synthèses, sest appliqué dès le début de son pontificat à déployer, dans ses catéchèses du mercredi, une spiritualité du corps humain intégrant pleinement la sexualité. Son but, cest denseigner aux époux «à mieux vivre en leur corps» selon lidéal évangélique. Saint Paul nous enseigne, ce que dit déjà le magnifique chapitre 5 de lEvangile selon saint Matthieu, que la pureté évangélique nest ni mépris du corps, ni refus de la sexualité. A la lumière de lamour, la sexualité permet à lhomme et à la femme dassumer pleinement leur corps; ainsi deviendra-t-il langage de deux curs qui soffrent lun à lautre conformément aux appels de lEsprit, qui rappelle sans cesse à la conscience les buts premiers du Créateur.
La communauté homme-femme dans le mariage est un symbole de lalliance damour entre Dieu et les hommes. Cest en Jésus-Christ que cette alliance trouve son achèvement définitif. Cest par conséquent toute la bonne nouvelle de lamour de Dieu pour les hommes que le mariage chrétien signifie et dont il témoigne.
Dans son Exhortation Apostolique Familiaris Consortio du 22 novembre 1981, le pape parle de la famille chrétienne dans le monde daujourdhui. Ses propos, qui datent donc dil y a une bonne vingtaine dannées, sont toujours dactualité, car la société dans laquelle nous vivons est de plus en plus paganisée; et dans cette société, les valeurs chrétiennes sont à contre-courant. La sexualité païenne est débridée; le partenaires est réduit à un organe dont lunique fonction est de satisfaire une pulsion. Le lien entre partenaire est soumis aux aléas des événements, des humeurs, des circonstances; il est fragile et remplaçable. Nulle référence à Dieu, nul souci du divin dans une union conclue dans lesprit de ce monde. Ce genre de couple est replié sur lui-même. Létonnant, cest que certains réussissent à le faire durer. La progression alarmante des divorces, dont les enfants, sil y en a, sont les victimes innocentes, témoigne dramatiquement de la fragilité du lien conjugal, sil est noué dans une perspective purement terrestre et humaine.
LEglise garante de lamour humain
Dès lorigine, lEglise a enseigné la grandeur de lunion conjugale. Saint Paul est allé jusquà se servir de celle-ci comme image symbolique de lunion du Christ et de son Eglise. Lapôtre a eu laudace davoir recours à cette comparaison symbolique; cela témoigne de la grandeur du mariage chrétien. Une telle union nexiste que par lamour, qui est dessence divine, et pour son déploiement vers un sommet doù jaillit une vie nouvelle. De même lEglise nexiste que par lamour du Christ et pour lui; elle est, en lui, jaillissement perpétuel de vie nouvelle.
Il faut relire avec une justesse qui mène à lémerveillement, le passage de la Lettre aux Ephésiens qui traite de lamour conjugal (Eph 5, 22-33). Ce merveilleux texte dont on ne saurait dissocier aucune partie est devenu obstacle pour certains à cause du verbe «soumettre» appliqué à lépouse. A quelle sorte dépoux doit-elle être soumise? Non pas à un époux tyran, dominateur et égoïste, mais uniquement à lépoux qui aime son épouse comme le Christ aime son Eglise. Un tel époux a pour elle un amour total qui est tendresse, prévenance, respect, extrême délicatesse des sentiments. Et un tel époux doit être prêt à sacrifier sa vie pour son épouse, comme le Christ la fait pour son Eglise. La soumission de lépouse exige la soumission de lépoux à ces exigences qui sont de lordre du divin.
Ainsi le mariage nest pas seulement de lordre de la nature, il est, en soi, encore une fois, un «grand mystère», cest-à-dire quil participe de la Sagesse cachée de Dieu et révélée par Jésus-Christ, et en lui. On ne saurait aller plus loin dans une comparaison par analogie quen prenant pour exemple les liens qui unissent le Christ et son Eglise. Le Christ est la vie même de lEglise. Il en est de même de lhomme et de la femme qui décident de sunir devant Dieu et devant les hommes. Ce lien qui transcende la faiblesse humaine est fort de la puissance de Dieu. Avec lapôtre, les époux peuvent dire: «lorsque je suis faible, cest alors que je suis fort» (2Cor 12,10). Faible de ma faiblesse humaine, et fort de la puissance de Dieu qui agit en moi, en nous époux et épouse. Cest avec la force de Dieu et non pas sa propre force que le couple chrétien surmonte les inévitables épreuves qui lassaillent.
Trésors accumulés au long des siècles
Vous qui êtes mariés, depuis peu ou depuis de longues années, et qui lisez ces propos, avez-vous conscience de votre pauvre faiblesse humaine et aussi de la force de Dieu qui réside en vous? Faites-vous appel à la puissance divine chaque fois que vous êtes exposés au danger de votre faiblesse? Portez-vous lun sur lautre le regard de tendresse, de dévouement, doubli de soi qui seul fait grandir votre amour? Car cest alors que, faible de nature, vous êtes fort de la force de Dieu. Par grâce et non pas par mérite.
Un dernier mot: le choix du conjoint est la décision la plus importante de la vie. Il en conditionne la qualité. Le mariage chrétien nest épanouissant quau cas où mari et femme partagent la même foi, car dans le couple, on doit pouvoir tout partager, et surtout lessentiel qui est la foi. Une réalité qui par ailleurs devient de plus en plus essentielle à mesure que le temps passe. Je serai toujours reconnaissant à ma mère qui na cessé de répéter cette vérité première, au long des années qui ont précédé mon mariage. Mon choix a été dicté par ce critère capital. Imitez cet exemple si vous avez des enfants à lapproche du mariage. Ainsi ne seront-ils pas livrés à la fragilité de la nature humaine. Cette fragilité sera enrobée dans la puissance divine; elle sera invincible.
En ce qui concerne le mariage, nous vivons à une époque de plénitude. Très
lentement, au rythme des siècles, se sont constitués une liturgie du mariage, un droit canonique du mariage, une théologie du sacrement de mariage et, plus récemment, une spiritualité du mariage intégrant la sexualité.
Les membres de lEglise daujourdhui font partie de la troisième génération qui bénéficie de ces trésors. Quils en prennent conscience! Et répandons cette bonne nouvelle autour de nous. Nous sommes riches, la plupart du temps sans le savoir, de la richesse accumulée au long des siècles.
Enfin réservons, dans nos prières, une place pour ceux et celles qui sont engagés dans le sacrement du mariage indissoluble, source de bonheur, de paix et de joie dans le Christ.
«Renouvelle chaque jour, Seigneur, le regard que les époux se portent mutuellement, de sorte que leur amour ne cesse de croître. Fais-leur prendre conscience des trésors dont ils disposent pour faire de leur vie un chemin de lumière, toi qui es la Lumière du monde.»
Note:
1. Jean Paul II, «Le Corps, le Cur et lEsprit» (Ed. Cerf 1984) - épuisé
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