Saint Pierre Fourier (1565-1640)

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Comme celle de tant d’autres témoins de la foi, la vie de saint Pierre Fourier est parsemée de ces «étincelles d’infini» qui interrogent les chercheurs d’absolu.
Qui est saint Pierre Fourier? Disons d’emblée qu’il est Lorrain «des pieds à la tête», courageux et fidèle, prudent et tenace, mesuré et hospitalier, un peu à l’image des paysages de son terroir. Né à Mirecourt en 1565 (bourgade appartenant aujourd’hui au département des Voges), curé durant plus de trente ans de la paroisse de Mattaincourt (localité voisine d’un millier d’habitants), il fonde avec Alix Le Clerc une congrégation religieuse ayant pour but l’éducation des enfants défavorisés. Préoccupé par le bien-être matériel, moral et spirituel de ses semblables, il jette les bases de ce qui deviendra par la suite le «Secours catholique», constitue une cour d’arbitrage pour parler au nom des «sans-voix», œuvre à l’application des décrets du Concile de Trente, écrit moult recommandations épistolières à destination de ses religieuses et surtout multiplie les catéchèses, les célébrations et les confessions, réveillant ainsi la foi d’une contrée réputée déchristianisée. Adroit en politique, farouchement opposé au rattachement de la Lorraine à la France, le «bon Père de Mattaincourt» est finalement contraint de s’exiler. Pourchassé par les soudards, haï par Richelieu, il trouve refuge en 1636 dans la petite ville de Gray, située en Franche-Comté. C’est là que quatre ans plus tard il rend son âme à Dieu.

Un modèle

Béatifié par Benoît XIII le 29 janvier 1730, canonisé par Léon XIII le 27 mai 1897, saint Pierre Fourier demeure pour les Lorrains ce que d’autres saints sont dans leur région: une sorte de vitrail par lequel passe la lumière de Dieu…
Impossible d’évoquer avec objectivité la mémoire de ce saint lorrain en faisant abstraction des manifestations surnaturelles qui sont venues émailler son existence. Voici quelques faits dont l’authenticité ne semble pas discutable.
Féru de patristique, mystique à la manière d’un saint François de Sales, Pierre Fourier lit dans les âmes, connaît des états extatiques lorsqu’il célèbre la Messe ou lorsqu’il prie. Durant ces moments, il lui arrive d’être comme transporté dans le monde céleste, transfiguré par ce Dieu qui l’envahit tellement que son corps en reflète l’indicible présence.
Humble, il n’aimait guère que ses paroissiens s’en aperçoivent. A aucun prix, il ne voulait attirer l’attention sur sa personne. Extases, mais aussi guérisons miraculeuses, souvent même à distance. Beaucoup de malades retrouvaient la santé par sa prière ou par l’intermédiaire d’objets lui ayant appartenu.

Les miracles qu’il fit

A l’article de la mort, un homme du village voisin fait appel à lui. Décidé à le secourir, le Père Fourier lui envoie une grappe de raisin. Aussitôt après l’avoir mangée, le mourant est délivré de son mal. Ces guérisons opérées par l’entremise d’un objet touché par le saint peuvent paraître surprenantes. Elles le sont moins si l’on prend en compte qu’elles existaient déjà au temps des Apôtres. J’en veux pour preuve ce verset des Actes des Apôtres: «Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, au point qu’on appliquait sur les malades des linges ou des mouchoirs qui avaient touché son corps, et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient.» (Ac 19, 12)
Esprits malins?… Justement, parlons-en, car l’exorcisme est une des facettes du pouvoir surnaturel du curé de Mattaincourt. Son charisme dans ce domaine était connu et les évêques faisaient souvent appel à lui pour dénouer des situations inextricables. L’évêque de Toul (dont dépendait la paroisse du Père Fourier) était de ceux-là. Confronté à un cas de possession dont fut victime une certaine dame de Ranfaing, celui-ci lui demande de bien vouloir l’assister dans l’église où doit se dérouler l’exorcisme. Pierre l’accepte. Mais aussitôt qu’il eut pris place dans le chœur, le démon l’invective: «Ô le beau saint que voilà! Pourquoi ne le mettez-vous pas dans une niche! Tu es maintenant sur une chaise de tapisserie, mais je te réponds que je t’en prépare une autre aux enfers, oui, au plus profond des enfers, puisque tu trompes ainsi les gens!» Tout le monde était consterné. Mais Fourier, sans se départir de son calme, lui répond simplement: «Oui, vraiment je le mérite!» A l’instant même, la possédée fut délivrée, le démon ne pouvant supporter pareille humilité.
Cependant, aussi surprenante que soit la faculté du «bon Père» de secourir ceux qui, dans leur chair ou dans leur âme, sont victimes du mal, il n’en reste pas moins vrai que les deux plus connus de ses miracles sont encore plus bouleversants. Succinctement en voici les récits:
Le 31 mai 1620, sortant de son presbytère, saint Pierre Fourier entend des cris d’enfants. Très vite, il comprend qu’une fillette est malencontreusement tombée dans le puits du village. En dépit de nombreuses tentatives, impossible de sauver l’enfant. Ce n’est que quelques heures plus tard que son corps est extirpé du puits. Hélas, trop tard! Son cœur a cessé de battre. Désespéré, le père de la fillette se jette aux pieds du Père Fourier en le suppliant de réaliser l’impossible. Abîmé dans sa prière, le saint se retire. Puis, contre toute attente, le miracle se produit. D’une manière incompréhensible, la fillette revient à la vie! Bénissant Dieu, le bon Père s’écrie: «Combien le Dieu d’Israël est bon pour ceux qui ont le cœur droit!»
Une cinquantaine d’années après la mort du saint, deux enfants de Toul de 4 et 6 ans, Jean-Baptiste et Nicolas, jouent auprès d’un chariot chargé de tonneaux contenant 8 mesures de vin. A un moment donné, les tonneaux se sont renversés sur les enfants qui ont été écrasés. La mort fut instantanée. Les parents ont retrouvé deux corps aux côtes enfoncées. Connue pour avoir une grande dévotion à l’égard de saint Pierre Fourier, la maman s’est mise à appliquer un bonnet de nuit ayant appartenu au saint sur la tête de ses enfants. Aussitôt, ceux-ci ont repris vie. A la stupéfaction
de tous, le lendemain, Jean-Baptiste et Nicolas étaient à l’école. Reconnu par l’autorité romaine, et représenté sur un vitrail de la basilique de Mattaincourt, ce double miracle fut l’élément déterminant qui devait valoir à Pierre Fourier d’être béatifié en 1730 par le pape Benoît XIII.
Qu’ajouter encore si ce n’est l’étonnante conservation du cœur du curé de Mattaincourt qui, depuis son décès en 1640, demeure intact dans un reliquaire de la basilique de Notre-Dame de Gray? Que dire de plus sinon que le Ciel n’est pas prisonnier de nos lois naturelles et qu’il peut, quand il veut, manifester à travers les hommes, des signes de sa présence…

Jean-Pierre Snyers

Bibliographie:
– A la rencontre de saint Pierre Fourier dans les Vosges, par Jean-Pierre Snyers, Ed. Hovine, 2001, disponible au Parvis, voir annonce p. 16;
– «Saint Pierre Fourier», par Marie-Claire Tihon, Ed. du Cerf, 1997;
– Saint Pierre Fourier, la Pastorale, l’Education, l’Europe chrétienne, par René Tavernaeaux, Ed. Messene, 1995;
– Saint Pierre Fourier en son temps, Presses Universitaires de Nancy, 1995;
– Saint Pierre Fourier, par Marie Plesder, Ed. Fleurus, 1965 (épuisé)


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