Révélation du secret de La Salette

Après le secret de Fatima, le secret de La Salette est enfin dévoilé!

=> STELLA MARIS 384 SOMMAIRE



Les Pères Michel Corteville et René Laurentin viennent de publier chez Fayard, «Découverte du secret de La Salette, au-delà des polémiques, la vérité sur l’apparition et ses voyants». Un livre passionnant!

L’unique apparition de La Salette à deux bergers des Alpes, Maximin et Mélanie (19 septembre 1846), fut la première reconnue du XIXe siècle. Elle eut un grand impact, mais à travers des conflits séculaires qui montèrent d’emblée jusqu’au Pape et à l’Empereur, et se sont multipliés jusqu’à ce jour, avec passions, interdits et polémiques sans fin, du fait qu’on discutait sans fondement sur l’inconnu, avec la même gratuité que sur le secret de Fatima avant sa révélation le 13 mai 2000. Le livre de Michel Corteville et R. Laurentin pose, éclaire, et résout en bon ordre les questions inextricablement discutées. Les documents nouveaux et adéquats publiés dans ce livre nous situent au-delà des confusions qui opposèrent une partie prédominante du clergé à de grands esprits, comme Claudel, Maritain et Massignon, défenseurs des voyants diffamés. La page est tournée.

Valeur du secret de La Salette

La découverte fondamentale de Michel Corteville, c’est le secret officiel. Il fut enregistré et scellé les 3 et 5 juillet 1851 par l’évêque de Grenoble, Mgr de Bruillard, et dépêché en mains propres au Pape Pie IX par une délégation exprès... bien avant le Chemin de fer Paris-Rome. Pie IX, ainsi personnellement saisi, encouragea Mgr de Bruillard à reconnaître l’apparition, et son successeur à la défendre contre un prêtre contestataire. Depuis lors, le secret avait disparu. Le meilleur spécialiste, le Père Stern, après de multiples investigations, n’avait pas abouti. Michel Corteville l’a retrouvé à Rome, où les archives se sont ouvertes, en septembre 1999.
Les rédactions ultérieures, faites «de bric et de broc» par les deux bergers de La Salette, étaient considérées par les «doctes» comme extrapolations subjectives. Or, les prétendues «extrapolations» figurent bien dans les rédactions premières et officielles (dont la netteté s’estompe au contraire dans les rédactions ultérieures): la chute de l’Empire: la perte de la foi en France vers «l’an 2000»; le «Pape» de l’avenir: que «personne n’attend» ; «on lui tirera dessus pour le mettre à mort, mais on ne lui pourra rien»: formulation plus exacte que le secret de Fatima, où le Pape est tué sur une montagne, parmi d’autres martyrs, par une troupe, alors qu’il fut seulement blessé par un tueur sur la Place Saint-Pierre.
Que penser des voyants?
Les deux voyants furent critiqués et méprisés: de minables paysans illettrés, incohérents, sans valeur humaine et spirituelle. On avait dit cela d’abord de «l’ignorante» Bernadette de Lourdes, mais elle fut réhabilitée et canonisée. Pour les deux bergers. de La Salette, au contraire, la critique n’a cessé de se durcir. Elle s’est armée de psychologie scientifique pour le centenaire de 1946: Mélanie est «hystérique» et instable: Maximin, l’incohérence même, concluait avec d’autres le Père Jaouen.
L’étude intégrale des documents les réhabilite. Ces deux bergers ont une remarquable culture paysanne. L’un et l’autre, sans formation scolaire, savent écrire avec une naïveté, une clarté, une frappe de style qui avaient conquis Claudel (longtemps boudé par l’Académie), autant que Maritain, Massignon, ou, plus tôt, Huysmans et Léon Bloy. Les deux voyants manifestent toute leur intelligence, leur bon sens populaire et leur cohérence quand ils témoignent de l’apparition, jusqu’à la fin de leur vie, vouée sans réserve à leur mission: «Faites-le passer à tout mon peuple».
Si leur vie paraît gyrovague, donc incohérente, ce n’est pas de leur faute. C’est qu’ils ont été chassés de leur pays natal, de leur milieu, sans autre repère ni attache que leur inexpérience et leurs amis. Le livre détaille tous ces avatars.
Maximin fut renvoyé du séminaire sur ordre de Mgr Ginoulhiac. Il échoua au grand Séminaire de Dax, où il hésitait à entrer dans le rang clérical; il se passionna pour la médecine à Paris, mais après deux ans d’études, un de ses professeurs l’arrêta en disant:
Vous êtes connu comme voyant; les clients viendront à vous comme voyant et non comme médecin. Ce serait malsain, voire malhonnête.
Ainsi rejeté de partout, il vécut entre charité et misère noire.

Pour Mélanie, l’exil fut plus radical. Malgré les problèmes de sa vie mystique («redimensionnement» bien décrit par Bergson, sévices du démon, stigmates, bien identifiés par les Sœurs qui avaient le sens spirituel), elle fut admise aux vœux dans leur communauté de la Providence, à l’unanimité. Mais Mgr Ginoulhiac récusa la décision.
Il envoya Mélanie prendre l’habit ailleurs, à Valence, mais sans vocation pour cet autre ordre estimable. Elle jeta des messages par-dessus le mur pour demander sa légitime libération (ce qui la fit taxer de capricieuse). L’évêque l’expédia alors à Dadington en Angleterre, où, malgré le problème de langue (qu’elle apprit), elle trouva vite de l’aide et même des vocations pour réaliser l’Ordre que la Vierge «lui demandait de fonder». Mais on interrompit ces contacts en l’introduisant dans la clôture du Carmel. Elle accepta finalement d’y faire ses vœux, mais avec une restriction mentale, car elle savait devoir rester disponible aux ordres de la Vierge, qui pouvait l’entraîner ailleurs, A partir de 1858, elle se sent effectivement appelée à témoigner, envoyant à Pie IX la rédaction complète du secret, En 1860, elle finit par jeter des messages par-dessus le mur pour obtenir sa libération…
A Marseille, ses aventures furent plus complexes, y compris un nouvel essai au Carmel, et deux années en Grèce, où les Sœurs de la Compassion l’envoyèrent pour secourir et transférer un orphelinat en perdition: mission réussie, malgré la langue. Au retour, elle enseigne chez les mêmes sœurs, jamais inactive, toujours serviable. Là, elle fait connaissance de Mgr Petagna, évêque italien qui devient son confesseur. Il l’invite en Italie, où elle trouve enfin compréhension, à partir de 1868. Dix ans plus tard, elle est reçue en audience privée par Léon XIII, qui veut la renvoyer à La Salette pour diffuser le message et fonder son Ordre. Mais, très lucide, elle l’avertit: «Je ne serai pas acceptée»: Mgr Fava, alors évêque de Grenoble, qui s’est rendu à Rome, a en effet d’autres projets. (Le livre édite le récit de l’audience.)
A défaut de fonder son Ordre en France, Mélanie sera recrutée en Sicile, d’abord par Giacomo Cusmano, puis par Annibale di Francia, aujourd’hui béatifiés. Ce dernier l’a déclarée cofondatrice de ses religieuses, qui se sont développées. Il fit son panégyrique à Altamura, établit sa tombe dans la chapelle de ses Sœurs, et souhaitait sa béatification.

Alors pourquoi cette élimination des deux voyants?

Mgr Ginoulhiac avait à résoudre un problème politique pour la paix de l’Eglise sous le régime de Napoléon III. L’Empire avait soutenu sa nomination d’évêque contre les réticences de Rome et le promut finalement Primat des Gaules à Lyon. Or le secret de La Salette annonçait la chute de l’Empire: «L’Aiglon déplumé».
Le seul moyen de tout arranger entre l’Eglise et l’Etat était de continuer le pèlerinage, comme le Pape y invitait, en larguant les voyants. La comtesse Pauline de Nicolaï (fausse mystique, dénoncée plus tard à Rome) intriguait alors à La Salette pour fonder un Ordre de religieuses au service du pèlerinage, à la place de Mélanie, qui proposait une règle de vie reçue de l’apparition. Elle dénonça son «illusion», ou «pire», et conclut:
«Sa mission a fini quand la vôtre commençait» (lettre du 1 juin 1854).
L’année suivante, le 19 septembre 1855 dans son homélie solennelle pour l’anniversaire de l’unique apparition, devant une foule de milliers de pèlerins, Mgr Ginoulhiac donna forme officielle et lapidaire à cette maxime:
La mission des bergers est finie, celle de l’Eglise commence.
Quantité de documents réhabilitent les deux voyants: ils furent de bons chrétiens, pénétrés de leur mission à laquelle ils voulaient invinciblement consacrer toute leur vie, ce qu’ils ne purent faire que marginalement, dans l’obéissance constante aux autorités.
D’où la vie difficile de Maximin qui oscille entre diverses tentatives, y compris le commerce d’un élixir, mais l’Eglise le lui reprocha et son associé le grugea. Il mourut pleinement abandonné à Dieu. Il a laissé un testament lucide et cohérent. Mélanie fut plus cohérente encore, à travers plus d’entraves et de contradictions. Mais ses écrits comme ses guides spirituels révèlent une vraie mystique, persévérante dans son témoignage à temps et contretemps, ses projets irrévocables et sa charité à toute épreuve, qui est d’abord celle de la vérité, manifestée parfois de manière crue. L’impiété et l’indifférence enflamment sa plume; l’hypocrisie, la langue de bois et les «passe-passe» sont à l’opposé de son style.
Malgré son langage élémentaire, elle exprime (aussi aisément en italien qu’en français), en termes justes et neufs qui ne trompent pas, sa vie profonde. L’expression de la vie mystique dépasse toujours les saints les plus cultivés. Il est d’autant plus remarquable qu’elle le dise en termes simples et imagés qui ne sont qu’à elle. Ce livre est donc révélateur: il éclaire l’histoire, la spiritualité mais aussi l’étrange situation des apparitions fréquentes tout au long de l’Ancien Testament comme du Nouveau et dans l’Eglise jusqu’à nos jours. Mais les apparitions sont le secteur le plus mal étudié de toute la théologie, le plus livré à la confusion et aux tâtonnements, en même temps que le plus difficile à discerner. Cela met souvent les voyants dans des situations éprouvantes et réprimées, même quand ce n’est pas leur faute, selon la parole du Christ:
Bienheureux ceux qui n’ont pas vu mais qui ont cru (Jn 20).
Les voyants de La Salette ont payé un tribut particulièrement lourd. On a caché leurs tribulations dans le souci de mieux justifier la position critique aujourd’hui dépassée. Ce livre produit des raisons de les réhabiliter.
Apparitions et vie de l’Eglise...
De façon plus générale, les apparitions ont un statut très médiocre et incertain dans l’Eglise. Bien que les apparitions du Christ ressuscité soient le fondement de la foi, selon l’Apôtre Paul (1 Co.15), les apparitions ultérieures ressemblent à des «faits divers» dont on souligne l’incertitude. Pourtant les grandes apparitions reconnues ont fondé les plus grands sanctuaires de la planète (Rome excepté): Guadalupe au Mexique, Aparecida au Brésil, la Médaille miraculeuse à la Rue du Bac, Lourdes, Fatima... et tant d’autres, sans parler du succès contesté des apparitions actuelles.
En ce domaine mal élucidé, l’Eglise continue avec raison de faire preuve de sa prudence et de sa circonspection: elle évite la hâte dans le discernement, et n’engage pas son autorité dogmatique. Le nouveau livre sur La Salette apporte des lumières pour la solution de ce problème, que l’événement de la révélation officielle du Secret de Fatima a remis d’actualité.
René Laurentin

(Extrait de «L’impartial», 12, Avenue du Grain d’Or, F-49600 Beaupréau)

Littérature:
«Découverte du secret de La Salette», 264 p., disponible au Parvis E 20.– CHF 32.–


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