Par Bernard BALAYN

Le Cardinal Frédéric Etsou à Paray-le-Monial

=> STELLA MARIS 383 SOMMAIRE

Les solennités annuelles en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus ont revêtu en 2001 un éclat particulier: avant la venue du Cardinal Macharski, successeur du Saint-Père à Cracovie, Son Eminence le Cardinal Frédéric Etsou a présidé les fêtes du Sacré-Cœur et du Cœur Immaculé de Marie (22 et 23 juin), en présence de Mgr l’évêque d’Autun, Mgr Séguy, des dévoués chapelains, et en compagnie d’une foule de pèlerins, au premier rang desquels figurait une imposante délégation congolaise de la région parisienne, tous rassemblés dans le vaste parc ombragé que l’on sait.

Des enjeux majeurs

L’Archevêque de Kinshasa connaît bien la France pour avoir étudié naguère à Paris. Dernièrement, sa présidence des fêtes thérésiennes a été très remarquée (septembre 1996). Mais il n’avait jamais pu venir à Paray-le-Monial. Comme il l’a dit, c’est donc un souhait du plus profond de son âme qu’il a pu enfin réaliser, à la veille de son 71e anniversaire: adorer et prier «ce Cœur qui a tant aimé les hommes…», celui qui tranche les problèmes, dissout les obstacles, console et guérit: «Venez à Moi, vous tous qui souffrez, et Moi, je vous soulagerai.»
Il s’agissait aussi de venir implorer le Christ miséricordieux en faveur de la paix dans une région d’Afrique si bouleversée par la guerre (il a parlé des 3 millions de morts que l’on compte déjà au Congo) et par tant d’autres fléaux sociaux touchant spécialement la famille.
Très pieux envers Notre-Dame depuis sa jeunesse, et comme provincial de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie, il a voulu également préparer à Paray la consécration de I’Eglise qui est en RDC et le Congo lui-même au Cœur de la Vierge, de juillet suivant, par sa puissante intercession. Pèlerin de Fatima — où nous nous sommes connus —, il a compris la force de cette parole de la Dame du Rosaire: «Moi seule puis vous secourir.»
D’où ce pèlerinage en terre parodienne visitée par l’Amour de Jésus.

Du cœur du Cardinal au Cœur du Christ

Son Eminence a célébré ces fêtes avec toute la ferveur et la piété qui le caractérisent. En authentique disciple du Seigneur, ce qui émane le plus de lui, c’est la bonté, dont nous avons été témoins. A la manière aussi de Jean-Paul II, il irradie cette charité pas seulement dans son enseignement, mais d’abord dans ses actes. Homme chaleureux, très ouvert, attentif aux souffrances (affectueux à l’égard des malades, il leur donne en priorité la communion), il se laisse facilement aborder; ne mesurant ni son temps ni sa peine, il répond aux sollicitations avec douceur et sourire. Tout cela avec une grande humilité. Qui oubliera la force et le symbolisme de certains de ses gestes? Après son allocution du samedi matin, on l’a vu tout à coup descendre de l’estrade, parcourant le devant et l’allée centrale, en implorant vivement les assistants d’un véritable cri du cœur: «Soyez fidèles au Cœur du Christ! Soyez fidèles à l’Amour!» Lui d’ordinaire si calme et mesuré. Les assistants en ont été impressionnés, y voyant une motion de l’Esprit-Saint.
Le soir, la basilique romane était comble pour l’adoration eucharistique. Veillée animée par les chœurs congolais. Après les témoignages et les chants, difficiles à retranscrire ici tant l’ardeur était prenante et communicative, le Saint-Sacrement a été exposé dans un silence imposant, à peine rompu par les prières des membres de la Communauté de l’Emmanuel. On sentait vraiment Jésus présent au milieu de son peuple. Et le Cardinal était là, comme jadis un certain cardinal Karol Wojtyla (1965), «image vivante de la piété eucharistique et de l’adoration».
Le lendemain, la messe dominicale était célébrée pour le pèlerinage et la paroisse de Paray. Au moment de la consécration, à l’élévation du calice, dans le magnifique silence, le Cardinal a élevé aussi sa voix pour chanter avec componction et gravité: «Victoire, tu régneras! 0 Croix, tu nous sauveras!» Ce sont des moments d’intense spiritualité qui ne se racontent pas.
L’après-midi, au retour de la grande procession du Saint-Sacrement, qui est passée dans les Jardins du Monastère de la Visitation, il a pris le temps nécessaire pour porter Jésus-Hostie dans l’ostensoir, lentement, s’arrêtant à chaque rangée, Le montrant pour ainsi dire à chaque regard. Que de signes de croix, que de génuflexions sur ce divin passage! Quelle communion entre le Maître et les fidèles!

Du Cœur du Christ au cœur des familles

L’enseignement oral de Son Eminence a aussi beaucoup touché les âmes. Il a surtout parlé des Cœurs de Jésus et de Marie et de I’importance de la famille.
Le Cardinal a d’abord insisté sur l’amour débordant du Cœur du Christ, venu sauver l’homme, donner Sa vie, accorder le pardon. Et il s’est écrié: «Sans amour, que peut devenir le monde? Tout le mal qui est dans le monde vient du manque d’amour.» Et il a exhorté les fidèles à aimer Dieu et le prochain, sans trêve, en montrant comment Jésus avait fait.
Et, à partir de là, il a montré le don le plus sublime que le Christ a pu faire en nous donnant sa propre mère: «Réalisons-nous ce que Jésus a fait pour nous, combien il nous a aimés? Non seulement il a tout donné et s’est donné Lui-même, mais il nous a laissé sa maman! De quel amour nous devons les aimer en retour!»
Cet amour s’est concrétisé dès l’après-midi du samedi, par une longue procession qui a porté Notre-Dame d’Afrique sur un brancard, au milieu des chants et des Ave Maria.
Le Cardinal a beaucoup parlé du rôle maternel de Marie dans le monde actuel, nous demandant d’avoir une grande confiance dans sa protection aimante et attentive à nos besoins, face aux menées de Satan qui rôde sans cesse. Et de citer en ce sens une histoire vécue dans son pays. «Un jour, une maman avait déposé son enfant non loin d’elle pour pouvoir travailler à la houe, quand un lion surgit prêt à dévorer l’enfant. Saisissant alors une casserole remplie d’eau bouillante sur un feu de braise à proximité, elle la jette sur le museau du fauve, qui s’enfuit… La puissance, l’intuition inventive d’une maman!, conclut-il.» Il a déploré ensuite le sort de ces 24 mamans enceintes qui ont été enterrées vivantes, là-bas… «Placez toute votre confiance en Marie! Par Elle, j’ai tout obtenu!»
Evoquant le miracle de Cana, il a plaidé pour le renouveau des familles (Son Eminence appartient au Conseil Pontifical pour la Famille), à commencer par le ressourcement intérieur de chacun basé sur l’amour du Cœur de Jésus. Il pense alors à un moyen qu’il décrit: «J’ai dessiné un cœur du Christ, avec une croix dessus et cinq rayons qui en partent, correspondant à cinq colonnes de la famille: amour entre ses membres, entraide, entente, pardon mutuel, unité. Voilà les conditions de l’épanouissement familial.» Mais il faut aussi la prière, régulière, pour éviter les pièges de l’adversaire (il a répété plusieurs fois: «Satan existe!»). «Pour cela, cherchez, cultivez le silence. Dieu ne parle pas dans le bruit et l’agitation. Dans le silence, parlez-lui, il vous écoute et vous répond!
Venez ainsi au Cœur de Jésus, c’est là la source de l’Amour. Introduisez ce Cœur dans chacune de vos familles, car sans Lui, vous ne pouvez rien faire. Recourez à l’eucharistie, au sacrement de I’Amitié (= de la Réconciliation), j’aime bien lui donner ce nom. Jésus est notre Ami, mieux, notre Frère. Ce sacrement renoue le contact entre Lui et nous. Laissez-vous embraser par le feu purificateur de l’Amour qui se réalise dans la consécration à son Sacré-Cœur… C’est des foyers, des vrais foyers construits sur la fidélité et le respect, que reviendra la paix…»
Enseignement repris par ailleurs, par le Père Christian Lépine, supérieur du Grand Séminaire de Montréal, venu prêter son concours en ces belles célébrations. Et il a ajouté, corroborrant les
paroles de Mgr Séguy, sur la dégénérescence actuelle de la famille et des mœurs en France: «Jeunes, vivez la chasteté!»
Tel a été l’esprit de ces merveilleuses journées, égayées par un soleil éclatant qui faisait apprécier les ombrages du Parc. Un vrai don de Dieu pour la France, une sorte de retraite-éclair de jouvence, une France «qui passe un mauvais quart d’heure», a dit avec esprit l’évêque d’Autun.
Certains de nos lecteurs se souviennent peut-être d’une photo, à l’entrée de notre livre sur …Jean-Paul II le Grand» (p. 9). On y voit le Cardinal Frédéric Etsou à Rome, tenant la main d’une statue du Sacré-Cœur, dans les jardins de la Villa Aurelia, en été 1999. Quel acte prophétique! A l’entrée du Parc des chapelains, se trouve une statue identique. Et Son Eminence est venue à Paray, comme saisir l’autre main…
Comme lui, ne lâchons pas les mains de Notre-Seigneur… Elles ne nous lâcheront jamais!

Bernard BALAYN


RETOUR EN HAUT DE PAGE

Copyright © 1999 - 2010
Conformément aux dispositions du Code de la Propriété Intellectuelle, tous les textes et illustrations sont protégés par le Droit d'Auteur.
EDITIONS DU PARVIS - STELLA MARIS - CH-1648 HAUTEVILLE / SUISSE.
Tél.: 0041 (0)26 915 93 93 FAX: 0041 (0)26 915 93 99 E-MAIL librairie@parvis.ch

PAGE D'ACCUEIL PARVIS // STELLA MARIS