Des enjeux majeurs
LArchevêque de Kinshasa connaît bien la France pour avoir étudié naguère à Paris. Dernièrement, sa présidence des fêtes thérésiennes a été très remarquée (septembre 1996). Mais il navait jamais pu venir à Paray-le-Monial. Comme il la dit, cest donc un souhait du plus profond de son âme quil a pu enfin réaliser, à la veille de son 71e anniversaire: adorer et prier «ce Cur qui a tant aimé les hommes
», celui qui tranche les problèmes, dissout les obstacles, console et guérit: «Venez à Moi, vous tous qui souffrez, et Moi, je vous soulagerai.»
Il sagissait aussi de venir implorer le Christ miséricordieux en faveur de la paix dans une région dAfrique si bouleversée par la guerre (il a parlé des 3 millions de morts que lon compte déjà au Congo) et par tant dautres fléaux sociaux touchant spécialement la famille.
Très pieux envers Notre-Dame depuis sa jeunesse, et comme provincial de la Congrégation du Cur Immaculé de Marie, il a voulu également préparer à Paray la consécration de IEglise qui est en RDC et le Congo lui-même au Cur de la Vierge, de juillet suivant, par sa puissante intercession. Pèlerin de Fatima où nous nous sommes connus , il a compris la force de cette parole de la Dame du Rosaire: «Moi seule puis vous secourir.»
Doù ce pèlerinage en terre parodienne visitée par lAmour de Jésus.
Du cur du Cardinal au Cur du Christ
Son Eminence a célébré ces fêtes avec toute la ferveur et la piété qui le caractérisent. En authentique disciple du Seigneur, ce qui émane le plus de lui, cest la bonté, dont nous avons été témoins. A la manière aussi de Jean-Paul II, il irradie cette charité pas seulement dans son enseignement, mais dabord dans ses actes. Homme chaleureux, très ouvert, attentif aux souffrances (affectueux à légard des malades, il leur donne en priorité la communion), il se laisse facilement aborder; ne mesurant ni son temps ni sa peine, il répond aux sollicitations avec douceur et sourire. Tout cela avec une grande humilité. Qui oubliera la force et le symbolisme de certains de ses gestes? Après son allocution du samedi matin, on la vu tout à coup descendre de lestrade, parcourant le devant et lallée centrale, en implorant vivement les assistants dun véritable cri du cur: «Soyez fidèles au Cur du Christ! Soyez fidèles à lAmour!» Lui dordinaire si calme et mesuré. Les assistants en ont été impressionnés, y voyant une motion de lEsprit-Saint.
Le soir, la basilique romane était comble pour ladoration eucharistique. Veillée animée par les churs congolais. Après les témoignages et les chants, difficiles à retranscrire ici tant lardeur était prenante et communicative, le Saint-Sacrement a été exposé dans un silence imposant, à peine rompu par les prières des membres de la Communauté de lEmmanuel. On sentait vraiment Jésus présent au milieu de son peuple. Et le Cardinal était là, comme jadis un certain cardinal Karol Wojtyla (1965), «image vivante de la piété eucharistique et de ladoration».
Le lendemain, la messe dominicale était célébrée pour le pèlerinage et la paroisse de Paray. Au moment de la consécration, à lélévation du calice, dans le magnifique silence, le Cardinal a élevé aussi sa voix pour chanter avec componction et gravité: «Victoire, tu régneras! 0 Croix, tu nous sauveras!» Ce sont des moments dintense spiritualité qui ne se racontent pas.
Laprès-midi, au retour de la grande procession du Saint-Sacrement, qui est passée dans les Jardins du Monastère de la Visitation, il a pris le temps nécessaire pour porter Jésus-Hostie dans lostensoir, lentement, sarrêtant à chaque rangée, Le montrant pour ainsi dire à chaque regard. Que de signes de croix, que de génuflexions sur ce divin passage! Quelle communion entre le Maître et les fidèles!
Du Cur du Christ au cur des familles
Lenseignement oral de Son Eminence a aussi beaucoup touché les âmes. Il a surtout parlé des Curs de Jésus et de Marie et de Iimportance de la famille.
Le Cardinal a dabord insisté sur lamour débordant du Cur du Christ, venu sauver lhomme, donner Sa vie, accorder le pardon. Et il sest écrié: «Sans amour, que peut devenir le monde? Tout le mal qui est dans le monde vient du manque damour.» Et il a exhorté les fidèles à aimer Dieu et le prochain, sans trêve, en montrant comment Jésus avait fait.
Et, à partir de là, il a montré le don le plus sublime que le Christ a pu faire en nous donnant sa propre mère: «Réalisons-nous ce que Jésus a fait pour nous, combien il nous a aimés? Non seulement il a tout donné et sest donné Lui-même, mais il nous a laissé sa maman! De quel amour nous devons les aimer en retour!»
Cet amour sest concrétisé dès laprès-midi du samedi, par une longue procession qui a porté Notre-Dame dAfrique sur un brancard, au milieu des chants et des Ave Maria.
Le Cardinal a beaucoup parlé du rôle maternel de Marie dans le monde actuel, nous demandant davoir une grande confiance dans sa protection aimante et attentive à nos besoins, face aux menées de Satan qui rôde sans cesse. Et de citer en ce sens une histoire vécue dans son pays. «Un jour, une maman avait déposé son enfant non loin delle pour pouvoir travailler à la houe, quand un lion surgit prêt à dévorer lenfant. Saisissant alors une casserole remplie deau bouillante sur un feu de braise à proximité, elle la jette sur le museau du fauve, qui senfuit
La puissance, lintuition inventive dune maman!, conclut-il.» Il a déploré ensuite le sort de ces 24 mamans enceintes qui ont été enterrées vivantes, là-bas
«Placez toute votre confiance en Marie! Par Elle, jai tout obtenu!»
Evoquant le miracle de Cana, il a plaidé pour le renouveau des familles (Son Eminence appartient au Conseil Pontifical pour la Famille), à commencer par le ressourcement intérieur de chacun basé sur lamour du Cur de Jésus. Il pense alors à un moyen quil décrit: «Jai dessiné un cur du Christ, avec une croix dessus et cinq rayons qui en partent, correspondant à cinq colonnes de la famille: amour entre ses membres, entraide, entente, pardon mutuel, unité. Voilà les conditions de lépanouissement familial.» Mais il faut aussi la prière, régulière, pour éviter les pièges de ladversaire (il a répété plusieurs fois: «Satan existe!»). «Pour cela, cherchez, cultivez le silence. Dieu ne parle pas dans le bruit et lagitation. Dans le silence, parlez-lui, il vous écoute et vous répond!
Venez ainsi au Cur de Jésus, cest là la source de lAmour. Introduisez ce Cur dans chacune de vos familles, car sans Lui, vous ne pouvez rien faire. Recourez à leucharistie, au sacrement de IAmitié (= de la Réconciliation), jaime bien lui donner ce nom. Jésus est notre Ami, mieux, notre Frère. Ce sacrement renoue le contact entre Lui et nous. Laissez-vous embraser par le feu purificateur de lAmour qui se réalise dans la consécration à son Sacré-Cur
Cest des foyers, des vrais foyers construits sur la fidélité et le respect, que reviendra la paix
»
Enseignement repris par ailleurs, par le Père Christian Lépine, supérieur du Grand Séminaire de Montréal, venu prêter son concours en ces belles célébrations. Et il a ajouté, corroborrant les
paroles de Mgr Séguy, sur la dégénérescence actuelle de la famille et des murs en France: «Jeunes, vivez la chasteté!»
Tel a été lesprit de ces merveilleuses journées, égayées par un soleil éclatant qui faisait apprécier les ombrages du Parc. Un vrai don de Dieu pour la France, une sorte de retraite-éclair de jouvence, une France «qui passe un mauvais quart dheure», a dit avec esprit lévêque dAutun.
Certains de nos lecteurs se souviennent peut-être dune photo, à lentrée de notre livre sur
Jean-Paul II le Grand» (p. 9). On y voit le Cardinal Frédéric Etsou à Rome, tenant la main dune statue du Sacré-Cur, dans les jardins de la Villa Aurelia, en été 1999. Quel acte prophétique! A lentrée du Parc des chapelains, se trouve une statue identique. Et Son Eminence est venue à Paray, comme saisir lautre main
Comme lui, ne lâchons pas les mains de Notre-Seigneur
Elles ne nous lâcheront jamais!
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