Par René LejeuneEtre chrétien au 3e millénaire
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| Au dernier siècle du second millénaire, la science et la technique se sont progressivement emballées au point que lhomme de ce temps était désorienté par les théories les plus contradictoires. | |
LInfini divinPrenons la mutation. Elle est inscrite dans lunivers depuis les origines. Notre génération est frappée par le phénomène parce que les connaissances continuent à se développer à une allure prodigieuse, de telle sorte que la mutation devient immédiatement perceptible. Le progrès est désormais constant; il devrait ouvrir les esprits toujours davantage au spirituel et au mystère. En effet lhomme ne crée rien, il «invente» simplement, cest-à-dire quil découvre graduellement les lois et les forces que recèle la nature depuis la Création; et il apprend à sen servir. Les horizons infinis qui souvrent ainsi peu à peu à lhomme dépassent tellement son entendement quils devraient non pas rétrécir sa vision spirituelle, mais au contraire, lamener à lapprofondir, passant ainsi insensiblement à la contemplation divine. Deux exemples: le phénomène de la vie aurait-il pu apparaître dans un univers «néant cerné de néant et promis au néant»? (Changeux) Il est infiniment improbable que «laventure du protozoaire» (Jean Rostand) ait pu aboutir, grâce à un extravagant concours de circonstances et une interminable chaîne dheureuses réactions chimiques, au produit final le plus impossible et le plus merveilleux à la fois: lêtre humain. Seuls des esprits qui se ferment délibérément à la lumière saccrochent encore à des raisonnements absurdes de «lois» dévolution nées en un siècle scientiste. Le chrétien dans le chaos du mondeDans un monde ébranlé jusque dans ses tréfonds par laccélération des mutations de toutes sortes, lEglise a la capacité de former comme un îlot paisible au milieu dun océan déchaîné. A condition que ses membres soient profondément ancrés, enracinés dans la foi. Lapostrophe de Jésus, en réponse au cri dangoisse des apôtres: «Sauve-nous, nous coulons», sadresse aussi à notre génération entraînée dans le mouvement dagitation et de dispersion du monde présent. Ils ne sont pas rares, hélas, les chrétiens à adopter les convictions du monde et à limiter. Il faut, certes, plonger dans le monde pour le changer du dedans, mais sans se laisser contaminer par ses égarements et ses chimères. «Tabernacles vivants» du nouveau millénaireLe chrétien se reconnaît à la qualité de sa présence. Il est ouvert, foncièrement optimiste, bienveillant. Il sintéresse davantage à la peine des autres quà sa propre personne. Il a conscience de participer à lédification du monde. Teilhard de Chardin disait aux chrétiens: «Que chacun de vous puisse se dire quil travaille pour que lunivers sélève, en lui et par lui, dun degré de plus.» Dans lordre de lêtre comme dans celui de lagir. Le chrétien travaille sous le regard de Dieu, en vivant concrètement lEvangile. Aussi la femme de ce chrétien-là est ordonnée et féconde, dans le respect des lois de la nature; les élèves du professeur chrétien sont heureux de le suivre dans le développement du savoir; pour ce professeur il ny a pas de «bons» et de «mauvais» élèves, mais des êtres «créés à la ressemblance de Dieu» (Gn 1,27) quil faut mener, chacun à son niveau et selon ses capacités, à lépanouissement de lesprit. Me permettra-t-on ici un souvenir personnel. Cétait en 1960, à Alger. Un élève de première, Roland F., réputé pour être «un nullard indiscipliné» est transféré dans ma classe. Je laccueille avec le sourire et des paroles chaleureuses. Je vois encore son air surpris. Pendant le cours, javais lhabitude de me promener au milieu des élèves. En interrogeant Roland, qui était en effet nul, je posais ma main sur son épaule, puis linterrogeais en veillant à ce que dans la question figurent les éléments de la réponse. Je bavardais souvent avec lui à la fin des cours. Il prit confiance et devint, du moins dans ma classe, un élève modèle. Il venait dune famille déchirée; son attitude au lycée était le reflet de sa souffrance. Mêlée de révolte. En lan 2002 comme en 1002Au fond, le chrétien de 2002 ne devrait guère différer du chrétien de 1002, du chrétien de nimporte quelle époque. A travers lhistoire de lEglise, les saints en témoignent; ils ont tous pris lEvangile à la lettre. Laissons-nous animer par le Christ, à leur exemple, dévorer par lEsprit Saint qui habite nos curs, alors lunivers, en vous et par vous, en moi et par moi «sélèvera dun degré en plus», chaque fois. Imaginons un instant que se multiplient, en ce début du 3e millénaire, à travers le monde, des chrétiens semblables à Louis IX, Elisabeth de Hongrie, François dAssise, Jean-Marie Vianney, Thérèse de Lisieux, Jean Bosco et Charles de Foucauld; des chrétiens animés de la foi ardente de ces saints transposant leur foi totale en principe daction à la tête dEtats, dans le monde de léducation, de léconomie, du travail, de la science, de la vie familiale et sociale, dans les communautés paroissiales: alors, on peut en être sûr, la société tout entière se réchaufferait à leur feu. Et leur rayonnement se mettrait à éclairer la marche du monde. Marcher en présence de Dieu?A toutes nouvelles phases de la journée, renouveler la conscience dêtre en présence de Dieu; une parole de louange suffit. On prend rapidement cette habitude. Elle vaut son pesant dor. Essayez! A lécole de Jésus pour limiter?Que cest difficile dêtre doux et humble de cur! Cest progressivement quon y parvient. Très progressivement, si jen crois mon expérience. Je my essaie depuis des années. Le chemin quil me reste à parcourir est encore long. Cependant quelle joie, à chaque pas, vers la réalisation de cette symbiose avec Jésus! Prenez sur votre chemin de sainteté ces deux lumières de lEcriture Sainte. Vous avancerez plus vite dans la paix et la joie du Christ. René Lejeune |
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