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Linterrogation la plus nécessaire dans le charivari idéologique qui nous agresse de toutes parts, cest celle de notre identité profonde. Lune des idéologies qui a dominé le 20e siècle prétend que lhomme est essentiellement un rouage de la méga-machine économique, dont le développement donne tout son sens à la société. Rouage interchangeable, donc éjectable dès quil ne sert plus.
Une autre idéologie entraîne les masses dune sensation étourdissante à lautre, sans jamais sinterroger sur le sens profond de la vie. Les masses moutonnières la suivent dautant plus docilement quelle domine outrageusement les médias et quelle se situe sur la pente facile de lexistence où lon se laisse glisser sans effort. Sans compter que cette idéologie du laxisme et de la mollesse correspond si bien à la pensée infiniment pernicieuse du grand gourou du 20e siècle, le Dr Sigmund Freud; pour lui «lêtre humain est un tissu accidentel, imprégné de sexualité». Un point, cest tout!
Tout cela se situe à lopposé de la foi chrétienne. Cen est même linversion, et celle-ci porte toujours lempreinte du «meurtrier de lhomme dès le commencement», le «père du mensonge» (Jn 8,44). Hélas la modernité mercantile desbroufe, saturée par la «culture de la mort» véhicule ces philosophies athées, entraînant du même coup les masses vers le néant.
Lidentité divine
Cest dans ce charivari idéologique que le chrétien qui est dans le monde sans être du monde doit sinterroger: «Qui suis-je? Qui sommes-nous» sur cette planète, insignifiante à léchelle de lUnivers?
Doù est-ce que je viens et où vais-je?
Cela vaut-il la peine de vivre si je ne suis quun rouage ou un tissu imprégné de sexualité? Comme laveugle Bartimée près de Jéricho, il faut lancer vers le Seigneur un «fais que je voie!» (Mc 10) si le doute sest insinué dans votre cur.
Quil est facile de voir, à condition de posséder le trésor de la foi! Alors, le Seigneur peut nous répondre ce quil a dit à Bartimée: «Va, ta foi ta sauvé!» Si, par contre, la foi est chancelante, suppliez sans cesse le Seigneur: «Seigneur, raffermis ma foi!»
Cest alors quon peut se mettre à lécoute de la Parole de Dieu. Ouvrons la Bible. Dès la première page, Dieu révèle à lhomme son identité. O merveille, celle-ci est, littéralement, de nature divine:
«Dieu dit: Faisons lhomme à notre image et à notre ressemblance
Et Dieu créa lhomme à son image; à limage de Dieu, il le créa; homme et femme, il les créa.» (Gn 1, 26-27)
Voilà pour nous, êtres humains, le passage le plus important de la Bible. Il dévoile notre identité divine. Tout le reste, y compris lIncarnation, lannonce de la Bonne Nouvelle, la Mort et la Résurrection du Christ Jésus, découle de ce passage fondamental de la condition humaine.
Trois détails sont frappants dans les deux versets de la Genèse:
1) Dieu parle au pluriel. On linterprétait, jusquà Jésus, comme un pluriel de majesté. Le Christ en a révélé la nature trinitaire. Ainsi, la T.S. Trinité se dévoile à la première page du Livre Sacré.
2) Dieu emploie deux mots différents pour caractériser lhomme: «image» et «ressemblance». Chacun de ces mots recouvre une réalité divine différente. «A limage»? «Dieu est amour» (Jn 4,8), donc lhomme authentique est amour. Cependant, dans le respect de la liberté concédée à lhomme, Dieu a déposé en lui le germe de lamour, et non pas lamour en plénitude. A lui de faire croître ce germe, de le déployer au long de la vie, pour finalement devenir amour tout entier. Ou alors, dans sa liberté, de laisser ce germe dépérir
Et que signifie «à notre ressemblance»? Dieu est un et trine, il est une famille, pour employer le langage humain. Il créa également lhomme un et trine: «homme et femme, il les créa.» Et voici que de lamour du couple humain jaillit une nouvelle vie. Ensemble, lhomme et la femme deviennent créateurs avec le Créateur.
Voilà lordre naturel, grandiose, de nature divine contre lequel notre époque, sous linfluence du «Prince de ce monde» (Jn 12,31) se révolte avec ses dénaturations avilissantes, avec ses couples, voire ses «mariages» dhomosexuels. La Bible appelle «abomination» ces dépravations contre nature (Lv 18,22).
3) Le troisième détail frappant dans ce passage vital, cest la répétition. Pour souligner limportance dune chose, la Bible utilise le procédé de la répétition. Ici, elle répète quatre fois laffirmation de la nature divine de lêtre humain. Cest dire que limportance de ce dévoilement est fondamentale, elle est infinie.
Quest-ce que lAmour?
Dieu étant amour, ayant déposé dans lhomme le germe de lamour, la grande interrogation que chacun doit se poser, cest celle de la nature même de lamour. Oui, quest-ce que lAmour? Ce mot est lun des plus galvaudés du vocabulaire. Dinnombrables livres traitent de ce sujet. On y trouve du bon et du mauvais. Tous ces livres ensemble des kilomètres de rayons de bibliothèque ne valent pas les treize versets du chapitre 13 de la première lettre aux Corinthiens. Cette hymne à lamour est une illustration dynamique de lamour vécu au quotidien. Il sagit là de lamour tel que le chrétien se doit de le vivre. Ce texte devrait être gravé en lettres dor dans le cur de tout disciple:
«Même si je parlais en langues, celle des hommes et celle des anges, sil me manque lamour, je suis une cymbale retentissante; même si javais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, sil me manque lamour, je ne suis rien.
Lamour est patient, lamour rend service; il nest pas jaloux, ni fanfaron, ni orgueilleux; il ne fait rien dinconvenant, ne cherche pas son intérêt; il ne sirrite pas, nest pas rancunier.
Lamour ne passera jamais
»
Voici un conseil plus précieux que tout lor du monde: faites chaque dimanche une relecture de la semaine écoulée, le texte de saint Paul en main: «Est-ce ainsi que jai vécu lamour?» Repérez les déficiences et portez votre effort plus particulièrement sur lune dentre elles au cours de la semaine à venir. Il est vain de sattaquer à toutes en même temps. On ne change pas en une semaine.
Si vous consacrez chaque dimanche un quart dheure à cet examen de conscience et tentez de modifier sur un point particulier votre comportement, les fruits que vous cueillerez seront des plus précieux: votre bonheur ainsi que celui de vos proches croîtra, votre progression sur la voie de la sainteté saccélérera. Des fruits quon ne peut acheter avec tout lor du monde.
Oui, assurément, faites de 1 Corinthiens 13 votre texte de chevet, à méditer concrètement chaque dimanche. Je ne connais pas de méthode plus simple et sûre de progrès spirituel et moral. Songez à votre propre bonheur et à celui des personnes aimées de votre entourage.
Saint Augustin disait: «Ce nest pas en courant que lhomme parvient à Dieu, il latteint pas à pas, à force de progresser sur la voie ardue menant à la sainteté.»
Que faire pour plaire à Dieu?
Plaire à Dieu doit être lobjetif premier de toute vie chrétienne. Voici trois étoiles qui nous guident vers cet objectif aussi sûrement que létoile de Bethléem a guidé les savants astronomes venus dorient vers la crèche.
La première étoile, cest la prière. Sa portée et son efficacité sont le plus souvent sous-estimées.
La prière est vitale. Saint Martin disait: «La prière, cest la respiration de lâme.» Si le corps cesse de respirer, il meurt; si lâme cesse de prier, elle décline, puis meurt elle aussi.
La prière est le moteur de la vie du chrétien. Mère Teresa disait : «Le moteur de mon action, cest la prière.» Le cardinal Saliège, qui a eu une attitude héroïque pendant la guerre, face aux nazis, a exprimé la puissance prodigieuse de la prière par ces mots étonnants: «Prier, cest agir invisiblement sur le Cur de Dieu et, par Lui, sur les hommes et tout lunivers.»
Quelle prière? Enfiler machinalement des Pater et des Ave débités rapidement, est-ce prier? La prière du cur, elle, monte jusquau Père céleste; lEsprit qui nous habite murmure en même temps que lon sadonne à la prière du cur, le doux nom dAbba.
Le mot «cur» est lun des mots-clés de la Bible où il revient plus de mille fois dans son sens métaphysique: Le «cur» est le centre vital, en nous, des forces affectives, spirituelles, morales et intellectuelles. Cest la demeure du Dieu trinitaire en nous, dès lors quon aime Jésus (voir Jn 14, 23). Cest ce qui a permis à sainte Thérèse dAvila décrire: «Le cur est un palais dune richesse incomparable tout dor et de pierres précieuses. Dieu y réside sur un trône du plus haut prix.» Cependant, que lon ne loublie pas, le cur est aussi le lieu où se livre le grand combat entre les puissances des ténèbres et la Lumière divine. Dans ce combat, chacun est son propre chef des armées; il peut les conduire au «Prince de ce monde» (Jn 14,30) et les ranger sous sa conduite, ou alors il rejoint le Roi des rois et sabrite dans sa «forteresse du salut». (Ps 28,8) Grandeur et défi de la condition humaine!
La seconde étoile qui me guide à travers lexistence, cest la conscience que jai de servir dinstrument au Seigneur. Ce mot essentiel de la vie chrétienne apparaît au chapitre 9 des Actes des Apôtres.
Dans une vision, le Seigneur apparaît à un disciple nommé Ananias. Il lenvoie imposer les mains à Saul. Le disciple prend peur, car Saul est un impitoyable persécuteur des chrétiens. Le Seigneur dit alors à Ananias: «Va, je lai choisi, car il me servira dinstrument pour porter mon Nom aux nations païennes.» (Ac 9,15)
Servir dinstrument au Seigneur, voilà un objectif que tout chrétien doit se fixer. Quel genre dinstrument? Ils sont aussi variés que la vie elle-même. A chacun de choisir le domaine où il semploie à servir dinstrument. A moins que le Seigneur lui-même y mène, comme il la fait pour Saul, son futur Apôtre. Quelques exemples?
Voici un médecin chrétien qui se penche avec amour sur lâme malade de ses patients et la soigne en même temps que le corps.
Ou encore cette mère de famille qui chaque jour sabîme de longues heures en priant devant le Saint Sacrement, après avoir élevé sa famille nombreuse. Elle a été linstrument du Seigneur comme éducatrice durant la première partie de sa vie de mère, puis comme adoratrice, une fois que ses tâches de maman avaient pris fin.
Jai connu une humble femme de ménage, une chrétienne dune grande piété. Elle rayonnait la joie du Christ dans les maisons où elle était employée. Et on laimait pour sa nature lumineuse. Elle ne cachait pas quelle la devait à Jésus.
Voici encore un professeur de lycée, chrétien engagé, qui se penche plus particulièrement sur les élèves défavorisés et déjà blessés par la vie. Il leur manifeste laffection dont ils ont été privés et ils en sont reconnaissants. Eux aussi sont créés à limage de Dieu; ils portent en eux le germe de lamour. Quelle belle mission de les aider à le faire croître!
On pourrait multiplier sans fin les exemples dinstruments. Ceux-ci varient dailleurs dans une même vie, comme cest le cas de la mère de famille nombreuse citée. Ma propre vie est marquée par plusieurs phases où je me suis efforcé dêtre un instrument selon la nature dactivité marquante de lune ou lautre de ces phases: éducateur de mes enfants, enseignant, chef détablissement, responsabilités diverses dans la vie, retraité. Me voici dans la phase ultime où, sans lavoir recherché, je sers dinstrument comme auteur.
Que chacun sinterroge sur son rôle au service du Christ. Nous sommes tous des instruments pour la réalisation des desseins du Seigneur qui nous dépassent», disait Robert Schuman. Comme le monde changerait vite si Dieu disposait dun milliard dinstruments performants!
Troisième étoile pour guider vers le Christ: lapplication concrète, dans le quotidien, du second des deux Commandements les plus importants: lamour du prochain sans lequel lamour de Dieu est impossible. Saint Augustin donne une recette infaillible en deux mots, grâce au génie lapidaire du latin: Ordinaria extraordinarie, ce qui signifie faire les choses ordinaires de la vie extraordinairement bien. Par amour, bien entendu. Jen ai déjà parlé dans Stella Maris. Je suis à chaque fois émerveillé par lexceptionnelle efficacité de cette recette si elle est concrètement vécue. Je crois avoir cité la lettre dune lectrice, un an après la parution dun article sur ce sujet. Elle me remerciait, car ces deux mots, disait-elle, avaient changé sa vie. Elle les avait écrits sur un panneau quelle a suspendu dans sa cuisine, pour en avoir constamment conscience. Au bout de quelques mois déjà, sa vie dépouse et de mère avait changé. Elle était plus heureuse, et les siens découvraient avec bonheur une nouvelle épouse et maman.
Trois étoiles aussi sûres que celle de Bethléem! Elles nous guident à travers une vie où nous avons le privilège dapparaître ce que nous sommes par naissance et élection divine: des images de Dieu.
De plus, notre état au long des années que nous passons sur terre est lui aussi prodigieux: nous sommes des alliés du Créateur et Maître de lunivers. Lalliance, dont larc-en-ciel est le signe, témoigne de limmense tendresse de Dieu pour ses créatures, ainsi que de la grandeur de celles-ci. Et en Christ, cette alliance est nouvelle et éternelle.
Puissions-nous, chacun à sa façon, porter au monde divagant et désemparé ce message despérance et de joie. Il est grandiose! Il ny en a pas dautre. A nous den témoigner et de le proclamer. Le Saint Esprit fera le reste.
Il est grand temps, déjà le 21e siècle sest mis en route
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