par Bernard Balayn

La souffrance du Pape

=> STELLA MARIS 364 SOMMAIRE


Le Christ avait prévenu la mère des fils de Zébédée, futurs évêques, que, pour parvenir à la gloire, il leur fallait passer par la croix; et, avant de monter au ciel, il déclara à Pierre, son premier Pape: «Devenu vieux, Quelqu’un te mènera où tu ne voudrais pas.» Et, après Etienne, qui inaugura le martyrologe chrétien, Pierre souffrit et alla effectivement «usque ad effusionem sanguinis» pour l’amour du Christ et de son Eglise. Et ainsi pendant cinq siècles presque sans interruption.
En celui qui s’achève se consomme aussi le sacrifice du Pierre d’aujourd’hui, le Pape Jean Paul II. Toute sa vie est marquée par une souffrance croissante et intense, parfois écrasante, si ce n’est insoutenable. Sa fonction suprême et sa destinée particulière l’ont prédestiné à des épreuves hors-pair qui confinent au martyre, lequel a ses raisons et ses modalités pour des fruits exceptionnels.


A l’école de la croix (1920-1978)

Karol Wojtyla a côtoyé très tôt la souffrance, et a mûri par elle: «A vingt ans, j’avais déjà perdu tous ceux que j’aimais…», a-t-il confié à André Frossard1: sa sœur, sa mère, son frère, son père. Il a souffert pour la solitude de ce dernier, qui se levait la nuit pour prier. Il a souffert de la rigueur de la guerre qui lui a enlevé ses professeurs, ses amis, des camarades séminaristes; de l’éprouvant travail manuel à la carrière et à l’usine de soude, de l’insécurité alors qu’il était devenu seul à son tour pour subsister. Il a souffert de l’horreur du nazisme: les rafles et le reste. Il suffit de citer le camp voisin d’Auschwitz-Birkenau…
Une fois entré dans les Ordres, il subit un autre totalitarisme, celui du marxisme, prédit à Fatima, avec ses vexations, humiliations et persécutions allant jusqu’à l’incarcération, de son Cardinal-Primat, Stefan Wyszynski.
Grandi dans la lumière des saints martyrs de Pologne, comme Stanislas, évêque, ou Kolbe, prêtre; imitateur des vertus d’un saint Jean de la Croix ou d’un saint Curé d’Ars, il offre sa contribution volontaire, selon la parole de saint Paul: sa pauvreté confinant à l’ascèse, ses privations et sacrifices, sa maîtrise de soi exemplaire, son ministère plénier, ses longues heures de prière, de veille et d’études2. Il pratique fréquemment le Chemin de croix.
L’essentiel est que, dès le temps où l’Occupation éclaircit les rangs de son entourage, il sent surgir en lui — par solidarité et vocation — un appel à l’immolation et à la sainteté, qui passera à coup sûr par la souffrance et sans qu’il en connaisse encore le sens lointain que Dieu, dans ses secrets desseins, lui assigne. Cela peut se résumer par ce qu’il a déclaré de son compatriote le Frère Albert: «Par l’exemple impressionnant de son sacrifice, il suscita de nombreux disciples»3.

«Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir»

Cette vie d’épreuves et de luttes n’a pas épargné l’évêque qu’il est devenu en 1958, puis le Cardinal, en 1967. La défense de son diocèse face aux tracasseries communistes au temps du Millenium et de la construction de l’église de Nowa Huta; sa contribution au Concile, face à l’aura des prélats occidentaux, en témoignent.
Tout cela n’était qu’une préparation à son destin de Pape, qu’il devient en 1978, comme Jésus puis saint Paul se préparèrent au désert pour évangéliser.
Ce destin de «serviteur souffrant», de «serviteur des serviteurs de Dieu», était même annoncé, écrit et gravé.
Annoncé, car, dès le 13 Juillet 1917, trois ans avant la naissance de Karol Wojtyla, par une célèbre prophétie, Notre-Dame avait dit aux trois bergers de Fatima: «Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir…» Dans la lande d’Aljustrel, la petite Jacinthe — qu’il vient de béatifier — a vu le futur Jean-Paul Il «pleurant et priant». Ayant un charisme particulier en sa faveur, elle déclara, à l’attention de ses deux compagnons — et de nous —: «Voyez, il nous faut beaucoup prier pour lui!»
Destin écrit: c’est ce que Sœur Lucie a consigné plus tard dans ses Mémoires et précisé dans la troisième partie du secret, maintenant publié.
Gravé, parce que lors de son accession à l’épiscopat, il choisit comme devise: «Totus Tuus ego sum, et omnia mea tua sunt», selon la formule de saint Bonaventure rappelée par Montfort; devise qu’il grave sur son blason, comme signe de sa consécration, de son abandon total et sans retour au Christ par Marie, ce Totus Tuus gravé sur l’or de l’anneau offert par le Cardinal Wyszynski, plus encore gravé et scellé dans le sang versé le 13 mai 1981 sur la Place Saint-Pierre. Et la modalité de cette consécration est la croix qui se dresse à côté du M de Marie, croix qui emplit tout le blason.

«Le disciple n’est pas au-dessus du Maître»

Les principales raisons des épreuves de Jean-Paul II sont donc à chercher dans sa consécration totale qui le configure absolument au Christ souffrant mort pour racheter tous les hommes, Christ dont il a pris sa part de succession par son fiat, et dans son service pétrinien qui le livre à ses frères. Jésus l’avait dit à ses apôtres: «Celui qui veut m’imiter, qu’il prenne sa croix et me suive… Le disciple n’est pas au-dessus du maître; ils m’ont haï, ils vous haïront! Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront! Ils vous traîneront devant les tribunaux et vous mettront à mort…» (Mais suivent les béatitudes).
Sans remonter aux premiers âges de l’Eglise, scrutons seulement l’époque contemporaine: la souffrance de Pie IX face aux oppositions de son temps, surtout en 1870, et plus encore le calvaire de Pie VI, mort en exil à Valence, en 1799. En quelques traits de plume, le légat de Jean-Paul II au bicentenaire commémoratif, le cardinal Etchegaray, a magistralement tiré les leçons de cet événement dramatique, disant notamment: «Plus le service auquel est appelé un pape est élevé, plus ce service est illuminé par la croix comme le signifie le bâton pastoral de Paul VI légué à Jean-Paul II.» Cette identification au Sauveur, c’est le thème de la corédemption, en lien avec l’encyclique Redemptor Hominis.
A la suite du Rédempteur, le Pape doit aussi implorer le pardon du Père pour la multitude pécheresse, et offrir sa réparation propre, en tant que Vicaire. C’est l’esprit de Dives in Misericordia.
En 1976, devant Paul VI, Jean-Paul II a évoqué la nécessité qu’il y avait pour le Souverain Pontife de réparer également pour le péché de reniement de saint Pierre à Gethsémani4, réparation qu’il assume actuellement, puisqu’il l’a proposé. Et plus la crucifixion du Pape est grande, plus il «achète» les âmes au Sauveur. Jean-Paul II a très bien compris le sens profond de l’holocauste sacerdotal du Curé d’Ars.
C’est pourquoi Marie a dit de «Jean-Paul Il, le Pape de mon amour et de ma douleur»5.

«L’Evêque vêtu de blanc tombé à terre»

Comment exprimer la souffrance du Pape, à la fois si diverse, intense, continue, souvent cachée et donc en partie inaccessible? Et cela depuis près de 22 ans, puisque c’est l’un des plus longs pontificats de l’histoire. Seule une constitution aussi robuste que la sienne — nonobstant la protection mariale — peut expliquer sa résistance et son accoutumance aux épreuves.
Toute dichotomie est certes hasardeuse. Mais il faut bien convenir que le Saint-Père est frappé d’abord dans son corps, plus facile à affaiblir que son esprit. Comme un défi diabolique au «Sportif de Dieu»6.
Ainsi a-t-il subi comme pape six hospitalisations, dont cinq opérations, la plupart graves, sans parler d’autres accidents de santé. Il a essuyé deux attentats, dont le premier vient de faire l’objet de la récente révélation de Fatima7 qui prouve que l’agression du 13 mai 1981 concernait bien Jean-Paul II, car «l’Evêque vêtu de blanc… affligé de souffrances et de peines, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la croix…», cet Evêque-là est unique: il ne peut être autre que notre Souverain Pontife.8
L’«événement de la Place Saint-Pierre» venait de montrer et allait confirmer la juste observation du cardinal Etchegaray à Valence: «Dans toute vie de Pape, si glorieux soit son règne, il y a la persistance de la croix.»

«L’Evangile de la souffrance»

En frappant directement le corps du Saint-Père, Satan voulait déjà s’attaquer à son âme et n’allait pas cesser de le faire ensuite, au prix de souffrances inouïes.
C’est ici que commencent ses grandes douleurs spirituelles et morales. Nous en avons un pathétique écho à travers son célèbre Angelus du 29 mai 1994, au sortir de sa cinquième hospitalisation, consécutive à celle de novembre 93: «…Pour faire entrer l’Eglise dans le nouveau millénaire, la prière ne suffit plus, il faut y entrer avec la souffrance, comme il y a treize ans, et avec ce nouveau sacrifice. Le Pape doit être agressé et souffrir pour que chaque famille et le monde voient que l’Evangile supérieur est celui de la souffrance, avec lequel il faut préparer l’avenir. Devant les puissants, il me reste l’argument de la souffrance…» Or, quel était l’environnement de cette poignante confidence trahissant le summum de l’épreuve? En 1994, le conflit du Liban venait d’être relayé par le carnage de Bosnie, en particulier le siège de Sarajevo, un an avant l’horrible génocide du Rwanda; c’était le cœur du combat au sujet de la famille, tandis que se profilait à l’horizon de l’automne 95, la fameuse Conférence de Pékin, sur la femme, qui voulait légitimer officiellement et universellement l’avortement, alors qu’allait paraître l’encyclique Evangelium Vitae. Comment, avec une telle concentration de souffrances personnelles et morales, le Père commun n’aurait-il pas été affecté au plus haut point? Cette douloureuse époque a cristallisé, peut-on dire, en son deuxième pôle les souffrances de son pontificat. En effet, les photographies montrent que c’est à partir de ce moment-là que le Saint-Père a commencé à être plus courbé, plus usé, portant physiquement sur lui, et sur son visage, les profonds stigmates d’une terrible souffrance intérieure. Et pourtant, s’il y a quelqu’un qui est allergique au dolorisme, c’est bien lui!

Le cœur de la souffrance du Pape

Ce qu’a subi Pie VI jusqu’à en mourir — la tourmente révolutionnaire française —9, Jean-Paul II le vit, lui, à une échelle planétaire, car la subversion satanique est partout. Les puissances infernales sont coalisées contre sa personne et son magistère lumineux, «ruissellement doctrinal» sans équivalent, a dit justement A. Frossard.
Que d’attaques, frontales ou déguisées, que de campagnes diffamatoires, dans tous les secteurs médiatiques, y compris religieux, notamment dans les télévisions, n’ont pas profondément blessé l’âme et la grande sensibilité du Saint-Père! Des slogans marxistes à la messe de Managua en 1983, aux caricatures carnavalesques actuelles, en passant par les punks néerlandais lors de sa visite en 1985 («Pape dehors! Pape, retourne à Rome!»)
Ne sont-ce pas ces douleurs aiguës auxquelles faisait allusion Jacinthe, quand elle disait à Lucie: «N’as-tu pas vu tous ces gens lançant des mauvaises paroles au Saint-Père et lui jetant même des pierres…»?
Les épreuves du Pape, ce sont celles du monde lui-même. Qui ne connaît la passion de Jean-Paul II pour l’homme, ne serait-ce qu’à travers son œuvre philosophique, ses articles, ses livres, sa pièce de théâtre, ses poèmes? C’est lui qui a dit inlassablement: L’homme est la route de l’Eglise.» Jean-Paul II, avant d’être pape, est un homme qui a passionnément aimé son prochain, et il souffre dans tout son être pour toutes les misères qui étreignent l’humanité. Il est inutile de les énumérer. Son cœur en déborde de souffrance contenue. En Israël, au Mémorial de Yad Vashem, malgré sa grande maîtrise de lui, il n’a pu réfréner un sanglot en se souvenant de la shoah…
Ses épreuves, ce sont encore celles de l’Eglise, qu’il a «épousée», le 1er novembre 1946, et plus profondément en 1978. Pas la sienne, comme certains le croyaient au début, mais celle du Christ dont il ne peut changer les dogmes, l’éthique et la discipline fondamentale.
Il souffre de l’opposition et de l’indifférence à son enseignement; de la contestation théologique et morale, de voir que, malgré tous ses écrits, ses voyages et son exemple, le Christ est mal connu, sinon rejeté par beaucoup, comme il le confiait un jour à des enfants qui lui demandaient quelle était sa plus grande souffrance. L’«apostasie» dont parle Marie dans le MSM10.
Il souffre fortement de toutes les atteintes à la vie, à la dignité de la personne humaine, aux droits souverains de la famille.
Il souffre des tensions et des discordes qui secouent l’Eglise, des retards apportés à la cause de l’Œcuménisme, même s’il se félicite des grands progrès déjà accomplis.
Et puis toutes ses douleurs secrètes que l’on ne peut sonder, dont seul son cœur peut ressentir la résonance. Douleurs qu’il a déposées au Saint-Sépulcre de Jérusalem, le 26 mars dernier. C’est là qu’il faut raconter cette méditation entendue de la bouche d’un prêtre italien à la Capelinha de Fatima, le 13 août 1999: «A Turin, sur le Saint-Suaire, on a remarqué qu’autour de la tête du Crucifié il y avait 13 blessures émanant de la couronne d’épines. A cause des péchés des hommes, ce casque d’épines, au cours des siècles, s’est prolongé jusqu’à enserrer le Cœur de sa Mère, comme les petits bergers l’ont vu le 13 juin 1917.
«Et maintenant, l’océan de la douleur venue de ces péchés, a encore allongé ces épines, qui entourent le cœur du Pape.»
Si le monde n’a pas compris sa souffrance, il ne la comprendra jamais.

«Si le grain meurt, il porte du fruit» (Jn 12,24)

A en croire ses détracteurs, le Saint-Père aura-t-il souffert pour rien? Autant dire que Jésus est mort en vain!
Le paradoxe de la vie chrétienne est qu’il faut passer par la mort pour entrer dans la Vie. Le Compagnon des disciples d’Emmaüs leur disait: «Ne fallait-il pas que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire?» Et Isaïe avait déjà prophétisé: «C’est par ses blessures que nous sommes guéris»; c’est par sa mort que nous sommes sauvés.»
Après Jésus, Jean-Paul Il continue la lignée de ceux qui ont donné un sens à la souffrance11.
Les fruits les plus immédiats sont sa communion avec la souffrance des autres. D’où sa Lettre Apostolique Salvifici Doloris (sur le sens chrétien de la souffrance) et sa charité active incessante pour le monde des malades, «portion privilégiée du royaume de Dieu», dit-il. C’est pour eux qu’il a institué la Journée Mondiale du Malade12, fixée au 11 février de chaque année.
En ce qui le concerne, ne pouvant donner plus que son amour et ses épreuves, il a offert maintes fois le monde à Marie, «Consolatrice des Affligés, Secours des Chrétiens», y joignant les souffrances de tous les hommes, comme il l’a fait le 13 mai 1982 à la Cova da Iria et le 25 mars 1984 à Rome, afin que les douleurs de tous, jointes à celles du Sauveur, coopèrent au salut universel, ainsi qu’à la réévangélisation: «Par sa valeur rédemptrice, la souffrance est un précieux instrument d’évangélisation» (1984).
A plus long terme, l’œuvre exceptionnelle de Jean-Paul Il est impérissable, non seulement à cause de son génie et des dons de l’Esprit-Saint, mais aussi par la fécondité inhérente à toute souffrance, dilatée par la consécration. De sorte qu’il a réalisé la parole prophétique de son Cardinal-Primat, Stefan Wyszynski: «Si le Seigneur t’a appelé, tu dois conduire l’Eglise au seuil du troisième millénaire.»
Il faut aller plus loin. A l’imitation de Jésus, le Saint-Père est plus qu’un chemin pour ses frères; il est comme la porte qui ouvre et pose les fondations du troisième millénaire où les générations futures évalueront alors à sa juste valeur — avec le recul du temps et l’apaisement des passions — son héritage magistériel extraordinaire.
C’est pourquoi, Celle à qui, comme Stefan Wyszynski13, il «s’est livré en servitude d’amour», a pu dire, en retour:
«Priez pour le Pape: il est en train de vivre l’heure de Gethsémani et du calvaire, de la crucifixion et de son immolation.
«Le Seigneur le regarde comme la victime la plus précieuse…
«Fils bien-aimés, restez toujours avec moi sous la Croix, sur laquelle mon Pape, par moi formé, guidé et tant aimé, est désormais en train de consumer sa plus grande offrande d’amour et de douleur.
«C’est justement par le sacrifice de mon premier fils de prédilection, que la justice divine épousera la plus grande Miséricorde14.»

Bernard Balayn
26 juin 2000, jour de la publication du troisième
secret de Fatima.

Notes:
1) Cf. «N’ayez pas peur».
2) «Mon ami, Karol Wojtyla»,
M. Malinski.
3) «Ma vocation» Jean-Paul II, p. 45.
4) Ses sermons de retraite au Vatican: «Le signe de contradiction».
5) Message donné à Don Gobbi à Salzbourg, le 13 mai 1991.
6) Expression du Cardinal F. Marty au Parc des Princes (2 juin 1980).
7) Cf. notre article précédent, «Fatima: vers le triomphe».
8) «A moitié tremblant»: il tremble de l’une des deux mains; «d’un pas vacillant»: il doit marcher, péniblement, avec sa canne; «parvenu au sommet de la montagne»: la Montagne sainte: c’est Jérusalem, son voyage sommital; «prosterné au pied de la Croix»: il s’est prosterné au Saint-Sépulcre, sur le tombeau du Christ.
9) Le cardinal Etchegaray dit de ce Pontife: «Pourquoi ce chapelet d’humiliations, inédit dans l’histoire des papes du premier millénaire?
10) Le Mouvement Sacerdotal Marial, voulu par Marie, né en 1972.
11) Face à l’athéisme dialectique qui n’engendre que le néant et le désespoir.
12) Créée le 13 mai 1992. Commencée le 11 février 1993.
13) Lettre du Cardinal à l’auteur, déc. 1980.
14) Message donné à Perpignan, le 13 mai 1995.


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