Pour vous permettre de vivre profondément le jubilé, nous attirons votre attention sur ce quon appelle «les petites indulgences» qui sont le vrai chemin concret de la conversion et du salut.
La confession sacramentelle est essentielle à notre démarche jubilaire, mais insuffisante pour notre purification complète. Nous le sentons bien: il nous est très difficile davoir une contrition parfaite, fruit dun acte de pur amour. Notre confession doit être accompagnée de bonnes uvres réparatrices, qui seront le témoignage de notre amendement et la vérification de notre volonté de changer de vie. Voici trois nouveaux points sur lesquels nous devons porter notre attention.
La correction fraternelle
Très souvent nous péchons par omission. Cette manière éminente dexercer la charité nous paraît souvent trop délicate si bien quelle est tantôt négligée «pour avoir la paix», tantôt mal exercée, parce que nous le faisons sous forme de reproches, voire sous lemprise de la colère.
Et pourtant cest un grand service à rendre à notre frère et notre devoir envers lui. Combien de fois les parents laissent courir des choses qui sont mauvaises pour leurs enfants! Combien de fois, alors que nous avons une responsabilité, nous laissons faire, par lâcheté, par peur pour nous-mêmes, ou par simple commodité immédiate. Indulgence nest pas négligence! Nous portons alors la responsabilité du mal que notre prochain ou la société commettra. Cest ce que nous enseigne la Parole de Dieu.
Dans lAncienne Alliance, le Seigneur avait averti le prophète Ezéchiel quil devait avertir ses contemporains de leur inconduite et des conséquences qui en résulteraient pour chacun selon quil les mettrait en garde ou non et quils se corrigeraient ou non.
Chacun de nous, revêtu de la grâce baptismale, a été doté dune fonction de prophète:«Si tu ne parles pas pour avertir le méchant dabandonner sa conduite mauvaise afin quil vive, le méchant, lui, mourra de sa faute, mais cest à toi que je demanderai compte de son sang. Si au contraire tu as averti le méchant et quil ne sest pas converti de sa méchanceté et de sa mauvaise conduite, il mourra lui de sa faute, mais toi tu auras sauvé ta vie
Si tu as averti le juste de ne pas pécher et quil na pas péché, il vivra parce quil aura été averti, et toi, tu auras sauvé ta vie.» (Ez 3, 18-21)
En étant miséricordieux pour notre frère, le Seigneur promettait déjà quil nous ferait miséricorde. Jésus a confirmé cet enseignement en en accentuant laspect personnaliste.
«Et si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprend-le seul à seul
» (Mt 18,15ss)
Pour que ce soit un véritable acte de charité, il faut que ce soit lamour de Dieu qui nous pousse à parler et non un intérêt ou un agacement personnel. On le fera donc sans suffisance ni sentiment de supériorité, sachant que nous sommes aussi de pauvres pécheurs. On choisira le moment adéquat, en évitant la présence de tiers, ce qui serait encore plus humiliant. Et si nous réussissons à éviter la chute dun frère, Dieu promet de se souvenir de nous à notre dernière heure, car la charité couvre une multitude de péchés.
Ici, il convient de faire un examen de conscience, non seulement pour tous les silences à légard de notre prochain, mais encore pour toutes les omissions-démissions regardant les domaines de la vie publique et la législation de notre pays qui soppose à la loi naturelle et donc aux commandements de Dieu (divorce, avortement, pacs, media
).
Lengagement à se réconcilier
Deux actes éminents sont spécifiques de la vie de foi chrétienne: celui du pardon des offenses et celui de lamour des ennemis. A la loi du talion: «il pour il, dent pour dent», Jésus est venu substituer celle du pardon permanent et nous demander en plus dêtre magnanimes: «Si ton frère te prend ta tunique, laisse-lui même ton manteau; te requiert-il pour une course, fais-en deux avec lui
». (Mt 5, 38-42) Quant à la haine des ennemis, il ne doit plus en être question pour un vrai enfant-image de Dieu: «Vous avez entendu quil a été dit: tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis: aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux
» (Mt 5, 43-48) Vaincre la haine qui nous ronge peut opérer une double libération: la nôtre et celle de notre ennemi.
La pratique de cet enseignement est essentielle. Jésus en fait la mesure de lindulgence du Père envers nous dans la prière quil nous a laissée: «Notre Père
pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.» (Mt 6,12) Prenons garde à la routine!
Tout cela, Jésus la mis en pratique au jour de lépreuve, puisque dès quil fut mis en croix, sa première parole à notre adresse fut de demander pour nous le pardon: «Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce quils font.» (Lc 23,34)
De plus, ce pardon doit être constant: «Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrais-je lui pardonner? Irais-je jusquà sept fois?» Jésus lui dit: «Je ne te dis pas jusquà sept fois, mais jusquà soixante-dix-sept fois sept fois.» (Mt 18, 21-22)
Pour réussir vraiment notre Jubilé et recevoir le pardon ainsi que la remise de toutes les peines temporelles dues à nos fautes, cest incontournable, il faut tout pardonner du fond du cur et non du bout des lèvres! Beaucoup de personnes ont recouvré la santé, quand elles ont décidé de pardonner et dabandonner toute haine. Cest lexpérience de ceux qui se sont laissé renouveler dans lEsprit Saint. A la racine de nos blessures et de nombreuses maladies, il y a souvent un pardon à donner ou à recevoir. Réconcilions-nous! Ce péché de lesprit a des conséquences physiques et psychiques immédiates. Combien de refus de pardon privent certains de sommeil? Combien de refus de pardon génèrent des maladies physiques parfois mortelles?
Bien souvent le pardon est difficile à donner. Il requiert un acte de la volonté qui doit dépasser la répulsion si fortement ressentie par la sensibilité blessée. Si nous narrivons pas à pardonner, regardons Jésus en croix, demandons-lui de pardonner pour nous et peu à peu, la blessure sensible se cicatrisera
et la volonté se fortifiera. Il est vital au moins de tendre au pardon pour ne pas se fermer à la grâce de Dieu.
Il faut aussi parfois savoir se pardonner à soi-même. Nous pouvons avoir de nous-mêmes une image par trop négative, ressentir de la culpabilité, voire, nous sentir indignes dêtre aimés et donc de guérir. Dieu, lui, nous aime comme nous sommes, il est indulgent et miséricordieux infiniment plus que nous ne le sommes. Il vient pour nous guérir et nous sauver. Il veut que nous vivions en paix avec nous-mêmes et avec nos frères. Il nous donne par son Eglise tous les moyens pour y parvenir. Réconcilions-nous activement!
Se soucier du salut du prochain
«Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.» (1Tim 2,4)
Qui, dans sa famille, même parmi ses enfants ou parmi ses proches, ne connaît des personnes qui ignorent lamour de Dieu et la grâce du Saint Esprit? Dautres négligent la confession et lEucharistie dominicale? Sans oublier ceux qui disent ne pas ou ne plus croire en Dieu. Même les dix commandements donnés à Moïse comme base pour vivre en société sont ignorés.
Outre le témoignage dune vie sainte, la première charité est de prier, comme nous le rappelle si souvent la Vierge Marie, après les apôtres: «Quelquun voit-il son frère commettre un péché ne conduisant pas à la mort, quil prie et Dieu donnera vie à ce frère.» (Jn 5,16). Mais ensuite il convient de parler, surtout quand il est évident que le frère est dans les ténèbres: «Si quelquun parmi vous ségare loin de la vérité, et quun autre ly ramène, quil le sache, celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et obtiendra le pardon dune multitude de péchés» (Jc 5, 19-20)
Le salut de lâme reste la visée essentielle dune vie, puisquil donnera accès à la vie éternelle, lunique vrai bonheur. Devant cette vérité, les questions de santé et déconomie sont relatives. Si nous aimons ceux qui nous sont chers, nous désirons quils puissent partager un jour avec nous ce bonheur. Ici lannée jubilaire prend tout son relief, puisque nous pouvons gagner et offrir des indulgences exceptionnelles à leur intention. Quel merveilleux cadeau et quelle joie au Ciel!
|