Dépassionner la Passion?Père Alain BandelierSource: Famille Chrétienne n°1367 du 27 mars 2004 |
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Je ne cache pas que cette agitation, pour une fois, me réjouit. Je ne vais pas bouder mon plaisir. Le résultat le plus apparent de la campagne de dénigrement qui a accompagné la préparation puis la sortie de La Passion, aux Etats-Unis et maintenant en France, c'est un succès sans précédent. C'est aussi la révélation que l'intolérance n'est pas du côté où d'habitude on la dénonce. Rappelez-vous: périodiquement, on nous sort un film scandaleux, voire blasphématoire. Il y a eu La religieuse (Rivette), Ave Maria (Godard), La dernière tentation du Christ (Scorsese) et d'autres. Chaque fois, les croyants que nous sommes sont pris au piège. Ou bien nous protestons, mais alors on nous accuse d'offenser la liberté d'expression, de ne rien comprendre à l'art, de rétablir la censure quand ce n'est pas l'Inquisition! Et, en prime, le débat orchestré ne fait qu'augmenter le succès du film. Ou alors, pour ne pas contribuer à cette publicité indirecte, nous jugeons préférable de nous taire, d'autant plus que parfois il s'agit en fait d'oeuvres sans aucune valeur, sinon leur parfum de scandale. Pourtant nous avons en mémoire la parole du Christ: «Celui qui m'aura renié devant les hommes, je le renierai devant mon Père qui est aux Cieux» (Mt 10, 33). Deux poids, deux mesuresQue pour une fois le système fonctionne à l'envers, cela me fait penser au plus vieux gag du cinéma: l'arroseur arrosé! Et, comble d'humour, ce sont nos belles consciences libérales et nos militants de l'antidiscrimination qui exigent des coupures, des avertissements, des interdictions!
Des procès d'intentionPires que les accusations sont les insinuations. Un quotidien annonce en première page «les excès d'un film violent, soupçonné d'antisémitisme». Mais lisez en troisième page les commentaires du journaliste qui a vu le film aux Etats-Unis: «II faut dire, très nettement, que celui-ci n'a rien d'antisémite, du moins dans sa version finale. A aucun moment n'est suggérée une culpabilité du peuple juif comme tel dans la mort de Jésus… Au final, cette Passion se révèle, contre toute attente, comme le premier film où la judéité de Jésus est si bien soulignée». Pourtant, le message est passé, car depuis des mois des groupes de pression américains le serinent; du coup, beaucoup de gens qu'on voit à la télévision prennent fait et cause contre un film qu'ils ne connaissent que par ouï-dire.Je ne sais pas d'avance si j'aimerai ce film, tant au plan esthétique qu'au plan évangélique. Je vous le dirai. Les images qu'on peut voir sur Internet sont impressionnantes, dans tous les sens du terme. Les déclarations du réalisateur et de l'acteur principal forcent le respect, par leur humilité devant le Mystère et leur désir ardent de lui rendre témoignage. En toute hypothèse, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, la moindre des choses est de juger de l'oeuvre elle-même, et non d'instruire des procès d'intention. Encore un mot. Je n'accepte pas qu'on filtre le moucheron et qu'on avale le chameau. Je veux dire: des émissions qui sont une démolition de la vérité non seulement théologique, mais historique, de Jésus-Christ (comme «Corpus Christi», dont on nous annonce une suite, sur le thème des premiers chrétiens) sont louées sans retenue; mais le film qui nous met en face de la Croix est disqualifié a priori. Père Alain Bandelier |
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