Depuis 1999 se sont développés en France et à l'étranger à partir des ouvrages, des conférences et des enregistrements d'une «Françoise» des groupes de prière. (D'après l'information tirée du site internet de l'association «des Messagers de la Tendresse de Dieu», il existerait actuellement 80 groupes en France et une cinquantaine dans divers pays européens.) Les ouvrages publiés depuis 1997 sont la transcription de messages dictés à Françoise par Jésus en personne. Françoise H. F. résidant dans le diocèse de Meaux il m'a paru nécessaire de procéder à un examen de ces écrits à la lumière de la doctrine de l'Eglise Catholique. Cette étude devenait d'autant plus nécessaire que dans le cercle de «Françoise» on laisse entendre que mon silence vaudrait accord implicite.
J'ai fait étudier ces textes par un Père jésuite, théologien connu, par une théologienne compétente en patristique et en exégèse et je les ai étudiés moi-même. Egalement d'autres personnes, prêtres ou laïcs, m'ont donné leur avis.
De cette étude il résulte qu'on ne peut pas reconnaître le caractère surnaturel de ces écrits (cf. notification ci-jointe).
Avant de présenter les raisons qui motivent ce jugement, je tiens à souligner deux points.
L'enquête s'est faite uniquement à partir des écrits tels que publiés en librairie et sur le site internet. Bien entendu nous n'avons pas fait d'étude exhaustive des 14 ouvrages édités à ce jour (chacun comportant entre 150 et 300 pages, soit en tout quelque 2760 pages). Nous nous sommes appuyés sur un échantillonnage assez large pour porter un jugement motivé. D'ailleurs, il s'agit d'écrits très répétitifs.
En second lieu, je tiens à souligner que je ne suspecte pas la bonne foi et la sincérité de cette personne qui s'estime inspirée. Il est vraisemblable qu'elle a été égarée entre autres par le manque de jugement et de compétence de ceux qui l'accompagnent. Par ailleurs, j'ai tenu à ne pas porter de jugement sur le comportement et la vie chrétienne de l'intéressée, que je n'ai jamais rencontrée.
Il convient de noter également tel ou tel aspect positif du message à savoir en particulier l'appel à l'abandon et à la confiance totale comme des enfants envers Dieu, à l'amour miséricordieux de Jésus, au don de soi et à l'humilité. Il faut aussi noter une certaine évolution positive entre les premiers ouvrages et les derniers qui introduisent des affirmations plus nuancées que les jugements définitifs et les généralisations abusives des premiers écrits.
Si, dans ces textes, il s'agissait de simples locutions intérieures, à titre personnel, et de maladresse d'expression, cela relèverait de la vie privée spirituelle, mais à partir du moment où les écrits sont proposés publiquement comme un enseignement d'origine divine destiné à tous, par une mission universelle de la messagère, il devenait nécessaire, pour l'évêque du lieu où celle-ci réside, d'évaluer ces écrits à la lumière de la doctrine de l'Eglise catholique et de ses usages concernant les «révélations privées» et les manifestations extraordinaires. En effet, «Françoise», sans aucun mandat ou discernement ecclésial authentique, s'est donnée mission de répandre largement ces «messages de conversion des cœurs» donnés par Jésus Christ.
Voici d'une manière concise, mais qui pourrait être largement développé, quelques éléments qui montrent que ces prétendus messages de Jésus ne sont que le fruit de méditations privées.
1. Tous les messages commence par «Jésus Christ te dicte: Je te bénis» et sont signés «Jésus Christ». Il ne s'agit pas de locutions intérieures, que «Françoise» revendique par ailleurs et pour d'autres interventions, mais de textes donnés non seulement sous la dictée, mais, apparemment, presque comme une «écriture automatique»: «Jésus guide ta main». Or, toute la Révélation Biblique nous montre que Dieu se révèle aux auteurs sacrés, très spécialement aux prophètes, d'abord par sa Parole, moyen de communication privilégiée pour la personne humaine. Dieu annonce le Salut«par la bouche de ses saints prophètes» (Lc 1,70) et si les auteurs sacrés consignent par écrit ce que Dieu leur communique, ils agissent toujours en «auteurs véritables» (Dei Verbum n. 11) et non en instruments passifs. De même, l'expérience des mystiques connus par l'Eglise montre que mutatis mutandis vaut également pour les «révélations privées» chez les saints. Ainsi, avant même toute analyse du contenu, on doit constater que le mode de transmission des messages de Françoise n'est pas en consonance avec la Tradition ecclésiale de l'inspiration divine.
2. On remarque une absence à peu près totale de référence, soit implicite soit explicite, à la Parle de Dieu. L'Ancien Testament et le Nouveau ne sont pas le milieu nourricier des publications de Françoise. Certains passages se trouvent parfois même en opposition avec la Sainte Ecriture. Très souvent, lorsque «Jésus» appelle à la fidélité à «Sa parole», une lecture attentive montre qu'il s'agit en réalité non de la Bible ou de l'Evangile, mais des paroles transmises par F. On est ainsi appelé subrepticement à substituer, de fait, ces textes à l'authentique Parole de Dieu.
3. L'abondance des écrits de Françoise revêt fréquemment un caractère sentimental, égocentrique, mièvre, puéril, et parfois même franchement grotesque. Le ressentit se substitue souvent à la foi théologique.
4. L'approche de la prière n'apparaît pas enracinée dans la tradition spirituelle de l'Eglise et s'en éloigne souvent.
5. On constate une opposition déterminée, parfois agressive, à l'encontre de ceux qui oseraient mettre en doute l'origine céleste de ces révélations.
6. On rencontre des passages qui manquent de clarté, de netteté dans l'expression et on trouve parfois des contradictions dans une même page. Par ailleurs, certaines «prophéties» ont été contredites par les faits.
7. Ce Jésus de Françoise manifeste à l'égard de l'Eglise une distance et une extériorité qui s'opposent à la doctrine catholique de l'unité du Christ et de son Eglise. On trouve un dualisme entre l'Eglise actuelle envahie par l'ivraie et la vraie Eglise du Christ, qui lui est demeurée fidèle et qu'Il va renouveler.
8. La médiation de l'Eglise dans la vie spirituelle et chrétienne est occultée, pour ne pas dire écartée. Il n'y a pas à recourir au discernement ecclésial puisque c'est Jésus qui parle en direct.
9. L'approche des sacrements en général, et celui du pardon, en particulier, est gravement défaillante dans ces récits.
10. On rencontre, au moins dans les premiers ouvrages, mais déjà sous la signature de «Jésus Christ», des attaques répétées et sans nuances contre les ministres et les fidèles de l'Eglise catholique.
11. L'assurance récurrente d'être unie à Jésus et guidée constamment par Lui, de manière stable et quasi définitive, concorde mal avec les craintes, que l'on rencontre souvent chez les mystiques, de ne pas correspondre à la grâce, d'égarer les autres, de ne pas être soumis à l'Eglise.
12. Dans les derniers ouvrages, la multiplication des notes de Françoise pour atténuer ou interpréter ces «paroles de Jésus» contredisent, ou nuancent de manière curieuse, l'obstination récurrente à vouloir conférer à ces écrits l'autorité irréfragable de Jésus.
13. Enfin, la manière dont le directeur spirituel présente et «promeut» Françoise n'est pas toujours véridique, au moins par omission.
Ce faisceau d'éléments négatifs et d'autres qu'il serait trop long de développer (par exemple, manière de traiter le mystère de la Croix) invite à ne pas considérer comme surnaturelles les prétendues révélations de Françoise.